DÉJÀ
mi'il secoué par la lame, troublé par un venl qui ronfle plus baut que nous? Quand pourronsnous digérer dans un fauteuil Immobile?»
Il \ en avait qui pensaient à leur foyer, qui regrettaient leurs femmes infidèles et maussades. et leur progéniture criarde Tous étaient si affolés par l'image de la terre absente, quils auraient, je crois, mangé de l'herbe avec plus d'enthousiasme que les bêtes.
Enfin un rivage fut signalé; et nous vîmes, en approchant, que c'était une terre magnifique, éblouissante. Il semblait que les musiques de la vie s'en détachaient en un vague murmure, et que de ces côtes, riches en verdure de toute sorte, s'exhalait, jusqu'à plusieurs lieues, une délicieuse odeur de fleurs et de fruits.
Aussitôt chacun fut joyeux, chacun abdiqua sa mauvaise humeur. Toutes les querelles furent oubliées, tous les torts réciproques pardonnes; les duels convenus furent rayés de la mémoire, et les rancunes s'envolèrent comme des fumées.
l.Vi PETITS POÈMES EN PROSE.
Moi seul j'étais triste, inconcevablement triste. Semblable à un prêtre à qui on arracherait sa divinité, je ne pouvais, sans une navrante amertume, me détacher de cette mer si monstrueusement séduisante, de cette mer si infiniment variée dans son effrayante simplicité, et qui semble contenir en elle et représenter par ses jeux, ses allures, ses colères et ses sourires, les humeurs, les agonies et les extases de toutes les Ames qui ont vécu, qui vivent et qui vivront!
En disant adieu à cette incomparable beauté, je me sentais abattu jusqu'à la mort; et c'est pourquoi, quand chacun de mes compagnons dit : -Enfin! w je ne pus crier que : vDéjàln
Cependant c'était la terre, la terre avec ses bruits, ses passions, ses commodités, ses fêtes: c'était une terre riche et magnifique, pleine de promesses, qui nous envoyait un mystérieux parfum de rose et de musc, et d'où les musiques de la vie nous arrivaient en un amoureux murmure.