‹ Petits poèmes en proseChapitre 5 sur 70 · I.\ cil Wllilîi: DOl BLE · texte numérisé non relu

I.\ cil Wllilîi: DOl BLE

sure. On respire ici maintenant le ranci «le la désolation.

Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objei connu me sourit : la fiole de laudanum; une vieille el terrible amie; comme toutes les amies, hélas! féconde en caresses et en traîtrises.

Oh! oui! le Temps a reparu; le Temps règne en souverain maintenant; et avec le hideux vieillard est revenu Lont son démoniaque cortège de Souvenirs, de Regrets, de Spasmes, de Peurs, d'Angoisses, de Cauchemars, de Colères et de Névroses.

Je vous assure que les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit: — rr .le suis la Vie, l'insupportable, l'implacable Vie!-

H n'y a qu'une Seconde dans la vie humaine qui ait mission d'annoncer une bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui cause à chacun une inexplicable peur.

Oui! le Temps règne; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse, comme si j'étais un bœuf, avec son double aiguillon. — rEt hue donc! bourrique! Sue donc, esclave! Vis donc, damné ! *

Cil \Cl N S\ CHIMERE.

01 s un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain. Mais la monstrueuse bète n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes grilles

à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi.

Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un indicible besoin de marcher.

Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de luimême. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Cil ICI \ SA CHIMÈRE.

Kl le cortège passa à côté de moi el s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroil ou la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

El pendant quelques Instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; niais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abattit sur moi, el j'eo tïis plus lourdement accablé qu'ils ne Tétaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

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