‹ Petits poèmes en proseChapitre 69 sur 70 · LES BONS CHIENS · texte numérisé non relu

LES BONS CHIENS

Que de lois j'ai contemplé, sourianl et attendri, tous ces philosophes à quatre pattes, esclaves complaisants, soumis ou dévoués, que le dictionnaire républicain pourrait aussi bien qualifier d'officieux, si la république, trop occupée du bonheur des hommes, avait le temps de ménager ['honneur des chiens!

Et que de fois j'ai pensé qu'il y avait peutêtre quelque part («pii sait, après tout?), pour récompenser tant de courage, tant de patience et de labeur, un paradis spécial pour les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés et désolés. Swedenborg affirme bien qu'il y en a un pour les Turcs et un pour les Hollandais!

Les bergers de Virgile et de Théocrite attendaient, pour prix de leurs chants alternés, un bon fromage, une flûte du meilleur faiseur, ou une chèvre aux mamelles gonflées. Le poète qui a chanté les pauvres chiens a reçu pour récompense un beau gilet, dune couleur, à la fois riche et fanée, qui fait penser aux soleils

d'automne, à la beauté des femmes mures et aux étés de la Saint-Martin.

Aucun de ceux qui étaient présents dans la taverne de la rue Villa-Hermosa n'oubliera avec quelle pétulance le peintre s'est dépouillé de son gilet en faveur du poète , tant il a bien compris qu'il était bon et bonnète de chanter les pauvres chiens.

Tel un magnifique tyran italien, du bon temps, offrait au divin Arétin soit une dague enrichie de pierreries, soit un manteau de cour, en échange d un précieux sonnet ou d'un curieux poème satirique.

Et toutes les fois que le poète endosse le gilet du peintre, il est contraint de penser aux bons chiens, aux chiens philosophes, aux étés de la Saint-Martin et à la beauté des femmes très-

mures.

KIMUMil K.

Le cœur content, je suis monté sur la montagne D'où Ton peut contempler la ville en son ampleur, Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,

Où toute ('-no imité fleurit comme une fleur.

Tu sais hum, ô Satan, patron de ma détresse

Que je n'allais pas là pour répandre un vain pleur;

Mais comme un vieux paillard d'une vieille maîtresse,

Je voulais m'enivrer de l'énorme catin

Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.

Que tu dormes encor dans les draps du malin. Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes Dans les voiles du soir passementés d'or lin ,

Je t'aime, ô capitale infâme! Courtisanes

Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs

Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.

TVBL E

Portrait inédit de Baudelaire : gravure -sur bois de l.-L. Permchon d'après une peinture à l'huile attribuée à Monticelli.

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À Arsène Hodssaye.

I L'Étranger

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