‹ Petits poèmes russes mis en vers françaisChapitre 16 sur 18 · LES SEULES LARMES · texte numérisé non relu

LES SEULES LARMES

Lorsqu'aux champs de combat, pour les rois sans remords Gisent, sanglants, les corps qu'étreint la mort jalouse, Je ne plains pas l'ami, je ne plains pas l'épouse, Je ne plains pas même les morts.

L'épouse s'éprendra, demain, d'un nouveau rêve, L'ami ne saura plus le nom de son ami, Mais il est quelque part une âme qui, parmi Tant d'oublis, souffrira sans trêve.

Parmi l'œuvre hypocrite et .les fausses douleurs, La bassesse et la prose et toutes nos ivraies, En l'univers humain il n'est de larmes vraies, 0 pauvres mères ! que vos pleurs.

Elles n'oublîront point, les chères douloureuses, Les enfants égorgés loin de leurs tendres bras, Pas plus, Saule, que, toi, tu ne relèveras Tes fidèles branches pleureuses !

PLECHTCHÉEV

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