‹ Petits tableaux de moeursChapitre 27 sur 50 · LA JOURNÉE AUX DÉMÉNAGEMENTS · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE AUX DÉMÉNAGEMENTS

une poêle, je parviens à gagner la rue, où je suis encore arrêté par la charrette sur laquelle en charge les meubles, et qui me fait perdre au moins dix minutes.

— • Diable I me dis-je en hâtant le pas, regagnons le temps perdu, si je veux faire toutes mes courses.

Je me lance ; me voici dans la rue des Grayilliers, c'est là que je compte m'arrêter d'abord ; mais en regardant à mes pieds, je ne vois pas deux hommes qui viennent contre moi avec un brancard chargé de meubles; je vais me jeter sur le brancard... Les porteurs m'arrêtent et jurent après moi. J'ai, disent-ils, écorné un superbe cadre doré ; on leur ferait payer ce dommage, il faut donc que je le leur paye.

Je veux envoj'er promener les port-eurs et leur cadre, mais tous les gens du peuple m'entourent, et on ne me donne pas raison. Après avoir entendu les gros mots, il faut que je paye! J'aurais dû commencer par là ! Je donne une pièce de cent sous, et on me laisse continuer mon chemin; ce que je fais cette fois en regardant avec soin devant moi.

A quelques pas, je me trouve derrière deux femmes qui portent sur leur dos des cruches, des balais, des casserolefi. et autres ustensiles de ménage.

Gomme la rue est étroite, et qu'elles marchent à côté l'une de l'autre, donnant chacune la, jnaa]:i à une ribambelle d'enfants, je suis forcé, pen dant cinq minutes, de marcher au pas derrière cei intéressantes familles ; et toutes les fois que j'en trevois un petit jour par lequel je crois pouvoir

me glisser, les manches à balai et les queues de poêle viennent m'en boucher le passage.

Enfin les deux familles ont pris une rue sur la gauche, et me voilà libre d'avancer... Pas du tout, on se dispute dans la rue . ce sont deux charrettes à bras qui se sont accrochées, les conducteurs s'accusent réciproquement de maladresse; des injures ils en viennent aux coups... La foule reflue en arrière, je me sens poussé dans une allée par une petite femme qui me crie:

— Ah! monsieur, je ne peux pas voir deux hommes se battre, cela me fait trop de mal... Ah! les malheureux! quels coups ils se donnent!... en voilà un par terre... Ah! Dieu! c'est affreux... et on ne les sépare point!... Ah! en voilà un dont le nez est tout écorché... Je vais me trouver mal...

— Eh ! morbleu ! madame, ne les regardez pas, dis-je à ma curieuse en la poussant de côté afin de passer devant elle.

— Que les hommes sont brusques quand ils n'ont pas d'éducation I s'écrie-t-elle en me lançant des regards courroucés.

Mais je là laisse, et me jetant au travers de la foule qui entoure les combattants, je parviens enfin à passer de l'autre côté, et j'atteins la maison oii j'ai afiFaire.

— Ah! parbleu! ce n'est pas sans peine, me dis-je en courant vers l'escalier, car le portier vient de m' assurer que la personne que je demande est chez elle.

Je veux me hâter... Bon... à peine ai-je mis le pied sur la dixième marche, que je suis arrêté par deux hommes qui montent un énorme chiflFonnier. Hélas! si du moins ils le descendaient, mais

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