‹ Petits tableaux de moeursChapitre 6 sur 50 · REVTJE DE BILLETS DOUX · texte numérisé non relu

REVTJE DE BILLETS DOUX

« Que voïs-je!... Une foule de lettres de diverses écritures... Ah! je me rappelle maintenant, c'est )à q.ue je serrais jadis les billets de mes belles. Plusieurs années se sont écoulées depuis, j'ai voyagé, couru le monde, on m'a oublié : c'est tout naturel! et la cassette est restée fermée.

(( Relisons au hasard qiielques-uns de ces billets ; ils ne me causeront plus le même plaisir qu'autrefois ; je sens pourtant qu'ils m'en îeront éprouver encore. Le bonheur ne se compose-t-il pas de souvenirs et d'espérances ?

({ Cher ami, chaque jour je sens que je t'aime davantage, je ne puis être heureuse loin de toi ; je ne vis plus; privée de ta présence, je languis, je souffre... je soupire sans cesse... Si tu cessais de m'aimer, il faudrait mourir... Oui! la mort serait préférable à ton inconstance!... »

C'était de la passionnée Rqsemonde... Quel cœur brûlant! quelle âme de feu!... Mais, depuis ce temps, elle s'est mariée, elle a eu trois enfants, et elle a pris tant d'embonpoint qu'elle ne marche qu'avec difficulté. Je l'ai aperçue il y a huit jours... On ne se douterait jamais, en la voyant maintenant, qu'elle a voulu mourir d'amour. Voyons-en un autre :

(( Vous êtes un monstre, je vous hais, je voua déteste; je me suis aperçue que vous faisiez les yeux doux à votre voisine. Si toutes les femmes vous connaissaient comme moi, aucune ne voudrait vous voir. Adieu, monsieur, n'espérez plus me tromper, tout est fini désormais entre nous ».

Ah! charmante Hortense, je me souviens des scènes que vous me faisiez ! Femme fort aimable, ïort spirituelle, mais trop jalouse, trop exigeante.

Le lendemain du jour où je reçus ce billet de rupture, elle était chez mai à sept heures du matin. Passons à un autre :

« Mon Dieu ! mon bon ami, je ne sais ce que j'éprouve maintenant; mais, depuis que je vous connais, je ne suis plus la même. Maman me gronde de ce que je suis rêveuse; est-ce ma faute à moi, si je pense continuellement aux jolies choses que vous m'avez dites ? Je n'ai plus de goût à rien: mon piano m'ennuie, le dessin me fatigue, la danse même n'a plus de charmes pour moi.

On me gronde parce que je suis pâle. Hélas ! je sens bien que je suis très malade, car je soupire toute la journée, et j'ai le cœur gros comme si je voulais pleurer. Vous m'avez dit que vous m'apprendriez ce que c'est que ce mal-là : c'est pour le savoir que je vous écris en cachette ».

Aimable enfant! que de naïveté, de grâce, d'innocence... dans son style!... Qui aurait cru qu'au bout de six mois le perfide ne penserait plus qu'à son cousin le hussard... Fiez-vous donc aux ingénues! Voyons celui-ci :

(( Je suis bien étonnée, monsieur, que vous ayez manqué à votre rendez-vous ; je ne suis point faite pour attendre en vain; vous auriez dû montrer plus d'égards pour une femme comme moi, et ne pas me traiter comme toutes les grisettes que vous connaissez ».

Oh! oh! c'était de la prude Césarine, qui, dans le monde, faisait la sévère, la cruMlej la dédaigneuse, taiidis que dans le tête-à-tête... Et tout cela pour finir par épouser un apothicaire de province, qu'elle fait, je gage, enrager du matin au soir.

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