‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 2)Chapitre 113 sur 139 · Fam. XVIII · texte numérisé non relu

Fam. XVIII

retour de Rome, Pétrarque lui rend visite et, en présence de Nelli, leur ami commun, emprunte à la bibliothèque de Lapo un manuscrit ' qu'il garde chez lui plus de quatre années ; la cause de ce retard est qu'il n'a pu trouver de copiste lui inspirant assez de confiance pour le transcrire ; il a même fini, écrit-il en le renvoyant, par le copier de sa main : Quo cum car ère nollem et potiri per scriptorum ignauiam non liceret, deficientibus externis ad domestica uertor auxilia, fatigatosque hos digitos et hune exesum atque attritum calamum ad opus expedio ^ . On sait, par une lettre de Vaucluse, écrite pendant que le manuscrit de Lapo s'y trouvait, quel en était le contenu ou du moins quels ouvrages Pétrarque y remarquait le plus : Delectari mihi itaque uisus est Cicero et cupide mecum esse ; decem ibi nempe tranquillos atque otiosos dies egimus... Quod autem nominatim ad libellum tuum attinet, amice, et Milo defensus et Later ensis qffensus [aliâquQ contre Laterensis dans IcProPlancio] et Sylla excusatus et Pompeius laudatus aderant ^ .

Pétrarque a eu de Lapo d'autres discours, mais il est assez difficile de les reconnaître dans la correspondance ; on sait

1. Lettre à Nelli, de Milan, en renvoyant le ms. pour qu'il le rende à Lapo : Curabîs ut Ciceronianus hic Ubellus, sine qiLem ah illo quondam te praesente siiscepi, ad eumdem quamprimiim perueniat (Fam. XVIII, ii).

2. A Lapo, lettre envoyée avec la précédente : Cicero tuiis quadriennio et amplius mecum Juit... (Fam. XVIII, 12).

3. Fam. XII, 8. Quelques morceaux de la lettre ont été traduits plus haut, p. 45. Dans Fam. XVIII, 12, P. parle d'un passage qui lui tombe sous les yeux en copiant le ms. et ce qu'il en cite est précisément du Pro Pîancio, 27 ; ce discours est même explicitement désigné dans Vit. sol. préf. (Op. 224) : Cicero noster... in ea qua Plancium défendit oratione. V. plus loin. Sur un ms. de la Laurentienne, contenant les lettres de P., on trouve à Fam. XII, 8, la note marginale suivante attribuée à Lapo : Loquitur hic de quodam lïbello, in quo erant plures oratio^ nés Tullii, quas ad eum destinauerat iste Lapus siue lacohus Florentiniis amicus suus, qui re liera uocabatur Lapus de Casttgîonchio, postea decretorum doctor (S. Croce XXVI sin. 10, f. 15).

4. La lettre Var. 45 (à Lapo), que Fracassetti donne seulement d'après la publication de yi^hus (Epistola... di M. Lapo da Cast., Bologne, 1758), m'inspire des

du moins que les Philippiques du Florentin furent entre les mains de notre poète et l'initièrent à la politique romaine pendant les derniers jours de son cher Cicéron. Il fit à son tour hommage à Lapo d'une copie du Pro Archia \ Tels sont les renseignements, assez peu étendus, que nous avons par Pétrarque lui-même sur les manuscrits de Cicéron passés par ses mains et qui peuvent compléter nos recherches dans les bibliothèques.

Nous avons vu, du moins, comment s'était formée chez lui peu à peu, par des acquisitions, des dons et des prêts, une collection presque complète des ouvrages de Cicéron, à laquelle manquait fort peu de chose, parmi les livres que nous possédons nous-mêmes. Cette réunion des œuvres d'un écrivain, qui représente si puissamment la plus parfaite culture romaine, a été mise à la disposition des amis de Pétrarque et de leurs successeurs immédiats, et a influencé, dès le début de la Renaissance, la direction des esprits. C'est assurément

doutes pour la correction du texte ; la moindre variante (sur les mots très, duohus ou transcriptas) en peut changer la portée. Faut-il voir, dans les discours dont parle P., ceux dont il accuse réception dans une lettre de Padoue et parmi lesquels figure également le Pro Milone ? Milonianam Ciceronis cum reliqnis accepi ; gratias ago. Non mihi nunc primiim tiiae mentis indulgentia nota est ; rescribi faciam et remittam (Fam. VII, 16 ; s. d.). Il m'est difficile, je l'avoue, d'attacher au texte actuel de Var. 45 toute l'autorité de détail que lui reconnaît Hortis (p. 95 sqq.); en tout cas, elle n'est pas de 1349, puisque P. fait allusion à son passage à Florence ((inas fateor ipse mecum detulisseni) et que ce n'est qu'en 13 50 qu'il a connu Castiglionchio. Je crois même qu'on peut la dater de 1351, puisqu'elle mentionne l'envoi du Pro Archia à Florence, lait pendant l'année qui a précédé celle où Rienzi est venu à Avignon (cf. p. 222, n. 2).

1. Nisi propere Philippicas dimisissem {Var. 45). Je ne cite pas la suite, le mot transcriptas pouvant être une mauvaise lecture pour transcriptos et se rapporter non à Philippicas, mais à lihros qui précède.

2. Orationem Tullianam pro Licinio Archia, quam pollicitus sum tihi, praesenteni mitto, refertam iniris poetaruin laiidibus. luuàbit, pnto, fide digno teste cognoscere quod studiis quibus delectamur praeco ingens et praeclarissimus orator arcesserit, ciiius rei admonuisse te uelim, ut rem licet paruam in pretio habeas (Var. 45).

P. DE NOLHAC. — Pétrarque.

PÉTRARQUE ET CICÊRON

un des meilleurs services que notre bibliophile humaniste leur ait rendus.

Personne ne s'est trompé sur son rôle comme propagateur de Cicéron et ses contemporains le proclamèrent. Ses mérites étaient rappelés encore en plein triomphe du Cicéronianisme : « Messer Francesco Petrarcha», écrivait-on à la fin du Quattrocento^ « fu il primo che hebbe tanto grande ingegnio, che arrechô a luce l'antica leggriadria del perduto e spento stile. Et postposto che in lui perfecto non fusse, pur da se vide et aperse la via a questa perfectione, ritrovando V opère di Tullio et quelle ghustando et adaptandosi, quanto potette et seppe, a quella elegantissima et fertilissimafacundia. Per certo fece assai solo a dimostrare la via a quelli che doppo lui dovevano seguire

Le recueil de Cicéron le plus considérable peut-être qu'ait eu Pétrarque est aujourd'hui à la Bibliothèque municipale

I. Vie ajoutée d l'édition des Trionfi ai ?n. F. P., imprimée à Florence en 1499, ad instantia di ser Piero Pacini. (Reproduction phot. sur l'exempl. unique, Rome, 1891.) On peut mettre en regard un éloge, curieux par sa provenance, de lacohus Canter Frisius, dans l'épître au lecteur jointe à l'édition princeps du Secretum (In Merciiriali oppido Dauentriensi, 1498) : Is est qui ac posteriori etate linguam latinam ceu in puluere iacentem erexit, is qui priscum illum loquendi nitorem nostro eue primus restitidt. Secuti sunt euni fateor éloquent ior es, uerum ei plurima gratia debetur, qui rem ad ima prope fundamenta collapsam diligentia sua instaurauit. D'après Hortis, Catal. délie op. di F. P. esistentiiiellaPetrarchesca Rossettiana, Trleste, 1874, p. 142, avec la lecture sans doute erronée Canterfrisius). Toutefois, les quelques formes médiévales qu'avait laissé échapper P., surtout aux premiers temps de sa vie, et qu'on lui reprochait déjà à Florence à l'époque du Dialogus de Bruni, lui nuisaient beaucoup auprès des humanistes de la fin du xve siècle. Le premier éditeur de ses Lettres (seulement des huit premiers livres des Fam., Venise, 1492) n'avait pas hésité à mettre son texte au goût du jour : Ea uero quae barbariem quandam referebant et quae nec epistolae ratio nec Romana eloquentia admittebat penitus resecauimus, ut erat ambasciatoribus Iliensium Tiberii principis responsio pro legatis Iliensium, guerrae pro bellis multaque his similia. (Dédicace de Sebastianus Manilius Romanus Dominico Bolano Veneto patritio, adressée au possesseur du ms. utilisé. Dans Hortis, Cat. cité, p. 140).

de Troyes, provenant de l'Oratoire de cette ville L'ancien inventaire de la collection de François Pithou fournissant la description du volume % il était facile de l'identifier avec le n°j'j'2 du catalogue de Troyes \ La tradition relative à Pétrarque doit venir des Pithou, et probablement de Pierre, le plus savant des deux frères, qui avait voyagé en Italie et y avait noué des relations littéraires, notamment avec Gianvincenzo Pinelli ; parmi les manuscrits qu'il avait rapportés en France, il est naturel de compter celui-ci ^ Il occupe seulement les feuillets 117-360 du volume, à la suite d'un commentaire de S. Jérôme sur Job K C'est un texte de la première moitié du xiv^ siècle, malheureusement rogné fort anciennement ^ et mutilé depuis \ Les enroulements rouges ou bleus des initiales secondaires, parfois fort remarquables, indiquent l'origine méridionale du manuscrit. Il est impossible de prouver qu'il ait été exécuté pour Pétrarque, la présence dans la collection d'un volume de décoration identique ^

1. Au f. de garde : Ex lihris Oratorii collegii Trecensis. Ce couvent possédait, avant la Révolution, la plus grande partie des livres de Pierre et de François Pithou, parmi lesquels beaucoup de mss. précieux.

2. [Grosley] Vie de Pierre Pithou, Paris, 1756, t. II, p. 281, Cat. des mss. de la bibl. de F. Pithou. L'auteur ajoute : « Ce Cicéron est de la plus grande beauté et de la plus haute antiquité (sic) ; il a appartenu au fameux Pétrarque. >•>

3. Le ms. y est décrit à peu près exactement, mais la tradition d'origine s'y montre perdue {Cat. gén. des mss. des bihl. des départ., t. II, 1855, p. 239). La parfaite obligeance du conservateur S. Det a facilité mon étude.

4. On s'étonnera peut-être de la provenance de P. connue encore au xviiie s., tandis que pour tant de nos mss. elle est oubliée beaucoup plus tôt; mais elle est indiquée expressément dans une note marginale du xve s., qui n'avait pu échapper à l'attention de Pithou et dont il avait sans doute laissé une mention aujourd'hui disparue.

5. Cette réunion arbitraire remonte à l'époque où l'Oratoire de Troyes fit relier ses mss. sans aucun soin et en groupant seulement d'après le format les ouvrages les plus différents.

6. Dimensions actuelles : 320 X 250 mill. (A deux colonnes de 45 lignes.)

7. Les miniatures des grandes initiales ont été volées aux fî. 231'. 235, 242'.

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