‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 2)Chapitre 2 sur 139 · DE LA NOUVELLE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA NOUVELLE ÉDITION

Si Fauteur est revenu, après tant d'années, aux études de sa jeunesse, cest quil se fait un devoir de ne pas laisser réimprimer sans une revision scrupuleuse un livre depuis longtemps épuisé et qui peut rendre encore quelques services.

Le développement quont pris depuis 1 8 c} 2 les études sur Pétrarque, et les progrès accomplis sur la voie nouvelle où cet ouvrage a engagé les travailleurs, ont permis d'étendre la première investigation faite dans les manuscrits du poète, L auteur a donc pu améliorer en mainte page le détail de son livre ; et Ton s apercevra aisément qiiun grand nombre de morceaux ont été refondus et que la doctrine a été précisée sur plusieurs points.

L addition la plus longue est celle d'un chapitre entier, le neuvième, auquel sont venues s adjoindre les notes formant le dernier des excursus. L'un des excursus nouveaux enregistre les renseignements que l'on doit à M. Léopold Delisle sur la première bibliothèque de Vaucluseet dont plusieurs^ parties du livre ont bénéficié. Le lecteur trouvera utilisées, au cours des remaniements, les recherches spéciales de M. Francesco Novati, de M. Remigio Sabbadini et d'autres érudits, dont le nom apparaîtra au bas des pages. Beaucoup d'indications neuves ont été r ecueillies ; pour les poètes latins, par exemple, il s'en rencontre sur Catulle, Properce, Plante, Térence, Ausone, les poèmes attribués à Virgile^ etc. On a complété ou corrigé ce qu'apportait la première édition sur la méthode historique de Pétrarque, sur ses travaux grecs et sa connaissance de Platon, sur ses

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notions d'art et archéologie, etc. L étude iconographique, bornée aux seuls authentiques portraits, a été également mise au courant. Enfin, une centaine de noms a été ajoutée à T ancien index. L auteur a reçu, pour la correction des épreuves, Taide très obligeante de M. Pierre Champion, quil tient à remercier ici. Il espère que le travail fait '[en vue de conserver à ce livre la faveur du public savant rendra ses confrères indulgents pour les imperfections quils y pourraient rencontrer.

Un autre ouvrage de Fauteur, Petrarch and the ancient World, qui est en ce moment sous presse à Boston, reproduit quelques pages de celui-ci. Il forme h premier volume d'une collection consacrée aux idées de la Renaissance et dirigée par M. Leiuis Einstein. Une telle entreprise témoigne avec quelle ardeur les lettrés d'Amérique commencent à s'attacher à des recherches intellectuelles qui furent longtemps notre privilège. Les fervents de Pétrarque, par exemple, deviennent ?iombreux en ces jeunes universités, et c'est là que semble devoir se prolonger, parmi les générations prochaines, le rayonnement de son génie.

Là-bas, comme dans le vieux monde, si les études sur le lyrique du Canzoniereé'^^/^^Trionfi ne manquent point, on tend à donner une place toujours plus grande à l'humaniste. Cette remarque suffirait à justifier la réimpression d'un livre qui a cherché surtout à mettre en lumière l'initiateur intellectuel de la Renaissance.

Versailles, avril i^oj.

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A Monsieur Gaston Paris,

Membre de Vlnstitut, Professeur au Collège de France, Président de V Ecole pratique des Hautes Étiuies (Section des sciences historiques et philologiques).

Cher Président,

Un chapitre d'incertitudes et d'hypothèses chez les meilleurs biographes de Pétrarque, une page précise de M. Delisle, quelques lignes peu exactes dans les travaux généraux sur le xiv^ siècle, voilà tout ce qu'on possède, vous le savez, sur la bibliothèque de Pétrarque. Il reste à faire l'histoire de cette collection intéressante à bien des titres et d'où l'on pourrait presque dire que l'Humanisme est sorti. On répète encore le mot de Boccace écrit au lendemain de la mort de celui qu'il nommait son maître : De bihliotheca pretiosissima uiri illustris... alii mria credimt, alii referunt. Quels étaient les livres de Pétrarque ? que sont-ils devenus après lui? qu'apportentils à la connaissance de son esprit et de ses études ? Le travail qui suit essaye de répondre à ces questions. Vous direz s'il y avait utilité véritable pour l'histoire des Lettres à restituer et à décrire, en un détail aussi minutieux, la première bibliothèque de la Renaissance.

Cette tentative est née d'encouragements venus d'Italie, lors de l'heureuse rencontre des manuscrits autographes de Pétrarque à la Vaticane. La méthode suivie a été fort simple. Après avoir acquis, au prix d'assez longs tâtonnements, la connaissance de l'écriture du

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poète aux diverses époques de sa vie et de ses habitudes dans l'annotation des livres, je me suis mis à rechercher dans les bibhothèques les volumes portant des signes de cette provenance. Qjaelques-uns, désignés par une tradition plus ou moins célèbre, ont été reconnus faux ; d'autres, et des plus précieux pour l'humanisme de Pétrarque, ont été identifiés avec certitude. Ces recherches restent malheureusement incomplètes : j'aurais dû, logiquement, visiter toutes les bibliothèques d'Europe contenant des manuscrits antérieurs au xv^ siècle et ne pas me contenter des quelques milliers de volumes dont j'ai vérifié l'écriture et examiné les marges. Toutefois, après plusieurs années, les pièces essentielles de la collection étant réunies, j'ai cru pouvoir m'arrêter, laissant à d'autres le soin de découvrir, à l'aide des fac-similés publiés, celles qui nous manquent.

Parmi les fonds latins que je pense avoir explorés entièrement, au moins pour les manuscrits d'auteurs classiques, il semble utile de faire connaître les suivants : la BibUothèque Marcienne de Venise, les Bibliothèques universitaire, capitulaire et municipale de Padoue, la bibliothèque municipale de Bologne, VEstense de Modène et la Malatestiana de Cesena, le fonds du couvent de S. Marco à la Laurentienne et à la Nationale de Florence . En beaucoup d'autres, je n'ai pu que pratiquer des sondages, par exemple à l'Ambrosienne et à la Vaticane, qui renferment vraisemblablement d'autres manuscrits de Pétrarque que ceux que j'ai décrits; j'ai surtout le regret de n'avoir pas visité les collections du British Muséum, où tant de manuscrits latins sont de provenance italienne. Au reste, le fonds latin de la Nationale de Paris m'a fourni un champ d'explorations qui, pour des raisons dont vous trouverez l'exposé au second chapitre, devait être particulièrement fécond. L'inépuisable bonté de M. Deprezet la patience amicale de M. Moranvilléont facilité ce travail. De tant d'heures passées dans la poussière des vieux volumes, je n'ai pas le droit de me plaindre; l'ennui de quelques vaines journées a été largement payé par les émotions de la découverte et par le plaisir d'étudier un Pétrarque inconnu.

Vous le savez en effet mieux que personne, cher Président, les recherches d'érudition comportent une part, quelquefois grande, de

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sentiment. Cette part ici ne pouvait être médiocre. Quiconque s'est occupé longuement de Pétrarque et a pénétré dans l'intimité de son génie lui demeure lié par une véritable affection, qui traverse les siècles pour aller à lui, comme faisait la sienne pour les Anciens. Le grand poète humaniste, si voisin de notre siècle par son esprit, si semblable à nous par ses faiblesses, exerce sur qui l'approche une séduction à laquelle on ne résiste pas . De là, l'enthousiasme des « pétrarquistes » d'autrefois et d'aujourd'hui, cette ardeur d'étude qui ne le cède point à celle du cercle grandissant des « dantistes » , ce culte d'autant plus sincère que la chapelle de Pétrarque est plus restreinte et ses fidèles moins nombreux .

C'est en vue de ce très petit groupe d'amis du poète, disséminés pour la plupart hors de France et jusqu'en Amérique, que ce travail a été composé. Je sais qu'ils le liront, l'étudieront et mettront quelque passion à le discuter. Je le leur offre avec confiance, certain qu'il n'y trouveront rien de superflu et que les plus minimes scholies de notre Pétrarque exciteront leur curiosité ; je le leur livre aussi avec humilité, car eux seuls verront bien tout ce qui y manque.

Ces lecteurs rares et précieux voudront bien remercier avec moi, non seulement d'obligeants confrères dont ils rencontreront les noms chemin faisant, mais surtout deux érudits qui ont pris la peine de lire la plus grande partie de mes épreuves : l'un, M. Henry Cochin, m'a suggéré des additions et des observations d'autant plus sûres qu'il est, à l'heure actuelle, l'homme de France connaissant le mieux Pétrarque ; l'autre, M. Paul Lejay, a mis au service de textes parfois difliciles à établir son expérience bien connue de latiniste.

Je n'ai pas craint de citer en assez grand nombre les passages des œuvres de Pétrarque relatifs aux auteurs anciens, surtout lorsqu'ils figurent dans les ouvrages peu communs ou dans ceux dont les éditions donnent un texte cruellement défiguré. Beaucoup de corrections m'ont été fournies par des manuscrits de Paris. Les morceaux inédits de Pétrarque se présentent dans le volume avec l'orthographe du manuscrit ; les autres gardent, sauf indication contraire, l'orthographe de l'édition. Ne vous étonnez donc point de trouver juxtaposés trois

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systèmes orthographiques : le mot epishilae, par exemple, qui paraîtra correctement dans les textes antiques cités, peut se rencontrer tout à côté sous les formes epistolae et epistole, ces dernières devant montrer, au premier coup d'œil, dans un texte de Pétrarque, s'il est emprunté à une édition ou à un manuscrit.

Destinées à l'origine aux seuls « pétrarquistes » et aux historiens du livre, ces pages, par les développements qu'elles ont pris, intéresseront peut-être d'autres personnes et pourront être consultées, par exemple, comme un répertoire des idées de Pétrarque sur l'Antiquité. Veuillez leur accorder vous-même, cher Président, quelques marques de cette curiosité si large que nous aimons en vous. Vous êtes de ceux qui, chez nous, sont restés fidèles aux lettres italiennes, et je sais par expérience avec quelle bienveillance vous en encouragez l'étude. Je voudrais que ce travail, offert à nos amis d'Italie, ne fût pas trouvé par eux indigne de l'Ecole laborieuse où j'ai l'honneur d'enseigner et qui vous a choisi pour son chef.

Versailles, avril 1892.

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