Cf. Rem. I. 43, et passim
Le poète tenait, en cette affaire, à ne pas se considérer comme le principal obligé : c'était un service qu'il accordait à l'État, bien plus qu'un avantage qu'il i emandait pour lui-même : « N'importune donc personne par des instances, disait-il au chancelier; fais ce qui sera nécessaire et conforme à notre discrétion ; si l'amour du bien public ne nous poussait à prendre l'initiative, c'est nous qui devrions être suppliés ' ». Benintendi remettait au Sénat, au nom du poète, une proposition autographe, en latin de chancellerie, où éclate assez naïvement la double passion de sa vie, l'amour des livres et de la gloire \ Le Grand Conseil prenait aussitôt une délibération pour l'accepter, dans les formes les plus honorables pour Pétrarque, et lui accordait, en échange des livres promis après sa mort à l'église de Saint-Marc, une belle habitation à vie, aux frais de la République. Ce fut le Pala^Tp délie due Torri, au quai des Esclavons \
Il n'a pas tenu à Pétrarque, on le voit, que la Bibliothèque Marcienne n'ait été fondée un siècle plus tôt. Il avait eu la première idée d'une bibliothèque publique ^ et formé, en faveur de la ville de Venise et des bonnes lettres, le plan que reprit après lui le cardinal Bessarion. On expliquera, au chapitre suivant, pourquoi ces projets, accueillis avec tant d'empressement par la Seigneurie, ne furent pas exécutés ; il suffit de dire ici comment les livres de Pétrarque quittèrent Venise avec leur maître. Il avait formellement réservé, dans ses offres à la République, son entière liberté