Sur la fuite du temps (Fa w. XXIV, i
6. Il lui reproche d'avoir eu le dégoût de la solitude; tous les nobles poètes, ditil, ont aimé le recueillement, praeter unum Ouidium Nàsonem, seu qui forte illum seqmmtur uel quos ille sequitur. Ille mihi qiiidem magni uir ingenii uidetur, sed lasciui et liibrici et prorsus mulierosi animi fuisse, qtiem coniientus feminei delectarent usque adeo ut in illis felicitatis suae apicem summamque reponeret. Itaque amatoriam artem
inspirait quelque répugnance au poète qui a senti et rendu avec tant de délicatesse la tendresse complète du cœur Il faut noter aussi, semble-t-il, la réserve relative qu'il a mise à nommer un poète qu'il connaissait cependant si bien et qu'il savait admirer \
L'apocryphe De uetida, qui courait de son temps sous le nom d'Ovide, lui inspire la réflexion suivante : Librum^ cuius nomen est De uetula, dant Nasoni; mirum cui uel cur cuiquam id in inentem uenerit^ nisi hoc fartasse lenocinio clari nominis obscur 0 fama operi quaeratur et, quod iiidgo fit^ ut gallinis pauonum oua subiiciant... K II est trop familier avec Ovide et lui reconnaît trop de talent ^, pour admettre un instant la possibilité d'une telle attribution. Toutefois, bon juge du
scribens, insantim opus et meritam, nisi falîor, exilii sui causant, non modo Urhem Romani ceii matronarum puellarumque praefertilem quaerendam docet, ab his qui ad illam insaniam praeter naturaîem stimulum artis quqque cuiusdam calcar adiiciunt, sed loca etiam urbis et festa distingua, quibus uberior materia sit ftirori ; ut sileam notiim illud infâme et relatu etiam foedum, ex ore licet desperati cuiusUbet perditique hominis, quod stilo quoque non piidiiit ad omnis aeui notitiam praeferre, quu scilicet in actu Venereo resolutum feîicem diffinire et in eo statu mortem laudare ausus, in que maxime turpis et inutilis uita est, hanc eamdem sibî a diis opta leti causam, et hocutique, ut idem ait, sibi suaeque uitae conueniens, in se uero miser rimum genus mortis et ipsa procul dubio peius morte. Oui nisi his moribus et hoc animo fuisset, et clarius nomen haberet apud graues uiros et Ponticum illud exilium atque Istri solitudines uel non adiisset uel aequanimius tolerasset {Vit. sol. II, 7, 2 ; Op. 1^6).
1 . Le Canioniere exprime mieux que le passage d'Ovide les limites de la passion humaine, dans le morceau fameux sur la nuit qui devrait durer toujours :
Con lei foss'io da che si parte il sole,
E non ci vedess' altri che le stelle
Sol una notte ! e mai non fosse Talba...
2. Il le nomme par exemple une vingtaine de fois dans les Familiares.
3. Sen. II, 4 (Op. 762). Cette rectification, faite dans un recueil de P. qui fut peu répandu, n'empêcha point Jean Lefèvre de traduire en français le De uetula comme une œuvre « du poète sage » (P. Paris, Les mss. françois, t. VII, p. 75). On sait qu'Hipp. Çocheris a voulu attribuer l'ouvrage à Richard de Fournival (La Vieille ou les derniers amours d'Ovide, Paris, 1861).
4. Rer. mem. II, 2 (Op. 411); Rem. I, 117. Dans Rem. II, 82, le Coelumque tueri iussit est cité avec la mention praeclare.
PÉTRARaUE ET LES POÈTES LATINS
mérite relatif des écrivains et devançant ici le jugement de siècles plus instruits, il se garde de mettre Ovide tout à fait au premier rang des poètes latins. Il s'incline devant une renommée qui, au Moyen Age, a parfois balancé celle de Virgile ' ; mais il sait combien l'opinion des modernes a peu de poids en cette matière. Il sourit de savants rencontrés à Cologne, qui ne possèdent point Virgile et ont plusieurs manuscrits d' Ovide ^ Il exclut le magister amorum ^ de la liste des destinataires de ses épîtres fictives ; c'est une marque d'estime qu'il réserve, parmi les poètes, à Virgile et à Horace.
L'épître à Horace, une des plus curieuses de celles que Pétrarque a adressées à des auteurs de l'Antiquité, ne compte pas moins de cent trente-huit vers asclépiades On ne peut dire que ce soit un centon d'Horace, car la trame du style appartient à Pétrarque ; mais les souvenirs les plus précis, les formules même usitées par le poète romain y sont habilèment enchâssées. Bien mieux que ses vers italiens, où certains passages sont pourtant assez instructifs à cet égard ^ cette composition montre à quel