DU ROLE DE PETRARQUE DANS LA RENAISSANCE
Dans le mouvement d'études fait en ce siècle autour de Pétrarque, sa gloire poétique n'a point gagné, son caractère moral a subi les contestations les plus diverses, maïs, comme initiateur de la Renaissance, il n'a cessé de grandir à mesure qu'on l'a mieux connu. Les dernières recherches sont venues rajeunir ainsi le laurier du poète, qui reste le premier lyrique de l'Italie sans que personne puisse voir en lui le rival de Dante. Son çôle s'en trouve, d'ailleurs, fort élargi. L'écrivain, que revendiquait seule une littérature nationale, a pris place parmi ceux qui ont contribué à notre civilisation présente et que tous les peuples ont le devoir d'honorer: « Ce n'est pas seulement dans l'histoire littéraire de l'Italie, mais dans celle du monde civilisé, dans celle même du développement de l'esprit humain, que le nom de Pétrarque brille comme une étoile de première grandeur ; et il n'apparaîtrait pas moins éclatant, n'eût-il pas écrit un seul vers en langue italienne*. » Je n'entreprends point de suivre dans le détail l'action entière de Pétrarque sur la Renaissance. Mais il semble utile d'en indiquer ici l'ensemble et de réunir les
i. Voigt, Die Wiederhehhvng des clnssischen Atterthxims^^ t. I, p. 23. P. DB NoLHAC. — Pétrarque, 1.
données générales qu*ont fait accepter d'érainents esprit», en les précisant, en les rectifiant peut-être sur quelques points.
La formule qui définit le mieux Pétrarque est celle qui le désigne comme « le premier homme moderae.». Le caractère essentiel de l'homme nouveau que façonne alors Tltalie, Tindividualisme, se montre en lui avec une rare vigueur. Par la direction de sa pensée, il échappe presque entièrement à Tinâuence de son siècle et de son milieu, ce qui est sans doute la marque la moins contestable du génie. Doué tout enfant d'un sens si fin de la beauté que la seule harmonie de la phrase de Cicéron suffit à Tenchanter, il dédaigne, dès l'abord, avec la littérature du moyen âge, les études qui mènent à la renommée et à la fortune, les sciences qui, de son temps, sont la base de toute formation intellectuelle : la jurisprudence, la théologie, la philosophie scolastique. De la voie utilitaire où tout ce qui Tentoure, à Avignon, à Montpellier, à Bologne, le pousse à marcher, il est détourné par un sens poétique extrême, qui l'emportera toute sa vie sur ses autres facultés. Déjà, l'enthousiasme de ses premières lectures lui a révélé ses maîtres, les Anciens ; il n'en veut point d'autres, parce qu'il n'en goûte point d'autres, et les circonstances de sa carrière, qui le rendent de plus en plus indépendant dans l'ordre matériel, lui permettent de suivre son choix. L'imagination le transporte dans le monde de ses livres, le fait vivre en ce passé de sa race, où son patriotisme italien
s'enorgueillit et s'exalte :
Gante di ferro e di valor arraata, *
Siccome in Gampidoglio al tempo antico Talora par Via Sacra o par Via Lata.
Peu à peu, son éducation s'achève dans cette société idéale, qu'il reconstruit d'abord pour lui seul, et son esprit se modèle sur les écrivains qu'il prend pour guides. Sa personnalité y perd sans doute à nos yeux le relief qu'a gardé Dante, à peine initié à l'antiquité ; mais ce qui noUs semble artificiel à distance lui crée, pour son époque, une originalité très accentuée, très féconde, qui s'impose à Tétonnement, à la discussion, bientôt à l'admiration de tous.
S'il n'a pas le savoir encyclopédique d'un Vincent de
Beâûvais ou d*un Bacon, il offre à son temps l'exemple d*ane culture toute différente et non moins vaste, dont sa production littéraire est l'exacte image. A la fois poète épique et lyrique, historien, géographe, moraliste, écrivain religieux, polémiste, orateur même, il montre en lui quelque chose de l'homme universel, tel que Tàge suivant va le connaître. Ce caractère apparaît mieux en certains détails : Pétrarque est curieux d'art et sait lui-même un peu dessiner; il chante les vers provençaux ou ses propres chansons de langue vulgaire en s'accompagnant sur le luth ; en dehors de ses livres, une foule de choses de la vie extérieure l'intéressent et le passionnent, de la pratique du jardinage à la théorie du gouvernement. La Renaissance, d'Alberti à Michel- Ange, fournira des hommes plus complets ; mais il compte déjà, à ce point de vue, parmi les puissantes figures italiennes de ces grands siècles.
Après s'être formé lui-môme par l'antiquité, Pétrarque est entré en guerre contre les fausses sciences et les mauvaises méthodes de son temps, soutenu par un amour ardent de la vérité et par ce dédain de l'ignorance commune, qui ne va pas sans un certain besoin de la braver. Ces deux sentiments, de noblesse inégale, mais chez lui d'égale force, ont inspiré i^es longs travaux et dirigé ses polémiques.
L'astrologie régnait dans le monde scientifique d'alors ; elle était consultée par les princes, enseignée par les universités ; l'Église, qui la tolérait quelquefois, reconnaissait la réalité de ces études, puisqu'elle en condamnait certaines pratiques comme l'œuvre du démon. La magie, de son côté, appuyée sur ses longues traditions orientales, inspirait un respect général. Astrologues et magiciens trouvent en Pétrarque un adversaire. Aidé de Cicéron et de S. Augustin, fidèle surtout aux claires notions générales que l'esprit antique lui a communiquées, il s'élève au-dessus de l'explication démoniaque et voit dans les sciences occultes le produit de la folie ou de la malice humaines. Il ne croit ni aux horoscopes, ni aux songes ; toutes les recherches de ce genre sont pour lui bien autre chose que dangereuses, elles sont vraiment vaines et stériles. Il lui faut quelque courage pour dénoncer l'imposture des savants et la crédulité du public, pour
se demander « si Vune était plus odieuse ou Tautre plus ridicule » ; et il y a quelque mérite à supporter d'être seul ou à peu près seul à penser ainsi. Pétrarque, en effet, est bien loind*étre soutenu par son temps : à peine si quelques voix isolées lui font écho ; on verra même les humanistes, au XV" siècle, abandonner en partie le terrain qu'il a conquis pour la science rationnelle.
Au même combat, livré au nom du sens commun, se rattachent ses attaques contre la médecine. Il commence à les porter, sous la forme épistolaire, devant le pape ; puis, certaines représailles, que se permettent contre la poésie les médecins d'Avignon, lui mettent la plume à la main sur ce sujet pour Je reste de sa vie. Il ne nie pas, au reste, qu'il ne puisse y avoir une science de la médecine, bien qu'il soit douteux pour lui que les anciens eux-mêmes l'aient possédée ; mais les praticiens qui s'en réclament de son temps n'en ont pas encore établi la méthode et exploitent, en attendant, avec outrecuidance, la' sottise de leurs contemporains. Diverses lettres et quatre livres d'Invectives contre un médecin contiennent le détail de cette polémique, qui permet d entrevoir en même temps les idées de l'auteur sur les sciences de la nature.
Sans doute, il n'a pas cultivé ces sciences et il les a subordonnées outre mesure, dans sa pensée, à Tétude de Thomme moral, mais on peut presque dire qu'il en a aperçu les principes. Ses tentatives d'horticulture raisonnée qu'ont révélées ses notes, ses observations sur la vie des plantes et les circonstances qui peuvent l'influencer, sont déjà de celles qui serviront un jour à fonder la botanique. En des domaines voisins, n'a-t-il pas signalé avec mépris et colère la vanité des recherches de Talchimie? n'a-t-il pas expressément laissé de côté les bestiaires, les lapidaires, et toute cette littérature légendaire des naturalistes du moyen âge qui encombre encore le Trésor de Latiniî ne s'est-il pas séparé même de Pline et des Anciens, à propos des fables qu'ils ont transmises et que l'expérience ne vérifiait point? Cette attitude de Pétrarque, qui nous semble si simple, avait quelque nouveauté ; elle servait indirectement les intérêts des sciences d'observation, qui allaient fournir à la Renaissance le champ de ses plus durables conquêtes.
Au charlatanisme des médecins et des alchimistes, il donne
pour pendant celuiJQ^légistes. Ceux-ci vivent, à ses yeux, dans une science mesqume, sans horizon, dont le seul but est le lucre et la tromperie. Il leur en veut visiblement de la place qu'ils prennent dans la société, au nom d'une érudition qu'on croit universelle ; il se plaît à discuter, la plume à la main, avec le plus fameux juriste d'alors, son ancien maître, Giovanni d'Andréa, pour lui prouver au moins son insuffisance littéraire. Il voudrait voir, dit-il, la jurisprudence appuyée sur la philosophie et sur l'éloquence. Il a quelque idée des monuments du droit romain et n'ignore point tout à fait, sans. être capable d'en mesurer Timportance, l'œuvre qu'ont accomplie les jurisconsultes de Justinien ; mais la pratique de son temps le fait douter qu'elle suffise à l'enseignement. Une de ses lettres sur le sujet résume sa pensée en quelques mots : « La science du droit, jadis nourrie par l'éloquence, est tombée d'abord à l'étude aride du droit civil et de l'équité ; puis, décadence plus grave, à l'ignorance et au bavardage. La législation de nos pères, œuvre d'une réflexion profonde et d'un génie lucide, est incomprise ou trahie. La justice, qu'ils ont servie par leur travail, devient une vile marchandise. Ils la défendaient et l'armaient de saintes lois ; on la désarme aujourd'hui pour la prostituer. » Combien doit être estimée davantage, selon lui, l'œuvre de l'orateur et du moraliste, et que ne gagnerait pas la science juridique à se retremper dans ses sources !
Dans le champ philosophique, le débat prend encore plus d'ampleur. Pétrarque ne traite pas mieux les scolastiques de Paris que les décrétalistes de Bologne. Il considère bien la dialectique comme un excellent instrument de travail, « un degré pour s'élever plus haut » ; mais il s'irrite contre ceux qui font du syllogisme le but même de la science, contre ces docteurs « gonflés de néant », comme il les appelle, héritiers indignes de S. Thomas et de maître Albert, disciples de Duns Scot et de la scolastique dégénérée. Un des dialogues où il s'entretient avec S. Augustin donne libre cours à ses sentiments : (( Ce bavardage des dialecticiens, qui n'aura jamais de fin, fourmille de définitions embarrassées, matière d'éternelles disputes... Demandez à quelqu'un de ce troupeau la définition de l'homme ou dé quoi que ce soit, il aura toujours une réponse prête; allez-vous plus loin, il gardera le silence, ou
bien, si Thabitude du développement lui donne audace et flux de paroles, sa façon de parler vous montrera qu'il n'a aucune connaissance vraie de la chose qu'il a définie. J*aîme à attaquer des personnages si dédaigneusement négligents et si frivolement curieux. Pourquoi travailler sans cesse dans le vide, ô malheureux, et vous exercer l'esprit sur de vaines subtilités ? Pourquoi oublier la réalité des choses pour vieillir parmi les mots, et, avec des cheveux blancs et un front ridé, vous occuper toujours d'enfantillages? Et plût à Dieu que votre folie ne nuisît qu'à vous-mêmes, et qu'elle n'eût point gâté trop souvent les plus nobles des jeunes intelligences! » Contre des gens aussi pleins d'eux-mêmes, la raillerie est l'arme la plus sûre ; Pétrarque y revient souvent, notamment dans un passage connu où il décrit la ridicule soutenance des thèses doctorales, et, dans notre dialogue même, il se fait appuyer vigoureusement par son saint interlocuteur: «J'avoue, dit celui-ci, qu'on ne peut rien dire d'assez mordant contre ce fléau des études ». Il faut rendre, d'ailleurs, à notre humaniste cette justice, qu'il ne s'est jamais payé de phrases et qu'il s'est habitué à chercher sous les mots des idées claires.
Ce n'est là, d'ailleurs, pour ainsi dire, que le côté extérieur de la philosophie du temps. Si l'on va au fond des choses, on voit que Pétrarque s'en prend au principe d'autorité, avec une hardiesse que les philosophes de profession n'ont pas atteinte avant lui et une vigueur de polémique qui sera rarement dépassée. Il a lu quelques pages d'Abailard ; mais je ne crois pas qu'il doive rien ici à ce grand précurseur. Les vrais maîtres de sa pensée ont suffi à lui apprendre le maniement Ae la recherche personnelle, oubliée, étouffée autour de lui. Les Averroïstes, si nombreux en Italie, se réclament d'Aristote non moins que les scolastiques, et si sa guerre aux premiers prend un caractère plus âpre, à cause de leur hostilité contre le christianisme, il réunit dans le même dédain toute la philosophie de son siècle. On dira avec raison que la sienne est bien incomplète, réduite en fait à la seule morale, formée d'ailleurs à l'école de Cicéron et reflet d'un reflet. &i son temps, du moins, elle est bien à lui et à lui seul, etimunie déjà des principes qui frayent à l'esprit humain la voie nouvelle.
Un peu embarrassé de s'en prendre à Aristote, que l'anti-
quité tout entière recommande à son respect, il soutient d'abord qu'on ne connaît qu'un Aristote défiguré par les traductions et les commentaires. Du reste, qu'importe, dit-il, « les cinq syllabes de ce nom qui délecte le vulgaire » et cette autorité invoquée à tout propos? « Certes, je trouve qu' Aristote fut un grand homme et fort savant; mais, après tout, ce ne fut qu'un homme ; il a pu ignorer certaines choses et même beaucoup; bien plus, pourquoi le taire? Aristote a erré, et même dans les matières les plus importantes. » Ces paroles et d'autres jetées au cours des livres de Pétrarque font époque dans l'histoire des idées ; il n'est pas indifférent que l'Italie ait trouvé, au xiv* siècle, un esprit assez libre pour attaquer en face la. plus haute autorité du moyen âge, « le maître de ceux qui savent ».
Le besoin d'opposer un nom à celui d'Aristote, autant que l'étude de Cicéron et de S. Augustin, fait deviner à Pétrarque l'importance de Platon. Non seulement il le met à chaque instant en face du Stagirite, mais il proclame la sublimité exceptionnelle et la précellence de sa doctrine. Ce contemplateur de l'autorité ne parle guère ici, il est vrai, que sur le témoignage de ses maîtres, et toute cette question reste un peu vague dans son esprit; mais, là encore, il apparaît comme ayant deviné toute une direction de la pensée moderne, et il est le premier à avoir pris position dans la grande ba-r taille platonicienne qui va remplir le xv* siècle. Ce n'est pas ici le lieu de dire comment ses idées, si complètement imbues de libre examen, s'accordent avec sa foi et sa piété. Mais cet accord môme n'est pas aussi surprenant, aussi en dehors des voies de la Renaissance qu'il peut sembler tout d'abord. Notre poète ne cherche dans la philosophie qu'un moyen pour devenir meilleui', et ce moyen, il le trouve, plus sûr et plus complet encore, dans la pratique do la vie chrétienne. Beaucoup d'esprits très hardis du siècle suivant penseront comme lui. Il est telle prière éloquente.de Pétrarque, où l'humaniste fait place au croyant, où il s'â^enottille « devant le Dieu des sciences, pour le préférer à toute étude et à tout enseignement », dont l'accent se retrouvera aux lèvres de Marsile Ficin et de Pic de la Mirandole.
De la science de son temps, Pétrarq^uo fait table rase, ou
peu s'en faut. Il y substitue Tétude pure et simple de Tantiquité. Les hommes du moyen âge sans doute ont lu et transcrit abondamment les ouvrages païens; mais chacun d'eux n'en a connu qu'un petit nombre et aucun ne les a complètement compris. Les maîtres de grammaire ont puisé dans les auteurs des exemples pour leur enseignement technique, les théologiens ou les philosophes leur ont emprunté des textes à l'appui d'un système; l'esprit antique, nul ne l'a pénétré et n'en a soupçonné même la nature. Certains Italiens, il est vrai, ont gardé avec vénération le souvenir des grands écrivains de Rome, défiguré dans la légende populaire et si vague chez les lettrés même. Brunetto Latini est du nombre de ces écoliers instinctifs de l'antiquité; Dante surtout, par le respect qu'il témoigne aux maîtres de la Grèce et de Rome, dont la plupart ne sont poiu* lui qu'un nom, « reconnaît en eux les éducateurs éternels de l'humanité » ^ ; mais que de confusion et d'ignorance dans la vision du passé chez Latini ou chez Dante, et comme leur information est incomplète! Les écrivains même dont l'érudition est la plus vaste, un Àlbertano de Brescia par exemple, ne font qu'entasser des citations, souvent mal placées ou travesties par Tinterprétation qu'elles reçoivent. Il faut que notre poète paraisse pour qu'il se produise un mouvement durable et un intelligent retour vers les Anciens. On doit admettre que Tltalie y serait arrivée sans lui, puisque tout le moyen âge italien vit de l'obscur désir de la pensée antique; ce pays, si profondément imprégné de la tradition classique, ne pouvait faire autrement que de retrouver un jour la voie perdue ; mais, si on supprime, par la pensée, de l'histoire du xiv° siècle l'œuvre et l'action de Pétrarque, on peut se rendre compte du retard que cette marche aurait subi.
La littérature latine classique a été embrassée par lui dans son ensemble, comme elle ne l'avait été par personne depuis l'époque des Pères de l'Église. Il a consacré la meilleure partie de son temps et de sa fortune à en recueillir les restes. Il en a fait ensuite une étude et un classement
1. Gebhart, Les origines delà Renaissance en Ilaliey p. 144 (eh. iv: La tradition classique).
dont les grandes lignes sont demeurées, en établissant entre les écrivains des distinctions que tous ses successeurs n'ont pas faites avec autant de sûreté. Il n'a point célébré en bloc l'antiquité et mis sur la même ligne tous les auteurs anciens. Il en est un petit nombre qu'il a lus à fond et relus sans cesse, Virgile, Cicéron, Horace, Tite-Live, les deux premiers surtout, « pour qui, dit-il, l'admiration l'avait conduit à l'amour, et avec qui sa longue étude l'avait rendu tellement familier, qu'il ne pensait pas qu'on pût l'être autant avec des vivants. » Ce qui l'a séduit dans la littérature antique, c'est le caractère d'œuvre d'art. Pour la première fois depuis des siècles, on n'en peut douter, la perfection de la forme a ' décidé des préférences d'un esprit. Cette recherche du beau pour lui-même et cette distinction établie entre des productions qui le révèlent inégalement, font une des plus fécondes initiatives de Pétrarque; en même temps, elles instituent à nouveau, à la fin de ce moyen âge qui ne Ta point connue, la critique littéraire.
Il plaît de proclamer ici que cette œuvre considérable d'érudition et de pensée, dont l'importance apparaît davantage à mesure qu'on l'étudié de plus près, a été accomplie au nom de principes esthétiques et par un poète. Pétrarque rêve et compose en poète, même quand il se croit destiné à restaurer et à reproduire dans ses livres la science des Anciens, et cela seul l'empêche d'être un pédant, alors qu'il sacrifie le plus au pédantisme. Sa richesse d'imagination et sa richesse plus grande encore de sentiment ont vivifié sa recherche, soutenu son courage dans les difficultés de l'étude et donné à son rôle cette ardeur d'activité et cette continuité d'eff'ort qui en assurèrent le succès. La transformation de la pensée scientifique, amenée par la Renaissance, a commencé par la rénovation de la forme, et cette rénovation est née de l'enthousiasme, d'abord tout littéraire, ressenti par un poète d'Italie. C'est à son intime génie qu'il doit d'avoir été le premier de ces hommes <c qui aimèrent les lettres mortes d'un vivant amour et rétrouvèrent dans la poussière antique l'étmcellede l'éternelle beauté » *.