Fam. III
empereurs qui se sont honorés du nom de philosophes en aimant les livres surtout pour ce qu'ils y ont puisé. Le cas du savant Sérénus Sammonicus qui posséda soixante-dix mille volumes* lui cause plus d'épouvante que d'admiration ; a-t-il eu seulement le temps d'en lire les titres, et d'en regarder l'aspect extérieur? « Bel art en vérité, qui d'un philosophe fait un libraire ! » Le nombre des livres importe peu : « Pour en tirer gloire, il faut non les avoir, mais les connaître, les confier non à sa bibliothèque, mais à sa mémoire, les loger non dans une armoire, mais dans son cerveau; autrement, on sera toujours inférieur au libraire qui les vend ou même à l'armoire qui les contient \ »
Les amis de Pétrarque partagent son respect du livre. Il saisit, d'ailleurs, toutes les occasions de le leur inspirer. S'il veut les attirer à Vaucluse par le tableau des enchantements de ce séjour, c'est toujours la bibliothèque qu'il place au premier rang ; il se montre fier de pouvoir mettre à leur disposition des ouvrages de toute sorte, le chœur complet des Muses; il estime que ces plaisirs, joints à ceux de la promenade et de l'amitié, doivent suffire au bonheur d'esprits élevés comme sont tous ceux qu'il aime ^ Étant en Lombardie, il prie Guido Sette, alors à la cour pontificale, d'aller autant qu'il le pourra à Vaucluse : la maison de l'ami, le lit rustique, le jardin, tout est à lui ; qu'il surveille seulement les plantations, et qu'il secoue la poussière des livres « en deuil de l'absence du maître S). Pendant les séjours du poète en Provence, il lui arrivait parfois d'être appelé pour afi'aires à Avignon et dy demeurer quelque temps. La bibliothèque n'était point pour cela close aux familiers. Un voisin surtout, l'évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassoles, ne se privait point d'en