‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 246 sur 362 · LE MANUSCRIT DE QUINTILIEN · texte numérisé non relu

LE MANUSCRIT DE QUINTILIEN

F. 93': blanc (lacune supposée à tort par le copiste). F. 94-95: X, 6, 2 à la fin du livre X. F. 96-99: XI, 1, 1 à XI, 1, 71 *. F. 100-119 : XI, 2, 33 à XII, 10, 43 \ Le texte appartient donc à la première famille des manuscrits incomplets de Quintilien et il est, selon la dernière classification, une copie directe ou indirecte du Bemensis^,

Les annotations les plus nombreuses sont aux livres X-XII, les moins nombreuses, aux livres II à V, où plusieurs feuillets de suite en sont dépourvus. On peut supposer, comme pour le Pline, que Textrème incorrection du texte a lassé la patience de Pétrarque dans les livres dont le sujet excitait moins sa curiosité. Il a essayé ailleurs de faciles corrections *. Les mots grecs, fréquents *dans Quintilien, ont été calqués maladroitement par le copiste sur un manuscrit peut-être déjà défiguré ; il en résulte que Pétrarque ne peut même pas les lire ; il remarque en revanche et note soigneusement tous les termes techniques tirés du grec qu'il rencontre transcrits en latin.

Ses sommaires marginaux prennent dans ce volume, à cause du caractère didactique de Toeuvre, un aspect spécial*. Il fixe Tattention du lecteur, sous forme d'interpellation directe, aux préceptes de Quintilien, et ces appels ont assez souvent une intention satirique. On pourrait multiplier les exemples qui suivent. F. 2', sur I, 2, 6: Notate nimium indulgentes parentes, F. 89', sur X, 2, 13: Audi^ imitator fri-

1. Avec une lacune de quelques lignes, marquée par un blanc, dans XI, 1, 17-18.

2. Le ms. a été collationné pour la première fois avec les autres Parisini par Vicaire, et en dernier lieu par Fierville, d'accord ici pour le classement avec Halm.

3. Cf. le récent travail sur Quintilien : A/. F. Q. de inst, or, L /, éd. Fierville, Paris, 1890. La description du Par, 112(^ est p. lxii de l'introduction (sur les lacunes, v. p. 165). N'ayant pu penser à P., aucun philologue n'a mentionné nos scholies.

4. On en trouvera des exemples aux f. 88, 91', 101, 111, etc.

5. Les formes ordinaires se retrouvent aussi, bien entendu ; Demosthenes amator secreti (f. 91', sur X, 3, 30); Proprie diligenterque de Hortensii facundia^ quod in muUiê habel locum (f. 101, sur XI, 3, 8); Gestus in digilis! mirabilis et perplexa doctrina (f. 105, sur XI, 3, 92) ; Nota fructum yslorie occurrenlem inexperientie iuuenili (f. 114, sur XII, 4, 2).

uole. F. 100', sur XI, 2, 46 ; Nota, predicator\ F. 102, sur XI, 3, 33 (omnes imputare et annumerare literas molestiim et odiosum) : Notate, Lombardi aliqui. F. 113', sur XII, 3, 1 : Nota, qui poetarum scripta pronuntias et poeta ideo uis uideri. F. 115', sur XII, 7, 11 : Notate, auari et rapaces aduocati^, F. 118, sur XII, 10, 25, à propos des gens qui s'opposent à ce qu'on fasse autrement que les anciens {Non fecit hoc Demosthenes) : Notate, asini, quos nec nomine digner. Dans aucun de nos manuscrits de Pétrarque ne se trouve aussi nettement marquée son animosité contre la dialectique et la scolastique de son temps. Voici, à ce sujet, quelques notes significatives : F. 1, sur I, 1, 8 [Nihil enim peins est iis qui, paulum aliquid ultra primas literas progressi, falsam sihi scientiae persuasionem induerunt) : Notate hoc, scolastici de nichilo tumescentes, F. 89, sur X, 2, 4 [Imitatio per se ipsa non sufficit, uel quia pigri est ingenii çontentum, esse iis quae sint ah aliis iîiuenta,,,): Bine illud quod est in scolastica disciplina^, F. 112', contre Tabus des subtilités, XII, 2, 14 : Audi, nam nichil est uerius^.

En face de cette hostilité si consciente contre les vices littéraires et pédagogiques de son siècle, on peut noter l'approbation constante que fait Pétrarque des préceptes de goût et des conseils intellectuels de Fauteur classique. A chaque pas, ce sont des exclamations : Grauiter, Urbaneet eleganter. Valide, Quam proprie, Magnifica exhortatio, Apertissima similitudo, Faceta irrisio. Proprie dixit, Subsiste et uide ! Les formules varient, mais non Tenthousiasme du disciple. Il n'oublie pourtant pas le maître commun, Cicéron ; toutes les mentions de son nom sont soulignées '^ et parfois commentées,

1. Sur l'usage d'apprendre les sermons par cœur. Cf. pour les prédicateurs, une note du f. 54': Lege hic, predicator importune.

2. Au f. suivant : Audi, mendax liligator; Nota, incuriose et negli' gens aduocate; etc.

3. Tout ce chapitre sur l'imitation est annoté dans le même esprit. Lorsque Quintilien dit : Cur igitur nefas est reperiri aliquid a nabis quod ante non fueratf il s'encourage lui-môme dans ses innovations: Audi, inuentor. Plus loin, les mots Nichil crescit sola imitatione sont mis en vedette dans la marge.

4. Cf. la lettre entière Fam. I, 6, où l'appel à Quintilien a été, je crois, introduit après coup.

5. V. f. 88, pour l'expression Cicero non hominis nomen, sed elo-

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comme celles de X, 1, 108: Laus ingens et uera M. Tullii Ciceronis (f, 88), et de XI, 3, 123 : Modeste admodum a Cicerone dissentit {î. 106'). Ailleurs, il oppose aux jugements de Quintilien en faveur de Téloquence des Grecs (XII, 10, 27) ceux de l'auteur du De oratore : Multum attollit facundiam grecam et prefert nostre, quod est contra mentent Ciceronis pluribus locis{t, 118'). Toutes les fois, ou à peu près, que Cicéron est cité dans le texte, Pétrarque le signale en marge^ et il agit de même pour Virgile. Ses rapprochements personnels ne sont pas nombreux. Il en fait au point de vue technique avec Aristote*, Victorinus^, et même avec Chalcidius* et S. Ambroise*. Pline est invoqué sur Torigine de la peinture, au chapitre de l'invention, X, 2, 7 (f. 89); Tite-Live etValère- Maxime le sont chacun trois fois*, Suétone et Sénèque une fois^ Outre Virgile et Lucain', on rencontre Juvénal®, et enfin Claudien, cité dans la note du f. 83', sur l'usage de la prosopopée, IX, 2, 30 : Hoc Claudianus optime usus in Ru/finum. Virgilio enim peculiare est. Hoc et Cicero in CatilL de quo statim infra [IX, 2, 32].

quenliae, X, 1, 112 ; f. 89, pour homo celestis, X, 2, 18; f. 99, pour i*adverbe diuine uni au nom de Cicéron, XI, 1, 62; etc. Nombreuses mains à la plume.

1. Quelquefois avec un renvoi précis, quand il reconnaît où la citation est prise (f. 13, In prohemio Tusc, ; f. 96, De oratore 3o). Il lui arrive aussi de noter le titre de l'ouvrage tel que Quintilien le donne (f. 36', 109, Pro Milone; f. 54, Pro Cluenlio; etc). Il a pu connaître ainsi quelques fragments de discours qu'il ne possédait pas, mais le mauvais état du texte enlevait une part d'intérêt à ces renseignements.

2. F. 65, sur V, 11, 23: Nota pro eo quod in Rhetor, tangit AristoteleSy et Virgilius 2 En,

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