‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 279 sur 362 · INFLUENCE DE SENEQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE SENEQUE

lui-même que les maladies morales sont contagieuses ^ ; en étudiant, dans le livre de Sénèque, Tindécision de la conduite, le sentiment de l'inutilité de l'effort, qui le remplissent, n y aurait-il pas contracté son infirmité morale, cette acedia contre laquelle il a si longuement lutté? Je crois, pour ma part, que sa mélancolie s'est développée d'une façon bien indépendante des auteurs anciens*. 11 est possible pourtant qu'il ait trouvé dans le traité de Sénèque plus d'un aliment à son mal secret, alors qu'il y cherchait au contraire un remède. Il le lisait à Avignon, dans le bruit de la ville et l'agitation des affaires, et se recommandait à lui-même cette lecture comme souverainement salutaire : Quod si unquam intestinus tumultus tuae mentis conquiesceret, fragor isie circumtonans, mihicrede,sensus quidem puUaret, sed animumnoîi moueret; at, ne nota pridem tibi aurions ingeram, habes Senecae de hac re non inutilem epistolam, habes et , librum tiusdeni de Tranquillitaie animi, habes et de tota hac mentis aegritudine tollenda librum M, Ciceronis egregium, quem hestemae diei disputationibus in Tusculano suo habitis adBrutum scripsit^. Remarquons surtout l'influence de l'auteur sur la langue de Pétrarque, excellent témoignage d'une fréquentation assidue. La prose de notre humaniste est nourrie de Sénèque au moins autant que de Cicéron et les effets qu'elle cherche à produire sont du même genre que les siens. Les générations suivantes, qui avaient appris à s'y bien connaître, ne s'y trompèrent point et un des anciens biographes de Pétrarque, s'appuyant sur l'examen de son style, alla jusqu'à l'appeler « le Sénèque moderne »*. •

1. Est enim animi aegriludo non minus contagiosa quam corporis,

2. ^nvVacedia (accidia) de P., v. surtout la dernière partie deSecr. II, et De Sanctis, Saggio crilico, p. 185.

3. Secr. H {Op. 350). Le conseil est mis dans la bouche de S. Augustin et P. répond : Singula haec haud negligenter legisse me noueris. Renvoi aux mêmes ouvrages dans Rem, II, 93 (De tristHia et miseria).

4. Interdum iocalur satibus^ sed ubique restrictuSy ut ille qui magis Senecae densilatem quam Ciceronis amptitudinem imitatur, unde persaepe ex hoc recenliorem Senecam ipsum appellauerim (Squarzatico, /. c).

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