Fam. XXI
4. Notizied' opère di disegno^éd. Frizzoni, p. 50; Gazette des Beaux- Arts, 2« pér., t. XX/X, p. 403; etc.
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graveurs la multiplient et la modifient à Tinfîni '; les éditions du Canzonîere afTrontent, en des médaillons naïfs, les deux amants d'Avignon ; cette habitude se maintient jusqu'à nos jours. Beaucoup d'artistes croient travailler d'après des documents sérieux et ajoutent des légendes de provenance, telles que pressa il s' consi* gliere Bianconi, ou ex eleganii tabella apud Vulpios ; la plupart ne s'en soucient guère. Ces portraits ne se ressemblent jamais entre eux ; c'est la contradiction, le chaos. Les uns font de Pétrarque un amoureux imberbe et languissant ou un élégant cavalier à moustaches ; les autres, un bonhomme de comédie, laid, grognon et prêtant à rire. Puisque aussi bien nous sommes en pleine fantaisie, ne regardons qu'un seul portrait, celui qu'a placé Raphaël dans un coin de son Parnasse ; cette jeune figure, pleine de noblesse, est du moins digne du poète, et l'âme charmante du peintre y a mis son rêve.
Il serait fastidieux de reprendre ici des énumérations faites bien des fois et de rouvrir des discussions stériles. Il y a, d'ailleurs, çà et là, dans des miniatures de bibliothèques publiques et dans des collections particulières, des documents qui n^ont pas été étudiés et qui proviennent peut-être d'une tradition plus fidèle que bien des pièces indûment célébrées. Dans l'état actuel de la question, un portrait à peine parait avoir survécu à la critique, et encore ne la satisfait-il pas entièrement. Marsandl'a fait graver pour l'édition des Rime donnée à Padoue, en 1819-1820, et il a été reproduit en photographie dans le recueil intitulé Padova a Francesco Petrarca, à l'occasion du centenaire solennel de notre poète, célébré en 1874. C'est une fresque où Pétrarque est représenté de profil et à mi-corps, les mains jointes, dans l'attitude de la prière, la cape relevée permettant de voir le front. L'œuvre a une histoire certaine depuis Tannée 1581, époque vers laquelle on démolit la maison où elle se trouvait, près du Dôme de Padoue, et qui passait pour celle de Pétrarque*. En 1816, l'évêque Dondi dell' Orologio, descendant d'un ami de Pétrarque, la fit placer dans le mur
1. Beaucoup de pièces isolées sont décrites par E. d'Auriac et par W. Fiske, Petrarck Books^ Ithaca, New- York, 1882, p. 55.
2. Un poète vicentin, Agnolo Beolco dit Ruzante, adressa au cardinal Pisani, alors évèque, une épître en dialecte padouan, imprimée à Vicence, en 1581, pour le supplier d'épargner la maison du poète. On ne put sauver que la fresque ; un professeur de l'université, Giambatt. Selvatico, le fit détacher de la muraille et porter chez lui ; c'est un de ses descendants, le marquis Pietro Selvatico, oncle de l'écrivain de ce nom, qui l'offrit à l'évêque Dondi. Le morceau encastré dans la Sala dei Vescovi a 0™60 de largeur sur 0"^70 de hauteur.
l'iconographie de PÉTRARQUE. 379
de la grande salle de révêché de Padoue, où elle est encore et où bien peu de visiteurs songent à laller chercher.
La peinture est ancienne. Marsand pensait à lattribuer à Guarienta ou au moins à son école ; le désir de fixer une date contemporaine du poète entrait pour beaucoup dans cette hypothèse*. Toutefois, au jugement autorisé de mon ami P. -G. Molmenti, elle n'est pas sans analogie d'exécution avec certaines œuvres du peintre de Padoue. Je Tai examinée moi-même et la crois volontiers du XIV* siècle. Elle est en très mauvais état de conservation et a subi quelques retouches ; la tête seule, vraiment d'une belle expression, esta peu près intacte.
Rien, je crois, ne permet d'affirmer que le portrait ait été fait d'après nature ; la représentation du poète en prière, les yeux levés vers le ciel, éveille plutôt l'idée d'une œuvre exécutée après sa mort. On peut appuyer cette opinion par une autre observation: il a été démontré récemment que la maison démolie au xvi* siècle, près du Dôme, n'était pas celle que Pétrarque avait à Padoue, mais seulement celle des chanoines, où il avait pu habiter en passant, avant d'en posséder une dans la ville *; on est conduit à supposer que les chanoines ont voulu perpétuer au logis commun, après la mort de Pétrarque survenue en 1374, le souvenir de la piété de leur illustre collègue et de son séjour parmi eux. Cette explication rendrait compte du caractère du portrait et de sa présence dans la maison en question. Mais, si l'artiste n'a pas eu son modèle vivant sous les yeux, il est probable qu'il a travaillé d'après des renseignements d'une certaine valeur et qui devaient être à Padoue plus sûrs qu'en aucun autre lieu d'Italie, puisque le poète avait passé dans la ville et dans les environs les dernières années de sa vie.
Le portrait que je crois le plus sérieux, et dont je voudrais ici démontrer l'authenticité, a été également exécuté à Padoue et dans des conditions qui lui donnent, semble-t-il, une autorité exceptionnelle.
C'est une petite peinture très simple, un profil à peine à micorps, faite au bistre, avec quelques touches de cinabre, et occupant le premier verso d'un beau manuscrit sur parchemin, du XIV* siècle, de la Bibliothèque Nationale de Paris, Par, 6069 F. Le manuscrit contient le De Viris illustribus, avec le supplément
1. Tel est aussi Tavis de P. Selvatico sur ce portrait, « benche sia certamente opéra del secolo XIV », et qu'à ses yeux, a per essere statc> condotto 4^ pittore contemporaneo, è probabile sia quelle che meglio riveli la sembianza del vate » (Guida di Padova^ 1869, p. 130 et 134).
2. Gloria, Docum, ined. inlomo al Petrarca, Padoue, 1878, p. 17.
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de Lombardo délia Seta. Un dessin à la plume, rehaussé de bistre S fait face sur le second recto au profil de Pétrarque et semble de la même main *. C'est une représentation symbolique de la Gloire, bien placée en tête de ces biographies. Sur un char traîné par deux chevaux montés par des génies nus et ailés, qui soufflent dans de longues trompettes munies d'ailes, est assise une femme couronnée, vêtue d'un grand manteau agrafé sur la poitrine et ayant elle-même deux ailes éployées. Elle tient de la main gauche des couronnes de laurier, qu'elle distribue de la main droite. Au-dessus d'elle, un second couple de génies envolés sonne de la trompette. Au-dessous, sont réunis deux groupes de cavaliers, les mains et les regards tendus vers la céleste distributrice ; la plupart sont casqués et en armure complète ; il y en a trois avec une couronne royale, et beaucoup d autres en bonnets ; plusieurs chevaux portent un caparaçon de guerre. Mûntz a publié pour la première fois, dans cette Histoire de l'art pendant la Renaissance si riche en renseignements nouveaux', une scène du genre de celle qui vient d'être décrite. C'est encore une miniature, exposée depuis longtemps dans les vitrines de la Galerie Mazarine ; elle précède précisément un autre manuscrit du De Viris, qui est, comme le nôtre, du dernier quart du xiv* siècle, et dont Tornementation révèle aussi, avec certitude, la provenance de Tltalie du nord*. C'est une peinture complète en camaïeu sur ciel bleu et gazon vert, avec des rehauts de gouache un peu lourds et quelques traits d'or derrière la figure de la Gloire. Elle présente d assez grandes différences avec notre dessin. Celui-ci atteste une main plus sûre et plus délicate et, si l'une des deux scènes a été exécutée d'après l'autre, il présente vraisemblablement le type original ; il offre un groupement plus abondant, une invention plus riche, les menus détails ajoutés plus tard compliquant Tœuvre sans l'embellir '. Quoi qu'il en
1. La figure centrale porte seule quelques rehauts de gouache.
2. Une bonne reproduction a été donnée par la Gazette des Beaux- ArtSy 3« pér., t. III (1890), p. 169.