‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 81 sur 362 · BIOGRAPHIE DE VIRGILE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE VIRGILE

pour lui plaire et dont il s'emparait dans une lettre, heureux de trouver un lien historique entre ses deux écrivains préférés et de penser qu'ils s'étaient connus \ La courte notice attribuée à Servius était certainement entre ses mains, car c'està ce document qu'il prend la fausse tradition faisant de Tarente le lieu de la mort de Virgile ^ En somme, ses renseignements étaient au moins aussi étendus que ceux qu'on trouve, dans le premier quart du siècle suivant, chez Secco Poleritone, le premier biographe de Virgile à la Renaissance. Il avait cherché à Mantoue les souvenirs de son poète ; il avait parcouru, comme tant d'autres devaient le faire après lui, la campagne de Pietola, et avait même composé pour Virgile une charmante épître, tout imprégnée, malgré les imperfections de sa langue poétique, de la grâce des Bucoliques :

Hinc tibi composut quae pcrlegis, otia nactus Ruris arnica lui; quonam uagus auia calle Fusca sequi, qui bus in pratis errare soleres Assidue mecum uoluens, quant fluminis oram

emprunté à Donat, 45. — C'est peut-être aussi par Donat, 58, que P. connut d'abord la pièce de vers attribuée à Auguste sur la conservation de \ Enéide, à laquelle il fait évidemment allusion dans Epist. II, 3 (jOp, 11, p. 90) :

Carmen adhuc superest quo Caesaris atque poetae Maieslas sludiumque uigcnl semperque uigebunt.

Mais il a pu la trouver dans plus d'un ms. (Riese, Anlhol. lat.^ n« 672, =: Baehrens, Poet. lai. min., IV, p. 179.)

1. P. à Cicéron, Fam. XXIV, 4 : Quod dictum ex ore tuo audilum, adeo sibi placuit insedilque memoriae, ut illud post annos uiginti, te pridem rébus humanis exempta^ diuino operi suo eisdem penitus uerbis insererel^ quod opus' si uidere lictiisset^ taelalus esses de primo flore tam eerlum te uenturi fruclus concepisse.

2. Itin. Syr.j Op. 561 : Inde in intimo quodam pelagi recessu Tarcntum tibi monslrabilur ^ Ennio nalaliSy Virgilio fatalis locus, quamuis alii Brundusium dicant. La vie attribuée à Servius a été imprimée pour la première fois dans le Virgile de Venise de 1472 et souvent reproduite depuis (notamment dans le Servius de Pierre Daniel) ; récemment par Nettei^hip, Ancienl livcs of Vergil, Oxford, 1879, p. 24, mais sans les dernières lignes qui ont donné à P. le ren'seignement sur Tarente.

Quae curui sécréta lacus, quas arboris umbras, Quas nemorum latebras collisque sedilia parui Ambieris, cuius fessus seu cespùis herbam Pressens accubitu, seu ripam fontis amoeni ; Atque ea praesentem mihi te spectacula reddunt

Aux environs deNaples, ou il s'était plu à visiter les lieux décrits dans V Enéide*, il avait recueilli les traditions Virgiliennes, mais discrètement, et sans la sotte crédulité de son temps ^. Boccace, qui était pourtant un esprit averti, croyait encore, non seulement à la science universelle de Virgile, mais à ses prodiges d'astrologue, au cheval de bronze, etc.*. Pétrarque était tout à fait dégagé de ce côté. Il avait été luimême soupçonné de magie, en pleine cour dWvignon, et cela précisément pour sa lecture assidue de Virgile*; s'il s'était vengé par le ridicule de l'accusation d'un ignorant prélat, ce n'était pas pour admettre à Naples, à quelque degré que ce fût, la tradition d'un Virgile magicien. La question s'y discutait encore cependant parmi les gens lettrés, et Pé-

1. L'épître est vraisemblement de 1349 (Fam. XXIV, 12). P. y donne à Virgile des nouvelles des trois pays qu'il pense lui tenir le plus au cœur, Naples, Mantoue et Rome, et des trois grandes œuvres qu'il a laissées sur la terre :

Tityrus ut lenuem senior iam perflat auenam, Quadrifido cultu tuus ut resplendet agellus^ Ut tuus Aeneas uiuit totumque per orbem Et place t et canitur.,.

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