‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 15 sur 353 · Sen. XV (XIV · texte numérisé non relu

Sen. XV (XIV

3. Détails encore empruntés à Sen. XVI, t, ainsi que l'anecdote de Liège. — Allusion aux livres de Montrieu, De ot. rel. II \ Op. 321.

4. Le témoignage de Boccace est rapporté dans le Comriicntuni super Danteiii AUegherii de Benvenuto da îmola, éd. Lacaita, Florence, 1887, t. V, p. 301. La phrase qui termme le morceau sur le Mont-Cassin (Nunc, uir studiose, frange libi capnl pro fdcienâo lihros) semble inspirée d'un mouvement semblable chez P. : / )iuiic, Maro, uigila . . . , dans Sen. V, 2 (3) ; Op. 796

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sottise pédante qu'il reproche si amèrement à la société cléricale de son temps. Il leur resta reconnaissant des trésors dédaignés qu'ils conservaient pieusement à sa curiosité d'humaniste. Plus d'une fois, il leur dut des ouvrages nouveaux pour lui. 11 s'informait auprès d'eux, au cours du voyage, des villes où il y avait une bibliothèque à visiter : « J'appris, dit-il, en arrivant à Liège, l'existence en ce lieu d'une belle provision de livres; je m'y arrêtai et y retins mes compagnons, afin d'y copier deux discours de Cicéron : l'un fut transcrit par un ami, l'autre, que j'ai depuis répandu en Italie, le fut de ma propre main, et je te dirai pour te faire rire que, dans cette tant bonne ville barbare, ce fut toute une affaire de se procurer un peu d'encre, et encore ressemblait-elle à du safran. »

Quelques années plus tard, en 1337, certains détails du premier voyage à Rome nous renseignent encore sur les habitudes de Pétrarque, A peine est-il arrivé et a-t-il payé son tribut d'émotion à la ville de ses rêves, qu'on le trouve en quête de livres. Le 6 mars, il a déjà fait une acquisition; le 16, il en fait une autre, et consigne soigneusement les dates sur les gardes des volumes'. Ce sont des œuvres de piété, d'un grand format, qu'il n'est guère dans l'intention de lire; mais la beauté des exemplaires le tentait et, en présence d'achats de ce genre, comment ne pas penser qu'il y ait joint, s'il l'a pu, maint ouvrage profane? Quels lourds bagages pour le retour! La route est longue, et un tel ballot embarrasse fort un voyageur, soit pour aller à cheval, soit pour traverser en bateau la mer Tyrrhénienne. Mais le jeune bibliophile accepte volontiers ces ennuis, trop fier d'avoir pu inscrire

I. Par. 1617, Par. 1994. Le 13 février, il était encore à Capranica, chez les Colonna (Appel, Zur Entiiickelung ital. Ditch. P., Halle, 189:, p. 189).

sur des livres cette mention glorieuse : Romae emptiis. Peutêtre, d'ailleurs, compte-t-il sur ses hôtes, les Colonna, en relations fréquentes avec Avignon, pour en faciliter le transport '.

Nous savons par un document direct l'état primitif de la bibliothèque de Pétrarque, après ses premières recherches, un peu avant le voyage d'Italie, qui l'enrichit d'œuvres nouvelles. Il en a dressé lui-même la liste sur les gardes d'un de ses volumes, et cette sorte de catalogue autographe de sa collection nous révèle l'étendue de son premier trésor '. L'Ethique d'Aristote ouvre la série des philosophes, où figurent Cicéron, Sénéque et Boèce. La rhétorique est représentée par trois traités de Cicéron et deux suites de ses discours; l'histoire par Valère-Maxime, Tite-Live, Justin, Florus, Salluste, Suétone, l'abrégé de Festus etEutrope; Macrobe et Aulu-Gelle s'y trouvent joints. Les poètes sont Virgile, Lucain, Stace, Ovide et Juvénal. Quelques traités de grammaire et quelques ouvrages religieux, qui sont tous de saint Augustin \ complètent ce fonds choisi, déjà bien suffisant pour donner à son possesseur une large connaissance de l'Antiquité. Telle était encore, en ses lignes principales,

1. En 1341, deuxième voyage de P. à Rome, pour le couronnement au Capitole, précédé d'un séjour à Naples, auprès du roi Robert dont l'importante bibliothèque dut être utilisée plus d'une fois par le poète. Second voyage à Naples, en 1343. Sur le bibliothécaire du roi, Paolo Perugino, v, Hortis. Stiidj suUe op. lat. del Boccaccio, Trieste, 1879, p. 494 sqq. ; sur Marco Barbato, ami de P., qui lui facilita les recherches, v. Faraglia, Barbato d a Suhnona e gU uomini di letlere délia Corte di Roherto d'Angio, dans ^rc^. stor. ital., Ve série, t. III, 1889.

2. Le fac-similé de ce « catalogue » est donné par Léopold Delisle, d'après le Par. 2201, dans sa Notkejiir un livre annoté par P., Paris, 1896. J'en reproduis le texte àl'Excursus VII, et j'en utilise les détailsau cours de plusieurs chapitres. La date approximative du document m'est fournie par le caractère de l'écriture et par l'absence des ouvrages acquis à Rome en 1337.

5. Sauf un traité de Cassiodore contenu dans le Par. 2201, que P. possédait déjà en 1335.

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la composition de la « librairie » de Vaucluse, au moment où le poète vint s'établir en ce désert.

La principale raison de l'installation de Pétrarque à Vaucluse ' fut son désir de travailler en paix, loin des distractions de la ville et des importuns, afin d'entreprendre avec ses livres ces longues causeries dont il a si aimablement parlé. Il goûtait passionnément la solitude, à la condition d'y trouver toujours à ses côtés, selon le mot d'un poète qui l'a beaucoup imité, Ronsard,

Ces bons hostes muets qui ne fasclient jamais ^

11 a lui-même exprimé cette « amitié des livres » de la façon la plus vivante : « Ce sont des compagnons mystérieux, que les siècles m'ont amenés de tous les pays, illustres par leur langage, par leur génie, par les travaux de la guerre ou de la paix. Ils ne sont point difficiles, un coin de ma modeste maison suffit à les loger; ils obéissent à tous les ordres, sont toujours présents, ne m'ennuient jamais, s'éloignent à mon gré et reviennent au premier appel ».

Il est rare que les nombreuses descriptions de Vaucluse, où il nous fait connaître sa vie rustique \ omettent le souvenir de son occupation favorite ; « Voici ma vie, écrit-il à un ami : je me lève vers minuit et, dès l'aube, je sors ; mais

1. Automne de 1337. Cf. Fr. Wulff, Petrarch at Vaucluse, Lund, 1904, p. 13.

2. C'est le mot même de P. : comités latentes {Epist. I, 7 ; Op. II, p. 83). Il continue ainsi :

. . . Illustres nec difficiles, quitus angulus uuus . Aidibus in modicis satis est, qui nulla récusant Imperia, assidueque adsint et taedia niinquam Ullaferani, aheanl iussi redeautque uocati.

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