Fani. XV, 5 (à Zanobi da Strada
volontaire, il leur prête des sentiments et des paroles : « Je me suis retiré dans mon Hélicon transalpin, écrit-il cà un possesseur de manuscrit. Ton Cicéron était venu avec moi, émerveillé de la nouveauté du site, et il a reconnu que jamais dans sa terre d'Arpinum il n'avait été, pour employer ses expressions, enveloppé de plus fraîches rivières qu'il ne l'était avec moi à la source de la Sorgue... Aussi m'a-t-il paru s'y plaire et rester avec moi volontiers. Nous avons passé ensemble dix jours d'un paisible loisir en ce lieu, le seul où je respire hors d'Italie ' ». Comment s'étonner que, vivant avec les hommes du passé dans une familiarité aussi étroite, il ait songé à faire de leur histoire l'objet principal de ses études ? Le poème de YAfrica et le De Viris illiistrihus devaient sortir naturellement de ses lectures de Vaucluse. Ce sont ceux de ses ouvrages qui reflètent le plus directement sa culture toute romaine.
Pétrarque a prodigué aux livres les expressions de tendresse. Sa bibliothèque était « sa fille », « l'unique consolation de ses chagrins ^). Il lui demandait la santé, quand il était malade. Dans un de ses voyages en Italie, retenu à Bologne par la fièvre, rongé d'insomnie et incapable de composer, il se soignait par la lecture, et se dépeignait luimême, sur son lit jonché de volumes, cherchant dans le tas celui qui contenait le De finihus \ Cette occupation devenait indispensable à sa vie. Un jour, un ami très intime, inquiet de le voir surmené par la composition de YAfrica entreprise avec sa fougue ordinaire, veut obtenir de lui par sur-
1. Fam. XII, 8. Pour la suite de la lettre, qui parle de tous les personnages illustres que Cicéron amène avec lui, v. le chap. V.
2. Bihliothecae meae qiiani in fUiam adoptaui . . . {Fam. XVI, i). Libellas in qnihiis tfiihi omnis ferme lahorum qiiies et solatiuni iiilae est (Faut. XIV, 4). On pourrait multiplier les textes de ce genre.