V. plus loin, p
3. Sen. II, 3. Cf. Sansovino, Veiieiia, Città iiobiliss., Venise, 1581, p. 24 b. et 240. [N. Barozzi dans] P. e Veueiia, Venise, 1874, p. 286.
4. Sur le caractère strictement privé de toutes les bibliothèques du temps, même celle du Pape, v. les observations d'Ehrle, t. I, p. 756; l'idée de P. apparaît d'autant plus intéressante.
PÉTRARQUE IMBLIOPllILI- 8l
de résidence, qui impliquait le droit d'emporter avec lui la bibliothèque, dont il ne se séparait pas. Après quelques années d'habitation, coupées par de nombreux voyages, il se dégoûta d'une ville, où il rencontrait trop d'Averroïstes et où il manquait d'un jardin. Il prit peu à peu l'habitude de séjourner à Padoue ; il aimait à y remplir ses fonctions de chanoine et à jouir de la familiarité d'un prince vraiment lettré, François de Carrare. Enfin, les sollicitations de celuici et les exigences d'une santé qui avait besoin de l'air des montagnes, le décidèrent à abandonner les lagunes et à partager son temps entre Padoue et Arqua, où le seigneur de Padoue lui avait fait don d'une maison rustique. La proximité de Venise lui permettait, d'ailleurs, d'y revenir aisément et d'y cultiver ses amitiés. Ses livres s'y trouvaient encore au commencement de 1368, confiés aux soins de Donato degli Albanzani ' ; mais ils ne tardèrent point à venir rejoindre leur maître. Celui-ci, pour agrandir sa propriété d'Arquà, venait d'y acquérir une terre de ses propres deniers, et marquait ainsi son intention définitive de résider dans les états de François de Carrare '.
En cet ermitage des monts Euganéens, entouré de l'horizon paisible que domine encore la maison construite pour lui, Pétrarque revivait, en ses vieilles années, la vie de Vaucluse : «Je suis demeuré, écrivait-il, dans la médiocrité d'existence que j'avais alors et que j'ai jugée plus avantageuse et plus douce : je ne me suis enrichi que d'années et de quelques livres... Une grande partie du temps, je reste à la campagne, désireux comme toujours de solitude et de repos.
1. Bihliotheca nostra tîiis in manihus relicta (Deignor., Op. 1053).
2. Cf. les documents publiés par Malmignati et Gloria et résumés par Zardo, Il P. e i Carrares!, Milan, 1887, ch. m. V. aussi la belle étude de Jusserand, Au tomheau de P. (dans Revue de Paris, i^r juillet 1896, p. 92-119).
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Lire, écrire, méditer sont encore, comme déjà dans ma jeunesse, ma vie et mon plaisir : je m'étonne seulement, après une assiduité si longue d'avoir appris si peu de chose ' ». Son érudition cependant demeurait aussi renommée que l'était son génie de poète ; on faisait sans cesse appel à sa mémoire et à ses livres, qu'il mettait généreusement à la disposition de tous ^ ; les visites et les épîtres de demande lui arrivaient nombreuses, et il avait toujours « dans sa petite armoire ' » quelque bon ouvrage à prêter aux amis des lettres. Un gentilhomme Ferrarais écrivait de Padoue à Louis de Gonzague, cà propos d'une lettre de César qu'il lui destinait : « Je pense, que s'il a été conservé dans le monde quelque autre œuvre de cet empereur, elle existe chez notre glorieux seigneur commun, messer François Pétrarque. Là est l'écrin et le tabernacle des monuments de l'Antiquité, et personne ne peut espérer d'en découvrir qu'il ne posséderait pas. J'irai le voir dans peu de jours à Arqua, où il se trouve, et lui demanderai instamment ce qu'il a des compositions de César; je n'ai pas de refus à craindre : obligeant toujours et pour tout le monde, il a paru l'être particulièrement pour moi ^ ». Les richesses réunies dans le scrinium d'Arquà et de Padoue étaient considérées par leur maître comme un dépôt dont il devait compte aux travailleurs de son temps, et jamais bibliophile ne fut plus libéral de ses richesses, mieux convaincu des droits d'autrui sur ses collections.