‹ PétrarqueChapitre 120 sur 178 · Senili, XIV · texte numérisé non relu

Senili, XIV

2. Dans son testament il laissa le meilleurdeses hi/ftsaumaître Tommaso Bambagia deFerrare. Par une lettre à F. dei S. S. Apostoli, nous savons que le chant et la musique l'emplissaient de charme, et le plongeaient dans l'extase. Cf. Fam., XIII, 8.

3. La vignette qu'il dessina sur un manuscrit de Pline est assez remarquable ; elle représente la source de la Sorgue, à peu près telle que le poète l'a décrite dans ses lettres, sous la roche sauvage au sommet de laquelle s'élève l'oratoire de Saint- Victor. Le petit ruisseau serpente dans le fond à

la nature, qu'il ne se lassa jamais d'admirer, lui faisait rechercher et contempler des beautés qu'il retraçait en prose et en vers, en latin ou en langue vulgaire avec une grande richesse de coloris. C'était un art pour lui que l'étude des classiques dont il aimait la langue noble et harmonieuse, et son aversion pour la jurisprudence qui la déshonorait par son jargon de palais. Art, l'élégance de sa mise à laquelle il tint si longtemps et la conversation recherchée des gentilles dames. Art, les formes de ses vers d'amour, le souffle sentimental qui les anime, et l'image idéale et passionnée de la femme qui les inspira. Dans un âge plus mûr, c'est l'art qui lui conseille de donner tous ses soins au beau style latin et qui lui fait obstinément refuser des charges qui le lui auraient déformé. Art, son labeur incessant pour limer, ciseler ses compositions en langue vulgaire dont il n'arrive jamais à être satisfait. Art, l'adoucis-

droite et à gauche. A l'endroit où finitce côté dudessin, on voit un héron tenant un petit poisson dans son bec. En dessous cette légende. Transalpina solitudo mea jucundissima. Ni le dessin, ni l'exécution ne sont un chef-d'œuvre, mais ils révèlent un certain goût et de la hardiesse, un certain sens de la perspective plus que négligée des artistes de ce temps. Son authenticité ne semble pas douteuse. Gf Nolhac, page 395.

sèment de son nom patronymique Petracco en celui plus harmonieux de Petrarca. Art, le goût des belles et riches miniatures dans ses livres, des reliures somptueuses, des caractères soignés. Art, ses causeries charmantes, qui le faisaient rechercher des grands et accueillir des dames. Art, le geste de dignité noble dont il honorait la foule qui le saluait dans le chemin, son attitude aisée devant l'affabilité des grands, l'admiration des petits et la serviabilité de ses amis. Art, la façon courtoise et affectueuse de faire ses libéralités, de demander avec détachement et de dépenser avec la largesse d'un grand seigneur. Art, je me plais à le répéter, qui était tour à tour un sentiment délicat de tact, de convenance, d'élégance, de dignité ou de beauté, art qui, parfois, pouvait par excès, tomber dans la pose et la préciosité, mais qui venait toujours d'un penchant naturel et vrai vers la perfection des choses belles et gracieuses.

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