‹ PétrarqueChapitre 52 sur 178 · Fam., XII · texte numérisé non relu

Fam., XII

Renaud de Villafranca et à Guillaume de Pastrengo. Quatre cardinaux le consultaient sur la manière de régler le gouvernement de Rome. Des prélats influents faisaient auprès de lui de nouvelles instances pour qu'il se laissât nommer secrétaire apostolique; il paraît môme qu'il se soumit à une expérience de chancellerie ecclésiastique qui ne lui réussit guère \ Enfin il renouvelait au doge de Venise, André Dandolo, l'exhortation qu'il lui avait déjà adressée en 1350, pour lui demander de rétablir la paix avec la république de Gênes.

Les amertumes ne lui manquèrent pas ; laissons de côté l'impatience que lui donnaient des affaires qui lui prenaient son temps et lui suscitaient mille embarras ; ne parlons pas de son mépris toujours plus grand pour la cupide Babylone, mais que dirons-nous en le voyant accusé d'ambition et d'avarice, accusé d'avoir intrigué à la Cour pour supplanter Ugolin de Rossi dans l'évcché de Parme \ lui qui refusa ceux qui lui furent réellement offerts et qui ayant obtenu un canonicat à Modène le cédait

1. Cf. Voigt. Renaissance de Vanliquilé classique, trad. italienne. Florence, 1**8, 1er volume (page 12). ii. Fxm., IX, 5, XIV 4.

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aussitôt à Luca Cristiani, estimant que celui-ci en avait plus besoin que lui ? Et les colères des médecins qui se déchaînaient sur lui, parce que dans une lettre au Pape, durant une maladie, il avait parlé d'eux avec dédain ? Et cette étrange accusation de sorcellerie ? Ce dernier épisode est très curieux. La longue étude que Pétrarque, comme Dante, consacra au poète de l'Enéide, dont le moyen âge avait fait un grand magicien, et le culte qu'il avait pour lui, le firent aussi passer pour un sorcier. « Un des cardinaux les plus considérables dit que je suis magicien et ne craint pas d'en montrer la preuve par l'étude que je fais de Virgile \ » Voilà ce qu'écrivait Pétrarque, qui avec un autre cardinal de plus d'esprit et de science, en faisait des gorges chaudes \ Mais ce cardinal crédule était Etienne Aubert et devint le Pape Innocent VI* Le poète en éprouva quelque embarras et refusa, au moment de son départ, de suivre le conseil de son protecteur le cardinal de Talleyrand, qui lui disait de se présenter au Pontife pour prendre congé de lui. Dans sa susceptibilité, il écrivait plus tard avec une petite

1, Senilt, 1,4.

2% Svruii, l, 4,

pointe de dépit : « Je ne veux ni l'offenser par ma sorcellerie, ni être offensé par sa crédulité. »

Il n'en fallait pas tant à Pétrarque pour le décider à quitter de nouveau la France, et dans le milieu de 1352, il était bien résolu à exécuter son projet. Mais l'un de ses protecteurs, le cardinal Guidode Boulogne,chercha à le retenir à Avignon, « pour des motifs sérieux d'intérêt qui devaient lui être très profitables '. » Pétrarque attendit quelques mois, puis son impatience l'emportant sur son intérêt et sur les paroles du cardinal, il retourna à Yaucluse dans les premiers jours de novembre « fatigué, excédé, n'en pouvant plus d'ennui » 2, bien décidé à reprendre le chemin de l'Italie. Le 16 du même mois, par une belle et claire journée, il se met en route avec tout son bagage ; mais il est à peine parti que le temps se gâte, et bientôt la pluie tombe à torrents. Vers le soir, il s'arrête à Gavaillon pour voir l'évêque Ph. de Gabassoles son ami, qu'il trouve malade et couché. Il passe la nuit auprès de lui, et entend qu'on parle vaguement de bandits armés qui

i. Fam.t XIV, :. .

:'. F dm., XIV, 7.

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infestent les environs. Pour y avoir échappé tant de fois, le poète n'en ressent pas moins une grande frayeur à l'idée de s'exposer à une nouvelle attaque. Après quelques hésitations il se décide à rebrousser chemin, envoie en Italie plusieurs de ses serviteurs « surtout pour ne plus les voir autour de lui » l, et remporte son précieux trésor de livres et de manuscrits, « partie la plus importante du bagage qu'il craignait de voir perdue par l'eau 2. »

C'est ainsi qu'il trouvait dans les circonstances les plus accidentelles une excuse ou une raison à ses hésitations parce qu'il était partagé entre deux sentiments : si l'un l'entraînait vers l'Italie, l'autre le rappelait à Vaucluse. Mais celui-ci triompha bientôt, à cause de certains liens, on ne sait bien lesquels, qui l'attachaient encore « à la mer orageuse de la Cour 3. » Pour s'y soustraire la mort de son fidèle intendant, Raimond Monet, lui fournit un prétexte honnête. Il demanda un congé aux cardinaux Talley ranci et Montfort ses protecteurs et put retourner quelque temps encore à sa

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