Senili, II
sion avait été faite pour donner une demi-satisfaction aux Florentins qui voulaient à tout prix posséder Pétrarque parmi eux, et qui avaient insisté auprès du Pontife pour qu'il accordât au poète le premier canonicat vacant dans leur église ou dans celle de Fiesole1.
Au milieu de tout le bruit qui se faisait autour de lui ou à son sujet, la vieillesse et son cortège d'infirmités atteignaient le poète qui se recueillait davantage dans des méditations philosophiques et religieuses.il termine le traité moral : Des remèdes dans Vune et Vautre ortune, greirant son sentiment profondément, chrétien, sur les idées morales de Sénèque. Il adresse à l'évoque de Gavaillon, un autre traité également long et sérieux : De la vie solitaire, et continue à donner ses soins au recueil de ses lettres et à ses poésies en langue vulgaire.
A cette époque, la philosophie était assez en honneur à Venise, mais par suite des relations maritimes fréquentes avec l'Orient ou pour toute autre raison, la philosophie d'Aristote, telle qu'elle avait été exposée par Averroès, était plus en crédit que la scolastique ou la palrislique.
1, Iloilis, op. cil. 283 el 305.
Pétrarque, qui par nature, par sentiment artistique, par ses principes idéalistes et sa science philosophique, tendait plutôt vers le platonisme, et qui de toute façon était animé d'une foi chrétienne ardente, avait en horreur la philosophie insidieuse d'Averroès, et il eut plus d'une fois l'occasion de s'élever contre les partisans zélés de cette doctrine peu orthodoxe. Un jour il expulsa même de chez lui, l'un de ceux, qui dans la discussion, s'était laissé entraîner à le blesser dans son sentiment religieux Ml engageait parfois des discussions plus ou moins vives, sans arriver naturellement à persuader ses adversaires. Sa science et sa grande autorité ne le sauvaient pas toujours des épigrammes de ses contradicteurs. Ainsi à Venise, en 13GG, quatre jeunes averroistes, qui, semblet— il, fréquentaient sa maison, l'ayant entendu au cours d'une discussion condamner leur doctrine, formèrent, sans doute par plaisanterie, une sorte de tribunal pour juger Pétrarque. On discuta sur ses mérites, on chercha les points à défendre, finalement on prononça qu'il était un honnête homme, mais un ignorant 2.