Comme le ilit Pétrarque lui-même dans sou tostameuL
tout cela après qu'il leur avait prodigué, avec l'emphase et l'exagération qui lui étaient habituelles, des éloges qu'on adresserait à peine aux plus grands héros ; après des protestations de reconnaissance et d'affection renouvelées sans cesse que l'on n'aurait jamais pensé devoir, non pas s'éteindre, mais même s'affaiblir. Sur ce point les partisans les plus bienveillants de Pétrarque ne dissimulent ni leur étonnement ni leur blâme, mais nous ne savons sur cette rupture avec les Colonna ni ce qui se passa ni ce qu'ils se dirent. Ce qu'il y a de certain, c'est que de pareils dissentiments laissent dans l'âme de l'amertume, qu'ils troublent le jugement et changent le plus souvent l'affection en haine et en colère. C'est l'histoire du cœur humain et Pétrarque était un homme aux impressions vives, au caractère irritable que la colore entraînait à des paroles sinon irrespectueuses, du moins violentes \ Malgré cela nous ne pouvons affirmer que sa conduite envers les Colonna puisse être attribuée à ce côté le moins parfait de sa nature. Rappelons à notre souvenir les conditions desprit dans lesquelles il se
1. Qu'on se rappelle coninieut il prenait à partie ses détracteurs, les médecins ou les averroistcs, etc.
PÉTRARQUE DANS l'iNTIMITÉ 207
trouvait dans les années 1343 et 1347, quand ses rêves ardents d'italien et de nouveau citoyen romain, trouvaient leur incarnation dans les discours, dans les actes et dans la personne de Rienzi ; or ces actes, cette personne, devaient être au contraire pour les Colonna un sujet tout particulier de haine et de guerre. La politique divise les esprits ; figurons-nous ce que devait être le patriotisme ardent de Pétrarque uni à la tradition classique. Ses bienfaiteurs? mais s'ils l'avaient nourri, il les avait servis ' ! Ses amis ? Quand il s'agit du salut de la patrie, de l'Italie et de Rome, il faut, si cela est nécessaire, sacrifier ses amis ! Pourquoi les Colonna, depuis longtemps citoyens romains, ne consacraient-ils pas leur puissance et leurs biens à la résurrection de Rome ? Pouvaient-ils Tempêcher de souhaiter de tout son cœur, d'encourager de sa parole, cette œuvre de résurrection, et prétendre l'obliger à préférer au culte de la patrie le culte de l'amitié ? Carior respublica, cariar Roma, carior Italia'. Tels devaient être les sentiments que Pétrarque ressentait, non sans mélange d'angoisse.