‹ Pétrarque, sa vie et son œuvre;Chapitre 14 sur 188 · Film., H · texte numérisé non relu

Film., H

3. P. de Nolliac. Pétrarque cl V Humanisme, Paris, 1892, p. 35. Une autre édition en deux vol. de ce livre est sous presse

i.Senilii XXI, 1. "SoUmc. Pêtnirquc el V Humanisme, \rdgciO-

rendre immortelle avec lui '. Cette contiance faisait parfois place, dans cet esprit ondoyant et impressionnable, à de profonds découragements qui étaient une preuve encore d'habitudes réfléchies et de vues élevées. Alors ce prétendu écervelé allait confler ses angoisses à la bienveillante amitié d'un vieil écrivain de la cour papale, Jean Fiorentino, qui admirait son intelligence et en présageait de grandes choses. Pétrarque lui disait : « Tu connais mes fatigues, tu sais mes préoccupations d'esprit, et par quelles études j'ai tenté de m'élever audessus du vulgaire... et voilà que sans avoir jamais cessé de travailler, au moment où j'espérais atteindre au sommet, je sens mon esprit aride retomber dans un abîme... Ce qui me paraissait facile me devient impossible ; où je courais d'un pas sur, mon pied fatigué se meut avec peine, je me sens abattu, découragé, tout près du désespoir-. » En vérité un jeune homme de vingt à vingt-cinq ans, qui cultivait et méritait de telles amitiés, qui était capable de composer de si belles œuvres, qui tenait des propos

1. Vivemus pariier memorabimur ambo dans ]c Pancçjyricum in funere nialris.

•2. HcnUi.XXi, Ò.

si sages, ne pouvait être le fainéant vain, que, dans son âge mûr, en possession de sa science et de sa renommée, il prétendait avoir été alors. Peut-être agissait il ainsi par scrupule moral et religieux ou par effet de contraste ou jeu de rhétorique, ou par une sorte de pose et de préciosité, qui le faisait volontiers se présenter luimême, au moins dans ses écrits, sous des aspects qu'il jugeait intéressants.

Pétrarque avait eu à l'université de Bologne, comme camarade d'études, Jacques Colonna, qui devint plus tard évêque de Lonibez, fils de Stefano le vieux et frère du car dirnal Jean. Mais s'ils s'étaient vus, ils ne s'étaient pas connus. Quand tous deux furent de retour à Avignon, Jacques Colonna déjà parvenu à une haute dignité ecclésiastique grâce au nom de sa famille, entendit nommer le jeune clerc qui était sur le point d'entrer dans les ordres sacrés. Voulant le connaître de près, il l'appela auprès de lui, le protégea, le prit en affection, et l'aida à se faire connaître. Lorsqu'il dut se rendre dans son diocèse de Lombezen 1330, il emmena Pétrarque qui déclara « divin et inoubliable » cet été passé en compagnie de Tévêque et de ses familiers et se lia d'amitié avec deux per-

sonnages qui devinrent dès lors ses plus intimes amis, le Romain Lelio ou Lello di Pietro Stefano, très attaché aux Colonna, et Sanctus de Beeringen, que par flatterie affectueuse, il rebaptisa du nom classique de Socrate.

Revenu de Gascogne, Jacques présenta Pétrarque à son frère le cardinal, dans la maison duquel il voulait le faire entrer, bien que Pétrarque eût préféré rester avec lui et qu'il le lui eût même demandé ^ On ne sait pas au juste quelles furent les attributions de Pétrarque chez le cardinal. Des biographes disent qu'il fut chapelain, d'autres précepteur ; il fut sans doute chargé des fonctions multiples et indéterminées de « familier » selon l'usage des cours et selon la signification du mot à cette époque. Il paraît certain qu'il fut quelque peu professeur d'Agapito Pietro Colonna, dit Sciaretta, arrièreneveu de Stefano le vieux -. Peut-être le fut-il aussi d'un autre jeune homme de la famille, si l'on se reporte à l'églogue VII, où dans une allégorie bucolique, il laisse entendre qu'il instruisit la famille du cardinal chez lequel il resta

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