‹ Pétrarque, sa vie et son œuvre;Chapitre 21 sur 188 · Fam · texte numérisé non relu

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loin de ces lieux et n'en ressentait plus l'impression immédiate et chaude ; ce n'étaient que de fi'oides réminiscences passées au creuset de l'érudition '. Les biographes qui parlent des émotions du poète dans la ville éternelle se fondent sur des conjectures probables plus que sur les mémoires qui en sont restés.

On ne sait si Pétrarque dans ce grand foyer éteint de la civilisation latine, chercha, ni s'il trouva des manuscrits dont il faisait ailleurs de si heureuses découvertes. La grandeur de Rome était morte, aucune voix ne sortait de ses ruines. On ne croit pas que dans ce voyage il ait acquis plus de deux volumes, et ce furent des volumes religieux.

Après quelques semaines de séjour à Rome, il revint à Avignon le 16 août 1337. Aucun souvenir n'est resté de son voyage de retour. Plusieurs biographes, au nombre desquels est l'éminent Fracassetti, prétendent qu'il fit un long détour par les côtes d'Espagne jusqu'à l'Angleterre ; ils se fondent sur deux indications données par Pétrarque, d'abord dans une lettre en vers, où il put faire allusion à l'Océan Atlantique en rappelant son voyage en Gascogne de

l.Fam., VI, 2.

1330, puis sur une autre lettre où il dit sommairement être allé sur la rwe de la mer britannique dans son voyage de 1333 ; mais cette ri^'e de la mer britannique peut n'être pas la rive anglaise et peut s'entendre de la côte septentrionale de la France ou de la Bela^ique. De toutes manières il est inadmissible que Pétrarque qui manifesta toujours sa peur de la mer, ait eu l'idée de revenir de Rome à Avignon, en contournant toute l'Espagne, et en naviguant jusqu'aux côtes d'Angleterre ; et que curieux sans cesse de voir de nouveaux pays, il ait, comme un pécheur d'anchois, côtoyé l'Espagne et l'Angleterre sans les visiter, qu'enfin, il ait fait un voyage si extraordinaire, à l'aller et au retour, sans que le moindre souvenir en soit resté dans aucun écrit ; tout cela dépasse les bornes de la vraisemblance.

Mais son long voyage à Rome n'avait pas suffi à satisfaire son ardeur, et son nouveau séjour à Avignon ne pouvait être capable de calmer « la fièvre ardente qui le dévorait depuis tant d'années '. » Gomme Italien, comme moraliste, comme artiste, il avait Avignon en horreur « la

1, Fam., VIII, 3.

plus infecte des villes, horriblement venteuse, mal construite, incommode, enfer des vivants, sentine du vice, opprobre humain, corruption du monde entier » et il continuait indéfiniment. Il y était revenu le IG août 1337, et à la fin de la même année il s'établissait à Vaucluse. Ses voyages, disent ses biographes, en développant quelques-unes de ses paroles, n'avaient pas éteint son ardente passion, et en fuyant Laure qui en était l'objet, il cherchait repos, trêve et liberté dans sa retraite toujours désirée. Il en fut certainement ainsi. Toutefois quelques années plus tard, il confesse que « l'amie assiégeait sa porte et qu'il ne parvenait pas à l'expulser '. » Etait-ce la mère de son fils Jean qui naquit précisément dans les premiers mois de cette année, qu'il reconnut et éleva? Laissa-t-il alors à Avignon la mère et l'enfant, comme cela semble le plus probable, ou les garda t-il, je ne dis pas avec lui, mais tout près de lui, à Vaucluse? Qu'il les eût désirés à plus ou moins de distance, on peut supposer que ce nouvel état de choses dut contribuer quelque peu à sa détermination presque subite de

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