‹ Pétrarque, sa vie et son œuvre;Chapitre 62 sur 188 · Varie · texte numérisé non relu

Varie

lui avait fait une réputation de sorcier, ou pour toute autre raison plus intime.

Pétrarque arriva donc à Milan, se proposant sans doute de continuer jusqu'à Padoue où le demandaient les princes de Carrare. Il y possédait d'ailleurs un canonicat et il avait gardé de cette ville un souvenir agréable; mais étant allé présenter ses hommages à Jean Visconti, archevêque de Milan, qui avait succédé à Luchino dans le gouvernement de la ville, il en reçut un si bon accueil, il lui fut fait tant d'instances, que cédant à une satisfaction d'amour-propre, il se décida à s'arrêter dans cette cour.

Gomment Pétrarque qui aimait tant la vie solitaire et indépendante, qui censurait si fièrement les mœurs des cours et qui fuyait la Babylone papale, qui était possesseur d'honorables prébendes à Parme et à Padoue, comment put-il s'accommoder d'une servitude chez des tyrans tout puissants et violents comme les Visconti ? Ce ne fut pas sans surprise que ses amis les plus intimes apprirent sa décision, eux qui devaient croire plus facilement que nous à ses déclamations. D'Avignon, de Mantoue, de Ravenne, Lelio, Jean l'Arétin, Boccace, lui exprimaient leur étonnement, qull devait prendre

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comme mi reproche. Le pauvre poète s'était facilement rendu aux instances des Visconti, surtout parce qu'il y avait en lui un léger fond de vanité, une petite ambition qui le rendait incapable de résister aux flatteries des grands. La puissance l'éblouissait et il pensait que la fréquentation habituelle des princes lui donnait un reflet qui devait le faire valoir avec plus d'avantage aux yeux de ses contemporains et de la postérité. Son faible caractère avait subi plus particulièrement en cette circonstance l'ascendant de Jean Visconti, esprit fort dans lequel vibrait toute l'énergie du conquérant et du dominateur. De son côté, l'adroit archevêque avait compris qu'un homme aussi connu, adulé et admiré de toute l'Europe que l'était le poète, ne donnerait pas seulement du relief à sa cour généralement peu sympathique, mais qu'il serait aussi un instrument utile, sinon comme fin diplomate, du moins comme personnage décoratif, ou par le prestige qu'imposait son nom. Faire de Pétrarque son ambassadeur à Venise ou près de l'Empereur, c'était s'assurer le succès, rien que par son nom, sans parler de son éloquence et de la justice de la cause. Voilà comment le grand ennemi de la servi-

lude des cours se fit courtisan, et quand, auprès de ses amis, il lui fallut s'en excuser, il avoua avec une expression de vanité satisfaite qu'il n'avait su résister « aux instances flatteuses du plus grand des seigneurs italiens, qu'il avait été troublé et étourdi de ses prières ' et qu'il était victime de sa propre célébrité qui l'accompagnait partout ; qu'il avait cédé sous la condition de ne pas changer sa façon de vivre et de rester maitre de sa liberté et de son temps " », qu'il n'avait, en somme, contracté aucune obligation et que ce grand prince lui avait affirmé « que sa présence seule suffirait à l'honorer et à honorer ses Etats. »

Un petit ermitage retiré, dans le voisinage de Féglise Saint- Ambroi se, donna à Pétrarque au commencement de son séjour à Milan, l'illusion de la solitude calme, reposante et salutaire qui avait toujours été le vain rêve de sa vie. Tout près des murs de la cité il « jouissait d'une vue sur les champs, couverts de mille plantes, et du panorama lointain des Alpes aux sommets neigeux. » D'autre part il trouvait réconfortante « la vue du tombeau de saint

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