Fum., XXIII
auprès du poète, mais le quitta définitivement l'année suivante.
Les circonstances que nous venons de rapporter, et la privation d'un jardin et de lacampagne décidèrent Pétrarque, dont les impressions étaient toujours promptes et les désirs changeants, à quitter Venise. Il laissa une partie de ses livres à la garde de Donato Albanzini, et revint en 1308 s'établir à Padoue où François de Carrare qui avait quelque teinture des belleslettres continuait à l'inviter avec instances ; il avait d'ailleurs à Padoue son canonicat, puis la proximité des collines qui permettait d'espérer un effet salutaire sur sa santé affaiblie. Bientôt après, Galéas Visconti le pressa pour qu'il se rendit à Pavie et put être présenta la conclusion de la paix qu'il négociait avec le cardinal Androino représentant du Pape. Un peu à regret, « pour ne pas paraître ingrat », Pétrarque partit le 25 mai et « eût été bientôt de retour s'il n'avait été blessé à la jambe » et s'il n'avait mis « un mois à trouvera grand'peine une barque » qui le transportât par le Pô cette voie étant la moins dangereuse en ces temps de guerre \ Le soir du 19 juillet, par une pluie torrentielle, il
l. Senili, XI, 2.
l'U> PÉTRARQUE
rentrait à Padouc impatiemment attendu et fêté par François de Carrare. Pétrarque, en rapportant ces circonstances à F. Bruni, l'un des meilleurs amis qui lui restât, ne parle pas du mariage de Violente, fille de Galéas Visconti, avec le duc de Clarence, mariage auquel cer-, tains biographes disent qu'il assista dans le milieu de juin, assis au repas de noces à la table des princes. Si le fait élait exact, il n'eût pas manqué de rapporter une circonstance aussi remarquable de son voyage, et il dit seulement n'avoir quitté Pavie que quand il parvint à trouver un batelier assez courageux pour le transporter par le fleuve \
A son arrivée à Padoue il trouva des lettres du Pape qui l'invitaient à aller à Rome, mais l'été, son ennemi naturel, et une infirmité accidentelle, peut-être la blessure à la jambe
1. Ce doute fut d'abord émis par Kœrting, contrairement aux affirmations de BaldeJli et de de Sade, basées sur une indication de Cerio et acceptées récemment encore par Hortis et Fracassetti ,■ Cî. Kœrling Pelrarca's Leben und Verke. Leipzig, 1S78 (Chap. 7) l'argument peut se retourner aussi. Serait-il admissible que Pétrarque étant à Pavie sur le désir de Galéas, n'ait pas été invité par lui à Milan aux fêtes nuptiales? Or Pétrarque dans sa lettre à Bruni ne parle même pas d'invitation. C'eût été le cas de lui écrire comme c'était son habitude ; J'ai vu le prince, il voulait que j'allasse à Milan mais... Rien donc ne vient établir qu'il s'y rendit.
doni il avait parlé à F. Bruni quelques mois auparavant, son chagrin à la mort de son petitfils Francesco qu'il adorait, et dont les traits rappelaient les siens, lui firent ajourner ce voyage, bien qu'il le désirât sous d'autres rapports. En attendant, artiste persévérant, il continue de perfectionner ses œuvres et ajoute au bout de vingt années deux strophes à une canzone commencée en 134G du vivant de Laure. Il commence à villégiaturer à Arqua dans une maison des moines Augustins pendant l'été de 13G9, sans pouvoir échapper cependant à ses accès de fièvres automnales, dont « il eut à souffrir plus de quarante jours ». Pendant sa maladie il reçut une nouvelle invitation d'Urbain V, et il promit de se rendre à Rome au printemps suivant. Mais il attendait du Pape une faveur plus positive que des invitations ^ Pourtant, malgré son âge avancé, il se prépara à ce long voyage. L'année suivante, avant de partir, il fit son testament le 4 avril, et laissait entre autres legs, la somme, importante pour l'époque, de 50 florins d'or à Boccace « en vue de l'acquisition d'une robe de chambre à mettre les nuits d'hiver qu'il passe à travail-