‹ PétrarqueChapitre 11 sur 252 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

recueils manuscrits d'inscriptions conservés à la bibliothèque d’Avignon. Il existe cependant une description bien antérieure, bien plus complète, et qui aurait d'autant moins dû passer inaperçue qu’elle est livrée à la publicité depuis tantôt trois siècles. Nous voulons parler de celle que nous a conservée Valladier dans son étrange volume intitulé Labyrinthe royal de l'Hercule gaulois (Avignon, 1600). C’est le récit des fêtes données à Avignon, en l’honneur d’Henri IV et de Marie de Médicis.

Voici, avant d’aller plus loin, le texte de l’auteur du xvic siècle :

« Vis-à-vis de l’inscription que je viens de commenter au flanc dextre de l’arc, fortuitement se treuva un des beaux rencontres et le plus à propos que l’on eust sceu désirer. C’est une ancienne peinture d’un peintre florentin, le plus brave en cet art qui fut jamais, à ce que l’on en treuve par escrit. Il y a un S. Georges à cheval, avec une demoyselle à genoux devant luy qu’il délivre du dragon ; l’on tient que la demoyselle est le portraict au vif de la Laure : tout le monde le dict, personne ne recherche ny n’en donne raison; je diray ce que j’en cuide pour ma part.. .. (longue discussion du témoignage de Vasari).

» Or, il est vray d’ailleurs que la peinture dont est question, laquelle se treuva à l’entrée de Notre-Dame-de-Dons, a esté faicte sans doubte du temps du pontificat de Jean 22, car les armoyries de la maison d’Annibal de Cecano y sont, qui fut faict cardinal par Jean 22 à Avignon l’an 1327 et mourut l’an i35o, ayant achevé de bastir la grande tour de la Motte où est aujourd’hui le collège de la Compagnie de Jésus. Doncques lui a faict faire cette peinture, que tous les grands maistres tiennent pour un chef-d’œuvre, et estoient ces trois en mesme temps à Avignon, Simon le peintre, Pétrarque qui fît faire la

peinture et Annibal qui paya l’estoffe .

» Or est-il que en cette peinture d’où nous parlons est S. Georges à cheval si bien faict, que le roy François le voyant, tressaillit d’admiration, ne se pouvant soûler de le regarder; et la demoyselle qui est à genoux est habillée de verd et parle à sainct Georges en ces quatre beaux vers escrits au dessous, qui ne peuvent avoir esté faicts d’homme du monde en ce siècle là, que de Pétrarque, qui seul releva de son temps la barbarie de la langue latine introduicte de longtemps par les Sarasins et les Gots, et encore font mention des flammes :

Miles in arma ferox bello captare triumphum Et solitus vastas pilo transfigere fauces Serpentis tetrum spirantis pcctore fumum,

Occultas extingue faces in bella, « Georgi »'.

conservé à la Bibliothèque Nationale, fonds latin, n° 8971, fol. 125 v°.

1 . Tout ce passage a été traduit en latin par Henri de Suarès dans son Avenio christiana, manuscrit

L’abbé Deveras, chanoine de Saint-Pierre d’Avignon, nous a laissé de son côté la description suivante de la fresque de Notre-Dame-des-Doms : « Le cardinal Annibal de Cecano fit peindre le portique de la cathédrale d’Avignon, qui est sous le titre de Notre-Dame-des-Doms, par le fameux peintre Simon Memmius, l’an environ 1349. Saint Georges y est représenté à cheval, armé, la lance à la main, perçant un dragon. On voit, à côté de ce saint, une jeune demoiselle vêtue de vert, à genoux; on prétend que c’est la belle Laure. 11 y a ensuite quatre vers, composés par le fameux poète Pétrarque, que j’ai déchiffrés avec beaucoup de peine ' :

Miles in arma ferox .

Dès le commencement du xixe siècle, la fresque représentant saint Georges était fort dégradée, ainsi que l’atteste l’abbé Arnavon, dans une brochure publiée en 1804°.

En 1818, Fransoy vit encore la fresque du porche de Notre-Dame-des- Doms, comme il le déclare dans son Histoire de la ville d’Avignon, conservée en manuscrit à la bibliothèque de cette ville : « La peinture dont on voit encore les vestiges dans ce porche est de la main du fameux Simon Memmius, peinte en 1349, aux frais du cardinal Cecano. Cette peinture, qu’on distingue avec peine aujourd’huy, représentait saint Georges armé sur un cheval, perçant un dragon avec sa lance. Saint Georges étoit le vray portrait de Pétrarque i hypothèse inadmissible], que le peintre copia pour en faire un saint Georges. Le jeune demoiselle, qui est à genoux, vêtue d’une robe verte, étoit le portrait de la belle Laure, que le peintre copia également. On voit encore une partie des vers que Pétrarque fit à cette occasion. On les lira plus facilement ici que sur le mur :

Miles in arma ferox....,1 2 3 »

Prosper Mérimée, par contre, arriva trop tard pour étudier la fresque (elle avait été détruite, on l’a vu, en 1828). Rapportons néanmoins son témoignage : « Passage qui conduit du porche à la nef de Notre-Dame ; on y montrait, il y a quelques années, les portraits de Laure et de Pétrarque, maison n’en retrouve plus le moindre vestige aujourd’hui4. »

D’après Rastoul, tout souvenir de cette peinture intéressante à tous les titres n’aurait cependant pas disparu : « Nous sommes heureux de

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