CHAPITRE PREMIER
Le poète, de son côté, s’éprit du politicien en qui il voyait le futur libérateur de Rome. Trop tôt vinrent les déceptions, le désenchantement. Pétrarque, qui avait le courage de ses opinions, n attendit pas la chute de son ami pour lui dire les plus dures vérités 1 ; puis, lorsque les folies de Rienzi eurent précipité la catastrophe, il se désintéressa de lui à jamais, sans se laisser éblouir par un retour de fortune aussi brusque qu éphémère 3.
Mais revenons à l’objet précis de notre étude et recherchons si le réformateur candide et présomptueux subit l’action du père de l’humanisme, ou bien s’il déteignit sur lui ? La question vaut la peine qu'on la serre de près : il est avéré, en effet, quelle que fût l’ouverture d’esprit de Pétrarque, que Rienzi, en matière d’épigraphie, lui damait le pion’.
11 est de toute évidence, d’autre part, que certaines manies ou puérilités de Rienzi, telle l’idée saugrenue de se baigner solennellement, au Latran, dans l’urne de l’empereur Constantin, urne précieuse taillée dans un bloc de marbre de Lydie 4, ne sauraient remonter à Pétrarque.
Par contre, l’action de l’humaniste sur le tribun est sensible dans un domaine où nul ne s’est avisé jusqu'ici de la chercher.
Rienzi, qui aimait à se faire une arme de la peinture, ou plutôt de la caricature monumentale, avait donné l’ordre de peindre, au Capitole, une grande composition allégorique, représentant Rome sous les traits d’une veuve éplorée, aux cheveux dénoués, les mains jointes, dans l’attitude de la prière, et voguant au milieu d’une mer en courroux, sur un navire désemparé. L’inscription : « Voilà Rome » complétait l’allégorie.
Or, qui ignore que c’était là précisément une des images favorites de Pétrarque? Dans son épître métrique au pape Benoît XII (ainsi antérieure à l’année 1342), il montre Rome exilée, pauvre, en vêtements déchirés, se jetant tout éplorée aux pieds du souverain pontife5. De même dans une de ses lettres à l’empereur Charles IV... 6
Il est un rapprochement plus probant encore : dans la superbe « canzone »
1. Ep. fam., livre II, ép. vu. — De Sade, Mémoires, t. Il, p. 405-407.