CHAPITRE PREMIER
femme assise frappe sur un bouclier; plus loin, se trouve un orgue. Un trait à signaler : l’artiste a employé beaucoup de brun dans le modèle des visages".
Un autre manuscrit de la Bibliothèque Nationale, le n° 5.6go ( Troiane Ystorie Invenlio ), foisonne en vignettes touchées d or. Les petites initiales renferment des personnages d’un style fort archaïque ; quant aux initiales purement ornementales, elles manquent de tout caractère. Au folio 40, nous signalerons une grande miniature, représentant une reine assise prenant le volume que lui tend un personnage coiffé d’une sorte de turban. Au folio 287 v", se voit le cheval de Troie, etc., etc. Ces miniatures, fort archaïques et fort sauvages, semblent l'œuvre d’un enlumineur français.
A la Bibliothèque Nationale également, les six miniatures d’un recueil de traités religieux (fonds latin, u 2.540) semblent exécutées dans le midi de la France. Les petites initiales, sur fonds d or, sentent encoie le xiii0 siècle.
Dans un autre manuscrit de la même collection ( Prefatio translations hystorie beati Clementis pape de greco in lalinum, fonds latin, n° 1.617), les figures, esquissées à la plume, n’ont pas été mises en couleurs. Elles sont d’ailleurs d’assez bonnes proportions, élancées et mouvementées. Signalons, au premier folio, un évêque debout, nimbé, une main étendue, tenant de l’autre une crosse; à côté de lui, un autre personnage nimbé lui offrant un livre. Comme les précédentes, ces illustrations ont pour auteur un Français.
Le manuscrit de la Vaticane (fonds latin, n” 2.193), contenant Apulée et différents auteurs classiques, offre des initiales dans lesquelles est peint un personnage ou une scène. Ce manuscrit, dont les premières notes datées remontent à 1348, sort du même atelier que celui de la Bibliothèque Nationale de Paris (n° 8.5oo); M. de Nolhac l’attribue à un Italien du Nord.
Peut-être fut-ce également à l’instigation de Pétrarque qu’un manuscrit de son Compendium quorumdam illuslrium Virorum, dédié à François de Carrare, reçut pour frontispice une composition allégorique dont le sens n’est pas difficile à saisir : un taureau chargeant un lion qui se réfugie près d’un navire (allusion à Venise). Le manuscrit, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris (fonds latin, n“ 6.069°), n’a été écrit, il est vrai, qu’en i38o, après la mort de Pétrarque, mais il se peut fort bien qu’il reproduise un exemplaire plus ancien.
1. Le lecteur trouvera, dans le mémoire déjà cité de M. de Nolhac ( Galette archéologique , 1889,
p. 26-29), description détaillée du volume cidessus mentionné.
Nous accusera-t-on de témérité si nous rangeons, parmi les manuscrits -enluminés sous la direction de Pétrarque , l’exemplaire des Rerum inemorandarum destiné à son ami Galéas Visconti , et aujourd’hui ■conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris (fonds latin, n° 6.o6g'r) ? Le manuscrit est enrichi de notes de sa main : en faut-il davantage pour -établir qu’il fut copié et enluminé, soit dans sa maison, soit du moins -d’après ses ordres? Nous reviendrons plus loin, dans le chapitre consacré à l’iconographie de Pétrarque, sur ce document ; bornons-nous ici à faire remarquer que l’ornementation en -est conçue dans les données courantes : on y voit de ces animaux fantastiques dénués de tout caractère, qui abondent -dans les manuscrits du temps.
S’il est permis de tirer une conclusion de ces quelques observations, passablement fragmentaires, nous constaterons que Pétrarque semble n’avoir eu aucun parti pris en matière d’enluminure.
Il s’en remettait aux enlumineurs de profession du soin d’orner ses manuscrits à leur guise, sans leur tracer un programme,
.sans exercer sur eux un contrôle.
A partir de i3yo, Arqua del Monte,
-située à quelques lieues de Padoue (Pétrarque évalue la distance à 10.000 pas),
-sur la route de Rovigo et dans le voisinage de Battaglia, devint la résidence favorite du poète. Dès i36o, il en avait apprécié les avantages'. Mais toutes sortes d événements l'empêchèrent de s’y établir. Selon toute vraisemblance, il traça de ses mains les plans du manoir qu’il y fit élever1 2 3.
A en juger d’après une description faite au siècle suivant, en 1454, la maison d’ Arqua (qui a dû peu changer dans l’intervalle) était bâtie partie
Ptlrarclia Ùvmus AryuaJu
A ARQUA (D'après Tomasi ni.)
1. Ep. variæ, xlvi. Le 22 juin 1870, Pétrarque y -acquit, entre autres, un lopin de terre pour le prix de 3oo livres. Mais auparavant, déjà, il y possédait une propriété, ainsi que l'indique le contrat même signé à cette occasion (Zardo, Il Petrarca e i Carraresi P- 97)-