UN LIEUTENANT
Qu'est-ce que c'est qu'une pareille campagne ? depuis nos frontières nous ne cessons de reculer comme si nous craignions le combat ! Que dira de nous l'Europe? que nous avons livré le pays sans combat!
Voilà de bons Russes ! Tout mon sang me bout dans les veines quand j'y pense. Sous Ostrowno , sous Smolensk , oui , nous nous sommes arrêtés , nous avons combattu ; mais, au lieu de tenir ferme et de mourir ou de culbuter l'ennemi, nous nous sommes retirés après avoir frappé un premier coup ! Je le demande, pourquoi s'être arrêté, pourquoi avoir combattu si l'on devait, sans finir l'affaire , en laisser l'avantage à l'ennemi? Non , messieurs , il en sera ce que vous voudrez , je ne suis pas un savant eu 3. 6
66 PBïftZ IYAHOV1TCH.
fait de stratégie, mais je vois clairement qull y a là-dessous quelque chose d'irrégulier , et ce n est peut-être pas une si grande erreur aux soldats, aux paysans et an peuple, s'ils crient à la trahison.
VYJ1GHWE.
Eh ! mon cher ami, quelle folle idée ! Qui nous trahit? Si tu entendais ce que les Français eux-mêmes disent de Barclay! Les soldats, bien entendu, déraisonnent làdessus comme sur autre chose, mais les bons officiers , les généraux jugent admirablement. Ils voient distinctement que notre retraite leur prépare de grands revers. Cest principalement depuis Smolensk qu'ils se sont convaincus qu'ici les attend la guerre nationale. La faim et le manque de tourrages mettent les Français au désespoir. Ils sont avides d'une bataille qui finisse de façon ou d'autre leurs tourmens , et les sachant dans cette disposition d'esprit, je trouve que Barclay dé Toi ly agit fort sagement puisqu'il les fatigue, les harasse de plus en plus , et les perd d'une manière 4Ûre et sans verser le sang russe.
PBTftE IVAWOVITCH. &]