Lettre à M"" la duchesse de Bouillon (t. Il, p. I9i
« Fateor me, Princeps, sœpe peccasse; homo enim sum. » (Ch. 130.)
C'est sous la Régence que l'abbé de Margon eut la fantaisie de reproduire à Saint-Cloud le repas de Trimalchion '. Il dépensa à cette petite fête 30 000 livres. Le Régent s'y rendit et en fut charmé''.
Quelques années auparavant, une représentation du même festin avait eu lieu à la cour de Hanovre pendant le carnaval. Leibnitz en fait la description dans une lettre adressée à la princesse Louise de Ilohenzollern '. Le personnage de Trimalchion fut joué par un neveu de l'électrice de Hanovre, le
1. D<! Guérie, Questions scejitiques sur Pétrone [Magasin Encyclopédique, an Vlll, p. 112).
2. Dans un recueil anonyme publié on 1813 {le Soupe, les Toilettes et poésies diverses, Paris), les vers suivants fout sans iloule allusion à la fantaisie de l'abbé de Margon :
N'at.onilez pas quo, copiant Pétrone, Jiffruntémeiit ma muse s'abaudoinii; A retracer le scandaleux tableau Uo ces soupers, houleuses saturnales, Où le Ké;îeut, Trimalciou nouveau, Dans la débauche et ses fétcs brutales, iJc son génie éteignant le flambeau, Déshonorait quelques moraeuts de gloire.... Et pour sujet ne laissait à l'histoire Q'un nom flétri, ses vices et uos pleurs.
(Cité par Pélrequin, p. lil).
Notre époque a vu se renouveler ces Têtes de la décadence. On a pu lire, il y a quelques années, dans un journal mondain : « J.... « a donné dernièrement un dîner copié textuellement sur la des- « cription que l'auteur latin Pétrone fait des orgies romaines, etc. »
3. La lettre de Leibnitz a été publiée en particulier dans Friedkcndcr, Petronii Cena Trimalchionis. Leipzig, Hirzel, I89i, p. 13-48.
l'KTUOXE AU XVIII" SIECLE. 89
comte Cliarles-Maurice, celui de Fortunata, par une favorite de la reine, M"" de PoUnitz.
De Prépetit de Grammont, qui fut recteur de l'Université de Paris, insère en un recueil le morceau de Pétrone sur la poésie (Ch. 118), qu'il traduit en vers français et accompagne de notes {Traduction en vers françois de l'Art poétique d'Horace... et de quelques endroits d' Ovide, etc., Paris, Nie. Aubert, 1711, in-12).
On lit des citations de Pétrone dans Sallengre {Histoire de Pierre de Jlontmaur, éd. de 1715, La Haye, t. I, Préface, p. 15). Bayle le cite plusieurs fois dans ses Pensées diverses, écrites à un docteur de la Sorbonne à l'occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680', et, dans son Dictionnaire historique et critique, 1720 (Rotterdam, t. IV, Dissertation sur les libelles diffamatoires, p. 2053), rapporte l'appréciation suivante : « Il y a des gens d'esprit... qui vous jureront que Pétrone est incomparablement moins dangereux dans ses ordures grossières, que dans les délicatesses dont le comte de Rabutin les a revêtues, et qu'après avoir lu les Amours des Gaules, on trouve la galanterie incomparablement plus aimable qu'après avoir lu Pétrone. »
1. Voir éd. (le 1721, Roltordam, l. i, p. 157; t. 3, p. 382, 5l4 , 4, p. 363.
Bayle s'étant montré plus sévère que saint Augustin dans un cas de conscience délicat (Dictionnaire, article Aci/ndiniis), Voltaire composa contre lui l'épigramme suivante :
Le matin rigoriste et le soir libertin.
L'écrivain qui d'Ephèse excase la matrone Enchérit tantôt sur Pétrone Et tantôt sur saint Augustin \
Jean-Baptiste Rousseau aussi est accusé par ses ennemis d'avoir aimé Pétrone et de l'avoir traduit\ Lors de l'affaire des couplets satiriques (1710), Danchet lance contre lui cette épigramme :
A te masquer habile, Traduis tour à tour Pétrone à la ville, David à la cour, etc.
Toutefois, le seul passage de J.-B. Rousseau qui soit directement inspiré de Pétrone est le suivant, où l'on lit une allusion à la Matrone d'Ephèse (ode A II du livre II, A une jeune veuve):
Quel respect imaginaire Pour les cendres d'un époux Voua rend vous-même contraire A vos destins les plus doux?