AFFAIRE DB LA CRÉOLE
a Qu'il n'y ait pas », dit un publiciste moderne, « chez Thomme a qui s'est rendu coupable d'un délit politique, la bassesse et l'ina famie du voleur ou de l'assassin, c'est ce que personne, à coup «sûr, ne voudrait nier; mais cet homme doit-il échapper à i'ex- « piation que doit à la société celui qui], pour ne c'en être pris « qu'à des formes abstraites et à des idées politiques, n'en a pas a moins en fait plongé sa patrie dans la misère et dans le deuil, « en faisant périr, par le fer et par le feu, des milliers de ses a concitoyens qui n'étaient pas eux des abstractions, mais bien « des existences réelles , l'honneur peut-être et la gloire de leur « pays ? »
Revenant au fait lui-même de la Créole, où le meutre accompli ne se lie à aucune circonstance politique , nous avons lieu de nous étonner des résultats qu'a eus cette affaire; en effet, puisque les gouvernements ne se refusent pas généralement à livrer à la justice étrangère qui les réclame, les étrangers qui se sont rendus coupables de faux, de banqueroute, de désertion du service militaire, de;vol, de meurtre, etc. (et certes les gouvernements ont raison d'agir ainsi), comment cette doctrine protectrice de l'ordre et de la moralité des populations, a-t-elle pu se trouver aussi complètement effacée dans la pensée des hommes éminents qui, dans la séance de la chambre des Lords du 44 février 484S, ont eu à se prononcer sur l'affaire de la Créole ?
N'était-ce pas l'assassinat commis par les nègres révoltés, à bord d'un bâtiment de l'Union, qui devait, avant-tout, apparaître à l'esprit des nobles orateurs ?
Nous partageons complètement l'opinion de M. Henry Wheaton :
Les crimes de révolte et d'assassinat dont étaient accusés les dix-nectf esclaves détenus à Nassau, ayant été commis en violation des lois américaines, par des sujets américains, contre des Américains, à bord d'un bâtiment américain naviguant sur la haute mer, nul doute que ces crimes ne fussent justiciables des tribunaux des États-Udis, umqtiement; la juridiction de ces tribunaux dans le cas présent restait exclusive de celle des tribunaux anglais, lesquels n'auraient pu être compétents dans l'affaire, que s'il y avait eu crime de piraterie d* après le droit des gens, parœque ce crime, blessant la loi commune des nations, peut être jugé par les tribunaux du pays où les accusés se trouvent, malgré qu'il ait été commis par les hommes d'équipage d'un bâtiment étranger. Pour constituer, en effet, le crime de piraterie, d'après la loi commune des nations, et l'appliquer au fait particulier de la révolte des nègres de la Créole, il aurait fallu que les esclaves noirs,
après avoir pris possession, par la révolte et PassctësincU, du bâtiment, eussent couru les mers pour commettre des déprédations contre toutes les nations sans distinction.
Mais dans Taffaire de la Créole, les faits constituaient uniquement une offense contre la loi municipale de l'Union américaine, par des sujets américains qui , à la suite de leur crime , s'étaient dirigés, en toute hâte, vers un port du territoire anglais.
La doctrine eut-elle été universellement admise « que tout in- « dividu, esclave d'après les lois du pays d'où il sort, devient a libre aussitôt qu'il touche le sol européen, ou le territoire d'un « pays qui ne reconnaît pas l'esclavage » ; que cette doctrine générale n'aurait pu être appliquée, en aucune sorte, à des noirs qui , esclaves dans un pays où l'esclavage est admis', s'étaient rendus dans un port colonial appartenant à la Grande-Bretagne, après avoir assassiné leur maUre, leur propriétaire légitime, et s'être emparé du vaisseau qui les transportait.
11 ne s'agissait pas, en effet, dans l'espèce, d'esclaves fugitifs cherchant un asile sur le territoire d'un pays où l'esclavage n'est pas reconnu ; mais d'esclaves assassins, mais d'hommes quelle que fut leur position dans la société , quelle que fut leur couleur, qui s'étaient rendus coupables de mené^re.
Bien plus, le bâtiment américain, entré, en pleine paix , conice la volonté de son propriétaire, dans un port d'un pays ami, à la suite d'un crime commis en mer et justiciable uniquement des tribunaux américains, ne pouvait, placé, par une circonstance fortuite, sous la protection momentanée de l'autorité d'un pays ami,, cesser de jouir, un seul instant, des droits et privilèges de son pavillon national.
Son capitaine était en droit d'obtenir main-forte pour recouvrer sa liberté et celle de son équipage, ainsi que pour faire rentrer dans le devoir les nègres révoltés.
I De son côté, l'autorité locale qui, dans tous les cas, n'avait pas le droit d'intervenir dans le but de mettre en liberté les fauteurs de la révolte, devait, en présence des événements violents qui s'étaient accomplis , appui loyal au capitaine d'un bâtiment (Pune nation amie ; elle devait lui fournir les moyens de s*opposer à toute révolte nouvelle, et de pouvoir remplir sa mission, c'està-dire les engagements qu'il avait pris de conduire à la Nouvelle- Orléans les esclaves du planteur américain.
Si la révolte eut éclaté à bord de la Créole, parmi les gens de l'équipage, et que le navire, poussé par la tempête, eût abordé dans le port de Nassau, l'autorité anglaise, après avoir délivré
PIRATËRŒ. 441
ie capitaine prisonnier, eul fait mettre aux fers et eût livré au capitaine de la Créole, pour les reconduire aux États-Unis et les traduire devant les tribunaux, ceux de ses matelots qui auraient été recormitô coupables <f assassinat ; nous ne comprenons pas comment leur qualité d'esclaves a pu devenir pour des nègres osmssins un titre à Timpunité.
PIBATEBIE. M
! Entreprise du général Lapez en 48S0.
Le pirate est celui qui parcourt les mers avec un navire armé, I sans commission ou sans patentes d'un prince ou d'un État souf vcrain , . mais seulement de son autorité privée dans la vue de se j saisir et de s'approprier, par la force, tous les navires qu'il rencontrera.
Cette définition du pirate , faite par Azuni , sera complète, quand nous aurons rappelé diverses dispositions particulières que renferme la' loi française du 4 0 avril 4 825 sur la piraterie :
a Seront poursuivis et jugés comme pirates : tout individu faisant partie de l'équipage d'un navire ou bâtiment de mer quelconque, armé et naviguant, sans être ou avoir été muni, pour le voyage, de passeport, rôle d'équipage, commission ou autres actes
cmdaiant la légitimité de l'expédition] tout individu faisabt
partie de l'équipage d'un navire ou bâtiment de mer français, lequel commettrait à main armée des actes de déprédation ou de violence, soit envers des navires français ou des navires d'une Puissance avec laquelle la France ne serait pas en état de guerre ; tout individu faisant partie de l'équipage d'un navire ou bâtiment de mer étranger, lequel, hors l'état de guerre, et sans être pourvu de lettres de marque ou de commissions régulières, commettrait lesdits actes envers des navires français. »
r M Voir Uvre 1. tHre H, § 68, et titro m, § 36.
En présence de semblables définitions de la piraterie, par un publiciste estimé, et par un gouvernement de premier ordre tel que le gouvernement français , peut-on regarder autrement que comme un fait de piraterie Tentreprise dirigée contre Tlle de Cuba, par le général Lopez, en 4850? Peut-on croire, en effet, que Lopez ait reçu, soit de FÉtat de New- York, soit de TÉtat de la Nouvelle-Orléans, ou de tout autre, des patentes régidières qui l'aient autorisé à chercher, au sein de la paix qui existait entre les États-Unis et l'Espagne , à s'emparer de l'île de Cuba ? De semblables patentes auraient-elles pu excuser l'entreprise, quand le gouvernement de l'Union y restait étranger ?
Les hostilités commises en cette circonstance doivent donc être considérées comme un fait de piraterie , bien qu'elles aient trouvé quelques défenseurs dans le congrès de TUnion américaine. Divers membres du congrès ont, en effet, blâmé les ordres donnés, par le président de l'Union , à la marine militaire de l'État de poursuivre et de s'emparer des bâtiments employés par le général Lopez, disant que cette expédition était un fait de guerre civile, que cette entreprise ne tombait point sous le coup des traités, parcequ'il ne s'agissait pas d'une invasion proprement dite, et qne c'était porter une atteinte flagrante à la liberté de f émigration et du commerce.
Cette opinion renferme une hérésie trop évidente en matière de droit international pour qu'il soit besoin de la discuter.
Passons au fait.
Après avoir réuni un nombre assez considérable d'aVenturiers, toujours disposés aux coups de main, les uns, anciens soldats pendant la guerre contre le Mexique, les autres, volontaires du Yucatan, guérilleros de toutes les entreprises, dont le courage est moins contestable que la moralité, le général espagnol Nacîsso Lopez s'embarqua, le 6 mai 1850, et quitta le territoire des États- Unis faisant voile pour l'île de Cuba, avec le projet d'exciter et de soulever les populations créoles en les appelant à Pindépendance.
Il se fit précéder, en conséquence, de la proclamation suivante, adressée aux troupes composant les garnisons de l'île de Cuba :
« Soldats de Tarmée espagnole,
« Appelé par les habitants de cette île à me mettre à la tète d*im ii grand mouvement populaire qui n*a d*autre but que la liberté politique et Tindépendance ; et, soutenu par un peuple grand et généreux, je
/iens avec des troupes aguerries mettre à exécution cette entreprise si glorieuse.
a Soldats I je sais que vous souffrez du despotisme et de la rudesse le vos chefs ; je sais qu*arrachés à vos foyers , à vos familles par la loi )arbare de la conscription, vous avez été jetés sur cette plage ou vous (tes traités comme des animaux et où vous avez à supporter, au milieu le la paix la plus profonde, les fatigues et les rigueurs de la guerre. ]loaipagnons d*armes, vous me connaissez et je vous connais, car je ^ous ai vus dans cent batailles.
<t Je sais que vous êtes braves, et que vous méritez de reconquérir f»H^^e dignité d'hommes ; je vous ouvre en conséquence les rangs de Ho>i année et vous convie à y prendre place parmi les champions de a liberté.
« En agissant ainsi, vous aurez gagné après la lutte, qui ne saurait dorer longtemps, et le repos et des récompenses. Soldats, entre la liberté et Tignominieuse servitude, choisissez. Jurez de ne remettre le glaive aa fourreau que lorsque vous aurez assuré la liberté de tout le pays , et vous aurez mérité Testiroe de votre ancien général , le commandant en chef de Tarmée libératrice de Cuba.
a Nàgisso Lopbz. »
Dès le 46 du mois de mai, on fut informé à la Havane des projets de Lopez : on apprit également qu'une réunion assez nombreuse d^hommes destinés à prendre part à son expédition, se trouvait dans Tlle des femmes {Isla de mujeres)^ près le Cap Atoche, dans ITucatan.
Le gouverneur de Cuba dirigea sur ce point quelques navires ayant à bord des troupes de marine ; ils enlevèrent environ 160 prisonniers.
Le 48, à deux heures du matin, le steamer la Créole, ayant à bord Lopez et 500 hommes de troupes de débarquement, parut devant le port de Cardenas, à 90 milles de la Havane. Lopez s'empara de la ville dont la faible garnison de 60 hommes ne put opposer une longue résistance.
Le gouverneur de Cuba fi^immédiatemeni publier, le 49, à la Havane, une proclamation que nous reproduirons:
« Bureau du secrétariat de la guerre.
c Moi, Don Frédéric de Roncali, comte d'Alcoy, capitaine général de rile de Cuba et général en chef de Tarmée, je fais savoir que des pi* rates étrangers, rassemblés exprès depuis quelque temps , ont débarqué, pour mettre à exécution leurs desseins sacrilèges , sur le territoire qui m*a été confié par S. M. Comme il est de mon devcûr de sauvegarder les intérêts du pays et de protéger la vie et les propriétés de ses fidèles habitants, en vertu des pouvoirs extraordinaires dont je suis re-
vêtu, outre ceux qui m'ont été conférés par ordonnance royale comme général en chef, j*ordonne et commande ce qui suit :
cArt. 4^^ Toot le territoire de ille de Cuba, les îles qui lui sont adjacentes , baies et dépendances , sont par le présent déclarés en état de siège, et par conséquent soumis aux conditions militaires qui découlent de cet état tant que les circonstances exigeront cette mesure.
« Malgré le pouvoir extraordinaire que ce décret donne à la jaridiction militaire , tous autres tribunaux et justices continueront à fonctionner dans leurs attributions respectives pour Texpédition des affaires ordinaires et usuelles.
a Art. 2. Toutes les côtes de Ille et les eaux environnantes sont par le présent déclarées en état de blocus , à Taide des forces navales de S. M. , et en conséquence dudit blocus , tout navire peut être requis de montrer ses papiers et livre de bord , et de se soumettre à une visite sévère. Tout bâtiment arrivant avec des passagers , quelle que soit leur destination, est aussitôt en état de suspicion. Cependant, si les papiers et le registre ne confirment pas la suspicion , il sera seulement sommé de s'éloigner de Tile. Si , au contraire , les papiers du bord sont contrefaits ou falsifiés, ou si le navire porte des munitions, des armes ou tout autre chose pouvant servir à faire éclater la guerre civile dans l'île, ledit navire sera de fait considéré comme ennemi et traité comme pirate, suivant les ordonnances de la marine royale.
« Art. 3. Toutes personnes, en quelque nombre qu'elles soient, qui seront prises ayant fait partie des bandes d'invasion, seront immédiatement fusillées.
ce Art. 4. Bien que l'on ne puisse soupçonner que des habitants de ce pays, oubliant leurs devoirs sacrés envers leur Reine, leur patrie, leur famille , puissent faire cause commune avec cette horde de voleurs, si toutefois le cas arrivait, les individus qui se seraient rendus coupables d'un tel crime seraient considérés comme appartenant à la susdite horde étrangère et punis comme tels.
« Art. 5. Quiconque aura aidé les pirates en leur donnant des vivres, de l'argent, des renseignements, ou de tout autre manière, sera fusillé sur l'heure.
« Art. 6. Toutes personnes qui auront, par quelque moyen q«e ce soit , public ou privé , essayé de changer les bonnes intentions des habitants, de troubler ou de changer en auoi que ce soit l'ordre du pays, aussi bien que celles qui ne prêteront pas immédiatement aide , assistance et obéissance aux autorités légitimes, seront punies de mort, comme il est dit ci>dessus.
a Art. 7. Les commandants généraux de départements, les lleutenants-gouverneui^s dans leurs districts , les commandants de troupes en opération, ainsi que ceux des garnisons ou des forts sont tenus d'ob^ en tous points au présent édit. Tous les officiers publics , de quelque classe et catégorie qu'ils soient , sont , sous peine de mort , en cas de négligence ojf, de connivence , tenus de coopérer au service public.
«La Havane, le 49 mai 4 850.
« Signé comte d'Algot. »
Divers bâtiments des Élats-Unis qui se trouvaient dans le port, VOhio, la Georgia, le Pakon, reçurent l'intimation de venir mouiller sous le canon de la forteresse, ou de partir immédiatement.
Le comte de Mirasol, lieutenant-général, était arrivé d'Espagne, le 4 0 , à bord de la frégate à vapeur le Pizarro ; la frégate à vapeur fEsperanza, chargée de porter à Cuba de nouvelles troupes, l'avait précédé de trois fois vingt-quatre heures.
Deux steamers espagnols furent envoyés en croisière entre la Havane et Chagres.
Enfin, à la nouvelle du débarquement de Lopez à Cardenas, le cojpte de Mirasol, à la tête de mille hommes, se dirigea sur cette ville.
Ces .dispositions étaient de nature à assurer la tranquillité contre les tentatives extérieures ; on verra qu'elles furent superflues , et qu'une terreur panique qui s'empara des pirates arrêta court l'entreprise , sans que les armes espagnoles aient eu à s'en mêler.
Hâtons -nous de dire qu'aussitôt que le président des États- Unis eût été informé de ce qui se passait, il s^empressa de donner des ordres pour que divers bâtiments de guerre se missent à la poursuite de l'expédition de Lopez. Le général Taylor, vieux et loyal soldat, comprit que l'honneur de la nation était engagé à ce que le gouvernement manifestât son improbation d'une manière non-équivoque.
Quoique tardive, la mesure prise parle président est un témoignage que lé gouvernement des États-Unis n'a point favorisé l'entreprise de Lopez ; mais le retard apporté à son adoption est, en même temps , la preuve de la facilité avec laquelle le gouvernement a pris le change sur les projets ultérieurs des armateurs de la Créole, que les fauteurs de Taudacieuse entreprise contre Cuba annonçaient devoir se rendre en Californie.
La Créole se disposait à quitter Cardenas, tant pour conduire sur le territoire des États-Unis les soldats blessés, que pour aller y chercher des renforts ; la terreur s'empara des aventuriers^ qui redoutèrent de se trouver, en cas d'échec, sans moyens d'abandonner rile de Cuba ; une fois que la pensée d'un échec se fut îAi jour, on ne désira plus que de mettre fin à l'expédition. Les aventuriers s'embarquèrent, ainsi que leur chef, obligé de suivre Ce mouvement. Lopez, ajoute-t-on, eut soin de s'emparer de la caisse de la douane qui renfermait une somme de 50,000 dollars. La Créole fut poursuivie par le pyroscaphe Pezzaro, auquel elle
446 LIVRE n. CHAPITRE XXXVI.
parvint à échapper ; elle put se réfugier dans le port de Key-West, où la douane américaine s'empara d'elle.
Au moment où la Créole se présenta dans le port de Key- West, un autre bâtiment américain, l'Isabelle, venant de la Havane, y entrait en relâche ;.Lopez et son lieutenant Juan Sanchez Izuaga passèrent immédiatement sur ce bâtiment qui les conduisit à Savannah, où ils furent arrêtés.
Voici en quels termes s'est expliqué le journal le Courrier des États-Unis, sur Texpédition du général Lopez:
« Un coup de main tenté sur une ville ouverte et couronné par le vol des deniers publics , une fuite soudaine et le lâche abandon du chef principal, telle est donc en trois mots Thistojfe de cette expédition qui devait, à en croire la presse du Sud, assurer en quelques semaines l'indépendance de Cuba. Quant aux ressources formidables dont on avait parlé et aux débarquements simultanés qui devaient être opérés sur divers points de Tile , ce premier échec les a probablement fait évanouir sans retour.
« Malheureusement , l'écho de cette fatale expédition ne doit pas s'éteindre avec elle. Les difficultés qu'on pouvait entrevoir samedi se trouvent déplacées, mais elles sont loin d'avoir disparu.
a Des trois navires que l'on sait positivement être partis de la Nouvelle-Orléans le 7 mai, deux (un brick et un trois-mâts) ont été capturés par le steamer Pizarro , qui a trouvé , dit on, à bord tous les papiers du complot, et probablement aussi les prisonniers ramenés par lui à la Havane. Mais le steamer Créole, le principal, a échappé, ainsi que nous l'avons dit, et ceux qui ont pris la part la plus active à cet incroyable attentat sont rentrés aujourd'hui sur le territoire de l'Union.
a Dans cette situation , le gouvernement espagnol attend nécessairement de celui de Washington bonne et prompte justice. Si un traité d'extradition existait entre les deux pays , la marche à suivre serait des plus simples : le général Lopez et ses complices auraient bientôt rendu compte de leur conduite à un conseil de guerre espagnol ; mais il n'en est pas ainsi , et les États- Unis, vont être appelés à faire justice de leurs propres mains.
a Déjà, il est vrai, le Créole a été saisi à Key-West pour être remis, avec tous ceux qui le montaient, aux mains de la marine américaine. De son côté, le général Lopez a été arrêté samedi soir à Savannah, mais relâché presque aussitôt, par suite d'une de ces questions de localité qui semblent autant de portes ménagées à plaisir aux coupables ^ les plus adroits pour défier l'atteinte de la loi.
PIRATERŒ. 447
« Ces deux actes témoignent du désir sincère qui anime les autorités de donner satisfaction à TEspagne. Mais reste à savoir quelle est l'étendue de cette satisfaction telle qu'on la veut d'une part, telle qu'on pourra ou voudra la donner de l'autre. 11 y a là une source de conflits dont on ne saurait prévoir la gravité, et l'administration vient d'entrer dans une ère de difficultés qu'elle ne traversera certes pas sans y laisser les derniers vestiges de sa popularité et de sa considération expirantes. »
L'expédition de Lopez a reçu un blâme sévère dans le parlement anglais: Lord Brougham s'est exprimé ainsi, dans la séance du 7 juin 4850 de la chambre des Lords :
« J'ai appris qu'une expédition est partie des États-Unis pour s'emparer de Cuba. Je ne doute nullement que ce départ n'ait eu lieu sans . le consentement du gouvernement des États-Unis. Je regrette d'apprendre que ces exécrables pirates aient échappé à •I Tescadre espagnole en mer, et j'espère qu'ils seront arrêtés à Cuba, r et qu'ils y subiront le châtiment qu'ils méritent. J'espère que le 1 respectable gouvernement des États-Unis a la force nécessaire I pour réprimer cette expédition de pirates. » A «Je crois», a repris Lord Aberdeen, a que le gouvernement 1 américain a fait tout ce qu'il a pu pour arrêter l'expédition et je .^ regrette que, il y a vingt ans, lorsque les États-Unis nous soup- ^ çonnaient de desseins peu légitimes sur Pile , ils ne se soient pas . réunis à nous et à la France pour garantir Ttle à l'Espagne. »
a La loi est claire » , dit encore Lord Brougham dans la suite . de la discussion : « ces gens-là sont des pirates ; j'espère donc . que l'on n'apportera pas de fausse délicatesse dans la discussion de la question. Quiconque a été sur mer considérera ces hommes comme des pirates, et les traitera comm^ le Rajah Brooke a traité t les pirates de Bornéo. II y a des personnes qui trouvent qu'ils . ont même été un peu trop traités comme tels ; je ne partage cet ^ avis : je trouve que le Rajah Brooke les a traités comme ils le . méritaient. »
^ Dans la chambre des communes, M. Disraeli demanda au mi.
^ nistre s'il avait reçu la nouvelle officielle que l'Ile de Cuba eût
été envahie par une expédition de boiicaniers partis des États*
Uni3, employant, à dessein, cette expression en manière de mé*
pris pour indiquer que les flibustiers réunis par Lopez ont été
-, pris dans les régions les plus infimes de la population et parmi
. , les hommes les plus grossiers, toujours prêts pour les aventures.
Le 44 juin, le Journal des débats, journal sérieux, a fait une
JQste appréciation de l'entreprise de Lopez et de l'opinion publique
aux Élats-Unis sur ce fait ; cette appréciation a droit de prendre place dans ce chapitre ; c'est par elle que nous le terminerons : « L'expédition partie de la Nouvelle-Orléans pour révolutionner, ou plutôt pour annexer à l'Union américaine l'Ile de Cuba, a échoué. Le général Lopez qui la commandait est rentré à Savannah (Géorgie), en fugitif. Les aventuriers qui avaient débarqué à Car- < denas ont été repoussés et ont dû se rembarquer. C'est certain. / Mais il est permis de présumer que le port de la Nouvelle-Orléans . n'est pas le seul d'où des navires chargés de conquérants en ex- ^ pectative soient partis. On a parlé vaguement de bâtiments por- ^ tant des bandes nombreuses qui auraient mis à la voile de New- ^ York et d'autres ports , sous le prétexte d'aller en Californie, ^i C'était le mot d'ordre convenu par les conjurés, et en effet c'était ^' propre à donner le change. Mais on n'a aucune idée sur le^oints *
de l'Ile de Cuba otr ces détachements, s'ils existent, auraient ea ^!
V à opérer leur débarquement. On manque d'informations, è plas ^ forte raison , sur les intelligences que le général Lopez , qui a ha- ^ bité Cuba, aurait pu s'y ménager. Une certaine obscurité régnerai ^ quelque temps encore probablement, sur l'ensemble des comtH- ^ naisons de cette entreprise audacieuse. Serait-il vrai qu'une partie *< des Créoles de Cuba supporte avec impatience le joug de la mé- ^ tropole ? La grande prospérité de l'He donnerait lieu d'en douter, ^ en supposant que les habitants aient le sens de leurs intérêts; ^ mais l'ont-ils bien ? La triste issue qu'a eue l'indépendance pour ^ les colonies espagnoles de l'Amérique continentale aurait dû pour- /' tant les désabuser. Quant aux nègres esclaves et aux gens de f couleur libres, ils doivent être très peu portés pour Fannexion ^ aux États-Unis ; car ce serait l'aggravation de leur sort. Il est ^i bien connu que l'Ile de Cuba est, de toutes les Antilles, détente ^ l'Amérique, le pays où les noirs et les mulâtres ont toujours été ^ le mieux traités. ^
« Il y a cinquante ans , une expédition semblable n*eut été ^ qu'un coup de tète de quelques aventuriers isolés. Elle eut man- ^| que de racines même dans le pays où elle aurait été conçue; ^ elle y eut été l'objet de la réprobation universelle. Tous les partis ^ politiques, toutes les sections de l'Union eussent regardé les auteurs '\ et les fauteurs du projet comme des pirates et des boucamm, ' ainsi qu'on les a justement qualifiés dans le parlement anglais, 'i On sait qu'il y a près d'un demi-siècle un essai analogue avait k été formé par Aaron Burr, ancien vice-président de l'Union, an- ^c cien candidat du parti fédéraliste à la présidence. Il s'agissait (b t conquérir le Mexique. Le complot avait été ourdi en secret^ comwfl'fii
^lai qui fixe aujourd'hui l'atteutiou de FAmérique et de l'Europe. )n allait passer à raction, lorsque le président Jefferson, ioformé rès sommairement des trames deBurr, le fit arrêter et le livra lox tribunaux. Faute de preuves matérielles, Burr fut acquitté, âgé une seconde fois, il fut renvoyé encore de l'accusation. Il écQt ensuite plus de trente ans, entendant citer son projet comme ne diimère et comme un crime.
a Cette fois, ce n'est plus la même unanimité de blâme séère que l'expédition rencontre dans l'opinion aux États-Unis. Le >avemement américain est au-dessus de tout soupçon de con- [vence avec Lopez et ses bandes. La loyauté du général Taylor ;l notoire. U respecte les traités, il veut le règne des lois. 11 a é trompé comme le public sur l'objet des préparatifs, et, depuis ne la tentative a été connue , il a pris toutes les mesures en m pouvoir pour empêcher qu'elle n'eût des suites et pour en . ^ ire pumr les auteurs. Les hommes d'État éclairés du pays, comme ^ d, déplorent cet attentat contre une nation amie. Partout les >]is citoyens qui ne recherchent pas la prospérité de la patrie ins l'agrandissement du territoire, et les populations du Nord, jd sont blessées de toute entreprise tendante à abriter l'esclaige en de nouvelles contrées sous le drapeau de l'Union, .remettent amèrement que les États-Unis aient fourni à Lopez son •mée. Le général Taylor trouvera de l'appui pour avoir donné »rdre à la marine nationale de courir sus à ces forbans, puisl'on n'a pu les appréhender avant qu'ils missent à la voile, et MIT avoir fait traduire les fugitifs de Cardenas devant les cours iérales. Il y a cependant un parti qui applaudit à l'expédition, li la loue ouvertement dans les conseils de la nation, qui re- -oche aii priésident d'employer les forces navales de l'Union <^ réter, s'il est possible, le mal qu'il n'a pu prévoir. Ce n'est pas Sud tout entier, mais c'est la portion du Sud qui a préparé conquête du Texas, qui se plaint de ce que la Californie n'adet pas d'esclaves, qui dernièrement soutenait, au moins de ses BOX, le projet avorté, grâce à la fermeté du général Taylor, de «lever une partie du Mexique pour faire une seconde édition 1 Texas, sous le nom de la république de la Sierra- Madré. 'est un parti puissant. Il est à croire qu'il domine en Géorgie, ir à Savannah le juge du district n'a pu trouver personne qui imlat déposer contre Lopez , et il a été contraint de remettre ^ui-ci en liberté, et attendant qu'on eût recueilli des té- K>ignages, ce qui ne tardera pas, nous l'espérons poiîr l'honneur d ' FAmérique. d CossY. îr. 29
Puis examinant, d'une part, le chemin qo'a foil la question a de PabolUion de Vesdavage aux États-Unis, depuis quelques années, ^ et faisant, d'autre part, ressortir que la pression de l'opinion du i^ Nord rend impossible (au moins dans la z6ne frontière du Ma- I ryland, de la Delaware, de la Virginie, du Kentucky, du Mis- i souri, etc.), le maintien de l'esclavage pendant un délai fort peu long ï désormais, d'autant plus que divers États du Sud reconnaissent $ qu'avec le travail esclave il leur est impossible de soutenir la ai concurrence du travail libre dans les États du Nord , le pnbli- t ciste, auteur de l'article que nous signalons, termine ses obser- t vations en disant: 1^
a Si l'on examine, de ce peint de vue, la tentative contre Cuba, sp on reconnait tout ce qu'elle a de sérieux et les conséquences il! qu'elle peut avoir , quand bien même Lopez n'aurait laissé per- îît sonne derrière lui. Ce n'est pas une simple échauffonrée ; c'est l un incident longuement prémédité de la lutte qui t^est engagée aux kt États-Unis au sujet de V esclavage] et comme cette lutte n'est pas (. près de finir, comme elle semble devoir être, pendant longtemps^). ,|^ le fait dominant de la politique intérieure des États-Unis, l'entre- ^ prise contre Cuba , même après avoir avorté misérablement au- % jourd'hui, n'en sera pas pour cela abandonnée. Nous assistons n simplement au premier acte d'un drame dent U est impossSbk de ^ prévoir les péripéties futures, et dont la scène, quoi qu'il semble, ^ est bien plutôt à Washington , à la Nouvelle-Orléans et à CSiar- . leston, qu'à la Havane, ou à Matanzas, ou à Çardenas. » ^
Entreprise de Lopez en 48S4. ^^
Le résultat de Texpédition de Lopez contre Cuba , en 4850, ri l'annonce faite par les autorités de cette lie qu'elles se moDt^^ ^ raient sévères dans le cas d'une nouvelle agression, la déclaralion ,^ faite par le gouvernement des États-Unis de refuser toute espèce c>;s de protection aux Américains qui pourraient être tentés de s'at- ^e
M A l'occasion de l'organisation du territoire de Nebraiika, la cfuesUon de PeseU- ^g vage a été de nouveau agitée : le bill rendu en cette circonstance enlève an cob- t^ ' gros de prononcer sur l'esclavage , laissant aux ierrUoirei à décider souverainement . " en ce qui les concerne quand ils seront admis dans l'Union. Cette déterminayooi'^. doit rendre plus vive, ian$ let ÊtaU du Sud, la pensée d'annexion de 111e de Oà»,h dans l'espérance que l'esclavage y serait maintenu. ( Voir sur l'annexion le f 3.1 Peut-être le désir de l'annexion de Cuba serait-il moins vif dans les ÉUts du Soi si l'Espagne se trouvait amenée à prononcer l'émancipation des esclaves f
tiquer aux possessions d'une Puissance amie, ces circonstances liverses semblaient être de nature ii faire obstacle à toute tonative nouvelle contre Cuba.
Il n*en a point être ainsi.
C'est que les États à escla-ves de l'Union américaine du Nord craignent de se trouver bientôt en minorité sérieuse dans le con- ;rès ; ils désirent dès-lors accroître le nombre des États à essayes, et voudraient, à cet effet, pouvoir annexer Cuba. Ce sont lonc eux , selon l'opinion généralement reçue , qui ont fomenté la louvelle guerre de pirates qui a éclaté en 1851. ^)
Nous ne saurions mieux faire connaître les circonstances qui Dt précédé, accompagné et suivi Tagression du général Lopez n 4851, qu'en reproduisant l'exposé de ce fait déplorable que L Isturiz , envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de . M. catholique à Londres, a remis le 8 septembre de la même nnée, au journal le Times.
« La tentative de Round-Island et 1 expédition de Cardenas ont claibinent et nettement établi les positions respectives des gouvernements spagDol et américain. Tandis que le premier annonçait de la manière plus publique et la plus solennelle sa délerraination d*appliquer avec plus extrême rigueur la loi du droit des gens aux envahisseurs de uba, le second, par la proclamation du général Taylor, déclarait les ivahisseurs hors la loi, les excluant de toute protection. Les deux gou- 3mements les ont prévenus à diverses reprises que (a mort, comme des pirates , serait la conséquence de leur crime. Cet avis , parfaiteiCDt inutile en tout autre pays . n*a pas été malheureusement écouté 1 Amérique. L*expédi(ion de Cardenas eut lieu. Le sang espagnol >ula dans cette agression tout à fait injustiûable ; enfin les criminels rirent la fuite. Le gouverneur espagnol , qui avait en son pouvoir les Tisonniers faits , poussa la générosité ju8qu*à Timprudence. Quelquesas furent acquittés , les autres amnistiés , pas une victime ne tomba. ans le fait, il était impossible de pousser plus loin les effets de la émence.
« Bientôt cependant se firent sentir les conséquences de cette gé- ^reuse conduite. La sédition de Port-au-Prince [Puerlo-Principe)^ le »ulèvement d*Aguera et de ses quelques partisans stimulés par Tattento une nouvelle expédition des États-Unis , et enfin le débarquement de >pez et de ses partisans sur la côte du nord convainquirent le capiîne général de Cuba des funestes effets de sa précédente douceur et i la nécessité de Tapplication la plus rigoureuse des prescriptions de loi Décidé dès-lors à user d'énergie, il reçut le 12, à trois heures i matin, une dépèche du capitaine de la frégate Esperanza, adressée
• ) Voir la note qui tonnliie Iiï § précédent.
i!A LIVRE 11. CHAPITRE XUVf.
ao gooTeraeur de marine, qui donnait arâ de rapproche d*on baleao '
a vapeor. Le capitaine général, calcolant la direction do narire suspect, &
n'hésita pas un instant. Dès sept heures du matin, le baCean à Tapeur i
de guerre Fizarro , sous les ordres du général Brotîllos, partit de la Ha- ^ vane avec sept compagnies de troopes (environ sept cents hommes),
remorquant un schooner qui portait les cheTaux des officiers d*élat- :;
major et quelques soldats do régiment d Bof , le tout soos les ordres do i général Enna.
« Le Fizarro jetatt Fancre le même joor à Bahia-Hooda « à qoalre lîeoes "
de Playisac, où les pirates araient débarqoé le malin. L4>pez avait par- ^
tagé ses forces ; 400 hommes environ avaient pris possession do viUage *
appelé Las Posas ; 1 00 occopaient el MoriUo, petite coDine oà setroovent ^
qoelques maisons dominant la côte, dans le but probable d'aider le dé- *'
barquement de nouvelles expéditions , ou d^assurer la retraite en cas de ^
défaite. Le général Enna , impatient de combattre, et trompé sans doute ^ par les nombreux rapports contradictoires, divisa aussi ses petites forces.
Deux compagnies attaquèrent la colline el MoriUo, deox restèrent en is
dehors du siège de Taction. Enna, avec trois compagnies seulemeut, '«
attaqua le principal corps d'invasion , composé au moins de 350 ^
hommes, que protégeaient les maisons du village, quelques travaux de *
défense habilement exécutés, et les difficultés du terrain. Le général ^
Enna avait donc à combattre un ennemi non-seulement supérieur en «
force numérique, mais qui de plus avait l'avantage d'être abrité par de '^
forts parapets. Les troupes espagnoles attaquèrent à la baïonnette, es- ^•
suyant le feu de renneroi ; elles rencontrèrent la défense la plus dés- ^
espérée. La perte des deux cdtés fut très-considérable ; les deux parties ^
combattaient d*homme à homme dans les rues du vOlage. ^ '^
« Les troupes de la reine eurent cent vingt hommes blessés, et un i
nombre considérable, quoique encore Inconnu, de morts, parmi eux **
le deuxième major du régiment de Léon. Le général Enna, qui avait en ?(
son cheval tué sous lui, fut forcé, par suite de la position qu'occupait ^
l'ennemi, d'attendre l'artillerie et de se retirer avec sa petite force. Les ij
pirates sortirent du village pour l'attaquer ; mais le général les chargea %
avec sa poignée d'hommes , et les contraignit de rentrer dans leur po- h
sition abritée , et fit halte à quelque distance avec sa petite force qu'il fot %
encore obligé de diviser par suite de la nécessité de transporter et d'os- ^q
corter les blessés jusqu'à Babia-Houda. Il resta là sans être inquiété ;ii
jusqu'au 1 5 au matin , où il fut renforcé par quatre compagnies d'inlan- i;
terie et cent-cinquante chevaux que le capitaine général de Cuba avait -
envoyés sous les ordres du colonel, chef d'état major. Le même jour il ,{
fut aussi rallié par une autre colonne de cinq compagnies et deux pièces ^
de montagne sous les ordres du brigadier général Martin Rosalès. ,,
«Les envahisseurs, qui étaient demeurés inactifs depuis l'affiiire du «^
13, tâchèrent d'évacuer le village de las Posas, et d'après les dernières ^
nouvelles de la Havane, en date du 17, à huit heures du matin, on sait ^
que Lopez n'avait avec lui que 200 hommes sur les 500 qu'il avait à >^
son débarquement ; tous les autres avaient été tués dans le combat de j^^
Las Posas ou avaient été dispersés ou fusillés par les troupes et les ha- L
PIRAT£RI£. 453
bitaDls des campagnes qui s'étaient mis spontanément à leur poursuite. Dans ce nombre sont compris les 50 aventuriers faits prisonniers par l'éqoipage du bateau à vapeur Hahanero, Voici les circonstances et les détails des exécutions. Ces hommes ont été pris dans quatre chaloupes sur la cdte de Cuba dans les eaux espagnoles. Ils faisaient partie de l'expédition deLopez ; ils étaient tous armés, avec un chef et 5 officiers à leur tète ; ils sont arrivés à la Havane dans la matinée du k 6, et, trouvés coupables par suite de leurs propres aveux et déclarations , ils ont été fusillés à onze heures et demie près du fort d*Âlarès. Plus de 20,000 spectateurs assistaient à cette scène lugubre et poussaient des vivats pour la reine et TEspagne. Les troupes avaient formé le carré ; la cavalerie et la garde civique flanquaient les côtés. Le colonel fut fusillé seul, les 5 officiers ensemble, et les autres individus 10 par \0, Tous étaient immédiatement retirés du lieu de l'exécution pour faire place à leurs infortunés camarades.
« Leurs restes mortels furent aussi immédiatement placés dans dix corbillards fournis par les entrepreneurs des pompes funèbres, qui, vêtus dliabits de deuil, les ont transportés pour être inhumés décemment. Les troupes ont défilé après Texécution ; pas un seul corps n'est resté sur la place. Alors, seulement alors, le peuple a été autorisé à entrer sur la place où ce pénible acte de justice venait d'être accompli. Voilà l'exact et fidèle récit de ce qui est arrivé aux prisonniers. Tous les détails de scènes dégoûtantes publiés dans les journaux anglais sont des faussetés et des calomnies de la presse américaine. On peut discuter la question de savoir si l'application de la loi est ou non convenable ; mais à' coup sûr aucun acte de cruauté accessoire ne peut en cette afifaire être imputé aux autorités espagnoles à Cuba.
« Elles ont rempli un pénible devoir ; mais elles l'ont rempli avec la dignité et le décorum qui convient à des hommes honorables. Pour juger leur conduite, il est indispensable de ne pas perdre de vue un seul Instant la nature spéciale de l'agression et les antécédents de cette question. Les droits des nations , le droit des gens considèrent les envahisseurs comme des pirates ; les principes les plus sommaires de justice et le devoir pour tout gouvernement de protéger et de défendre la société isonfiée à ses^ soins exigeaient un châtiment prompt et exemplaire qui pût empêcher d'autres hommes de s'embarquer dans des entreprises semblables. Le gouvernement américain, par l'organe du général Taylor st de M. Filimore, a déclaré publiquement que ces hommes étaient hors \a loi.
«Le gouverneur espagnol a, de son côté, il y a plus d'un an, pro- ^lanaé la ferme résolution d'appliquer la loi dans toute sa rigueur, après ivoir vainement essayé d'un système de clémence à cause duquel il a ^té accusé, tant en Angleterre qu'en Amérique, de faiblesse et de manque i'énergie. Non seulement le droit de l'Espagne était en dehors de tout ]oute possible, mais encore l'exécution de la loi était considérée et invoquée comme préservatif de la société, menacée jusque dans ses bases )ar la politique sauvage et incivilisée des aventuriers américains. Les irficles énergiques et remarquables publiés par la presse anglaise, et le
puissant raisonnement de quelques-uns des hommes d'État les plus distingués d'Angleterre auraient appris à TEspagne, si déjà elle ne TaTait su, qu'il était convenable et nécessaire de mettre en pratique le droit commun des nations contre les hordes modernes de pirates et de flibustiers.
« L'Espagne a rempli le premier et le plus simple de ses devoirs ; si elle avait de nouveau usé d'un système de douceur et d'indulgence déjà condamné par l'expérience comme imprudent et absurde, elle aurait pu, ajuste titre, être accusée d'abandonner la cause de la justice universelle, d'abdiquer son pouvoir, de laisser sans défense la cause de la société menacée à Cuba, et enfin de trahir, par impuissance et faiblesse , les devoirs sacrés imposés par la Providence à tous les gouvernements. Dans de telles circonstances, quel pays a jamais agi différemment? Sans doute (on le comprend facilement) lé monde s*émeal à la vue du sang versé sur l'échafaud pour crimes politiques pendaot une guerre civile , et cependant que d'exécutions plus constantes et plus nombreuses que celles de la Havane n'ont-elles pas eu lieu à la face de l'Europe récemment, sans qu'un seul journal élevât la voix pour accuser ' de cruauté les pays où ces exécutions avaient lieu ? ^
« Mais lorsque les victimes (quelque degré de pitié qu'elles puisseot inspirer) sont des aventuriers inconnus, des étrangers mercenaires sans ' Dieu, sans loi, sans drapeau, comme l'a si bien dit le Times, aussi clairement coupables de piraterie que tout individu qui se met en mer ^ pour attaquer traîtreusement les possessions d'un gouvernement en paix ^ avec le sien et pour partager le pillage de l'expédition , la loi peut-eUe ^ paraître contre nature , peut-elle être réputée un acte gratuit de cruauté? '^ Ces hommes ignoraient-ils la loi ? Ne savalent-^ils pas depuis longtemps ie sort qui les attendait ? N'ont-ils pas agi en parfaite connaissance de ^ cause et de propos délibéré? La cruauté gît-elle dans ce fait qu'il y ^ avait 500 envahisseurs au lieu de 20 ou 30 pirates? Ce serait au cou- ^ traire une raison pour qu'il fût plus indispensable et nécessaire d'agir ^ avec toute rigueur , parce que plus fort était leur nombre et plus graod ^ était le danger , plus le crime était atroce et prémédité , et plus impni- ' dente et pernicieuse eût été l'impunité des pirates. [
« La douceur et la générosité eussent été dans ce cas une marque v de faiblesse et d'impuissance qui eût appelé des essaims de nouveaux aventuriers au pillage et à la destruction de l'île de Cuba. Si Ton coq- ' suite les précédents historiques , où trouver un gouvernement plus doux ** et plus clément que celui d'Espagne ? Les annales anglaises elles-mêmes ^ ne nous fournissent-elles pas nombre d'exemples de châtiments plus ij fréquents et plus rudes ? Qu'a fait récemment l'Angleterre vis-à-vis des [ pirates des mers de la Chine ? Le nombre des aventuriers fusillés à la j^^ Havane peut être comparé à celui des pirates si justement exterminés ^ par les forces navales de l'Angleterre, et cependant les pirates chinois n'étaient pas venus chercher l'Angleterre dans ses propres possessions ; ils n'étaient pas venus, de propos délibéré, verser le sang de ses soldats et de ses sujets ni les dépouiller de leurs biens. Guidée par ces principes, l'Espagne est décidée à suivre la même marche. En paix
avec le gouvernement des États-Unis, et respectant, comme elle le fait, tous les droits des sujets américains, elle traitera et punira comme pirates les aventuriers qui pourront envahir son territoire , sans s*enquérir d*où ils viennent ni à quels pays ils appartiennent.
« Si , par suite de la division des forces du général Enna, l'eipédition de Lopez n*a pas été tout-à-fait anéantie dans les vingt-quatre heures, sa ruine était néanmoins imminente et certaine selon les dernières nouvelles. Poursuivis par les troupes espagnoles dans toutes les directions, les 200 hommes qui lui restaient marchaient le i 6 sur Artemisa, l'unique route que lui laissaient ouverte les mesures bien concertées du capitaine-général. Afin de rencontrer Lopez, il y avait déjà envoyé une partie de la garnison de la Havane, pendant que les troupes qui avaient été à las Posas le harcelaient dans toutes les directions. Sûr du succès, le capitaine-général a donné Tordre aux troupes sous les ordres du général Enna et à celles sous les ordres du brigadier Rosalès de rester en dbsenration de Mariel jusqu'à Temboucbure du Rio Blanco , pendant que les troupes sous les ordres du colonel Elijalor devaient retourner à Pinar del Rio pour faire lace à toute nouvelle expédition qui pourrait être envoyée des États-Unis.
« Le prochain bateau à vapeur apportera probablement la nouvelle ie rentière destruction de Lopez et de sa bande, envers lesquels l'esprit st Topinion du pays se sont montrés très-décidément hostiles. Nulle part ils n'ont trouvé le- plus léger appui ni la moindre sympathie ; au contraire, partout oii ils sont arrivés les habitants ont abandonné leurs maisons et leurs occupations pour se joindre aux troupes de la reine H combattre l'invasion.
« Le ministre d'Espagne a jugé de son devoir de soumettre ces observations et d'offrir à l'éditeur du Times un récit exact de faits. Il compte sincèrement que dans son impartialité et son sentiment de juslice, l'éditeur les appréciera, ou qu'il aura la bonté de leur donner place dans les colonnes de son journal, aussi estimé que largement répandu.
« 8 septembre. Zavier A. Isturiz. »
Lorsque la nouvelle de Téchec éprouvé par la seconde expédition de Lopez, et des exécutions militaires du fort Âtares parvint aux États-Unis, une grande effervescence se manifesta dans divers États de l'Union ; elle fut même accueillie , à la Nouvelle- Orléans, par une explosion de colère.
Qae s'était-il donc passé?
Le gouverneur de Cuba s'est défendu contre une invasion mnée, au sein de la paix ; il a fait justice du crime de piraterie dont un certain nombre d'hommes audacieux, chercheurs l'aventures, se sont rendus coupables envers l'Espagne, envers [a souveraine qui avait confié à son épée la protection et la défense de Cuba ; il a fait passer par les armes les soldats de l'inl'asion piraUque qui sont tombés entre ses mains.
456 LIVRE 11. CHAPITRE XXXVl.
Était-il dans son droit en agissant ainsi ?
« Des citoyens des États-Unis », dit H. Michel Chevalier, « qui «
/< se jettent à main armée sur une possession espagpole pendant p
« que rUnion est en pleine paix avec l'Espagne, appellent sur ^
(c eux, de la part de Popinion publique, la réprobation que des r
« forbans doivent exciter chez tous les peuples civilisés. » e
«On peut déplorer», dit de son côté H. John Lemoine, écri- ^
vain et publiciste distingué, attaché à la rédaction du Journal des i
débats, « la triste et sanglante fin des quelques centaines de mal- ^
« heureux envoyés au pillage ou à la mort par les spéculateurs jii
a de la Nouvelle-Orléans, mais on ne saurait contester l'èMenU ^
<< justice de la sentence qui les a frappés. Les aventuriers qui en i
« pleine paix complotaient et équipaient à la face du soleil une ^
a expédition armée sur les possessions d'un pays ami étaient, se- n
« Ion toutes les règles du droit des gens et du droit des nations, [
« purement et simplement des pirates. Ceux qu'ils allaient ainsi -^ « attaquer dans leurs propriétés, dans leurs biens , dans leurs « foyers ne leur devaient d'autre réponse que celle qui est due à tf des voleurs qui vous attaquent à main armée dans vos maisons.
« L'expédition qui vient d'avoir une si sanglante fin n'était que la it
« suite d'une autre tentative qui avait échoué il y a quelques mois. ^ (( La première fois , les autorités espagnoles avaient eu la géné-
a rosité ou la faiblesse de rendre les prisonniers, en avertissant IJ
<i qu'en cas de récidive elles exécuteraient rigoureusement les se- .i
« vérités de la loi. La récidive a eu lieu ; elle a eu lieu «avec les |;
« circonstances les plus aggravantes. Le gouvernement américain tk
« lui-même avait répudié les boucaniers qui déshonoraient le pa- j^
(( Villon fédéral en en faisant un pavillon de pirates ; il avait hao- •
« tement déclaré que ceux qui violaient ainsi toutes les lois des «^
« nations civilisées n'avaient aucun droit à la protection de leur <%
«pays, et qu'ils seraient abandonnés au sort qu'ils auraient mé- |^
« rite. En un mot, ils étaient hors la loi ; et le gouvemem^t es- ^
« pagnol, en en faisant fusiller une cinquantaine sur la place pu- ^
« blique, était strictement dans son droit. » ' ^
Mais les hommes exaltés des États-Unis, dans les États du Sud l
notamment, ne raisonnent pas de cette manière. ^
Os appellent la vengeance ; et en attendant que la vengeance *
arrive, ils ne trouvent rien de plus naturel, car c'est la manière ^ de procéder de la démagogie partout, que de se livrer à tonte espèce d'excès : dans leur démence démagogique , dans leur iniquité passionnée, ils ont détruit tous les établissements tenus par des Espagnols, et saccagé les bureaux d'un journal espagnol ; ib
ont attaqité la maison du consul de S. M. catholique à New-York pour le punir sans doute d'appartenir à une nation qui a jugé à propos de se défendre, et de se défendre victorieusement; ils so sont portés avec furear contre la maison du consul espagnol à la Nouvelle-Orléans et en ont arraché Técusson aux armes d^Ëspagno pour le promener à travers les rues de la ville ; il nous est facile de nous représenter au milieu de quelles huées, au milieu de quelles insultes ignobles cette promenade triomphale a dû s'accomplir, quand nous nous rappelions ce que nous avons vu, en 4848, à Livoume, lorsque le peuple excité par ces meneurs, aoiateurs insensés de désordres, meneurs qui agissent dans l'ombre et ne se mêlent jamais aux excès qu^ils ont provoqués, s'empara, chez le consul général des Deux-Siciles , de l'écusson aux armes du souverain et du buste du roi Ferdinand IL ^)
La campagne de pirates entreprise par Lopez n'a duré que peu de jours. Elle a coûté la vie à son chef. Lopez, pris dans les
*) Rapport de la commission des affaires étrangères du sénat, sur le message lans lequel le pouvoir exécutif recommandait le paiement d'une indemnité aux Es- ;>cgnol8, dont les maisons ont été pillées par la populace de la Nouvelle-Orléans.
« La commission déclare qu'il résulte des données qui lui ont été communiquées, ju^in grand nombre de persoones, dont la majeure partie n'étaient pas des citoyens le la Louisiane, s'étalent réunies à la Nouvelle- Orléans dans le but de renforcer la criminelle expédition qui était sortie pour envabir Cuba ; qu'elles attendaient des noyena de transport, lorsqu'elles apprirent que quelques-uns de leurs camarades, pli avaient débarqué dans l'Ile , avaient été faits prisonniers et fusillés , et qu'irriées par ces nouvelles et mues par le désir de la vengeance , ces personnes , vioant ouvertement les lois de l'État et méprisant les efforts que firent les autorités ocalea pour les contenir et les disperser , commirent des actes de violence contre es Espagnols pacifiques et inoffensifs qui résidaient à la Nouvelle-Orléans , en les naultant et en pillant ou détruisant leurs propriétés.
« La commission ne croit pas que les stipulations des traités , ni l'bonneur naional obligent le gouvernement des États-Unis à indemniser les sujets espagnols les pertes éprouvées par eux ; mais elle se plait à reconnaître qu'il y a des consllérations puissantes pour que cette indemnité soit accordée, sans qu'elle puisse servir de précédent pour l'avenir , et adhère complètement aux sentiments exprimés >ar le président de l'Union dans son message.
« En vue des circonstances spéciales du cas actuel , la commission croit que 'indemnité en question peut être considérée , non-seulement comme une compenlalion pour les personnes qui ont éprouvé des pertes , mais comme une satisfaction I une Puissance amie pour l'offense qui lui a été faite sur notre territoire. Aux yeux le la populace , dit la commission , le gouvernement espagnol était coupable ; et lour venger une offense Imaginaire , faite par le souverain , on sacrifia ses sujets onocents qui se trouvent sous la juridiction étrangère.
« Dans le message annuel du président , au commencement de la présente session , on fit savoir au congrès que le consul d'Espagne à la Nouvelle-Orléans avait îté une des personnes insultées par la canaille. Ce fonctionnaire, comme agent iccrédité d'une Puissance étrangère, était sous la sauvegarde de ce gouvemenent , aussi doit-il être naturellement compris dans l'indemnité proposée , quant i ce €|ui touche sa personne et ses biens. La commission ajoute que la somme à la- [uelle s'élèvera cette indemnité sera peu considérable : que c'est un acte auquel ipplaudira la nation et qui contribuera à resserrer les liens d'amitié qui existenl lepuis si longtemps entre l'Espagne et les États-Unis. »
(Extrait de la Gazelle de Madrid du 81 Juillet 18^.)
montagnes, a subi, le 1*' septembre 1854, à la Havane, Talfreux supplice réservé par la loi espagnole aux malfaiteurs , la strangulation au moyen d'un carcan et d'une vis de pression.
Malheureusement la tentative inspirée par la démence , a eu d'autres résultats encore : les hommes, séduits par le hardi aventurier, ont été fusillés ou ont été réduits en captivité ; des soldats espagnols ont été tués en repoussant l'agression des pirates, i et l'un de leurs plus braves officiers, le général Enna, a reçu la i mort en combattant. i
Quand on se rappelle les antécédents honorables du général t Lopez, on déplore profondement qu'un homme, remarquable à tant n d'égards, qui avait rempli avec distinction les emplois les plus i élevés, qui, dès l'âge de S3 ans, avait servi en qualité de colonel dans l'armée royale espagnole, et, devenu général, avait ^ été nommé gouverneur de Madrid, sénateur^ etc. , ait pu se laisser la aller à violer la loi sacrée des nations en cherchant à soulever :; la population de Cuba et à soustraire , au moyen des aventuriers ij étrangers, cette lie importante, à l'autorité de la couronne d'Ës- :| pagne qu'il a servie de son épée avec un courage indomptable jj, et un incontestable mérite militaire ? La conduite du général i{ Lopez , en ces derniers temps , n'est-elle pas une conséquence ^ fatale de ces doctrines subversives qui ont germé dans un si grand ^i nombre d'esprits, depuis 25 à 30 ans surtout ; de ces doctrines «j qui ont affaibli dans les populations le sens moral, confondu les X{ sentiments du juste et de l'injuste ; qui ont entretenu et déve- !i^ loppé parmi elles une disposition inquiète et incessante à l'indis- <^ cipiine, à l'opposition, à la résistance envers le principe d'auto- \^ rite, et qui les ont portées trop fréquemment, à adopter la révolte ^ et Pimtirrection comme le correctif le plus salutaire des fautes ei \^ des abus de pouvoir, dont elles accusent si facilement les gouver- ^| nements de se rendre coupables , sans leur tenir jamais aucon jiijji^ compte ni des difficultés, ni des em|)arras contre lesquels ils ont \ à lutter? Agé de 52 ans et doué de qualités éminentes, si logé- ^^ néral Lopez n'eut pas abandonné la bannière royale de l'ordre n^ et de la conservation, il eut pu rendre encore les services les [| plus réels à l'Espagne, dont il devait, bien que né à Venezuela, ^^ se considérer comme un des enfants , depuis que Ferdinand Vil j, lut avait ouvert la carrière des honneurs en le nommant colooel ^, à l'âge de 23 ans Vl
Espérances des États-Unis au sujet de l'annexion de l'île
de Cuba.
Ce paragraphe n'est sans doute point à sa place dans un chaitre consacré à des faits de piraterie ; on comprendra toutefois, DUS osons Tespérer, que les deux paragraphes qui procèdent ient pu nous conduire à ne pas vouloir le supprimer ; nous raignons, en efifet, que la dernière tentative n'ait pas été faite, e la part des États-Unis, contre Ttie de Cuba.
Bien que le gouvernement des États-Unis ait blâmé ofBciellelent l'entreprise du général Lopez en 4850, ne peut-on pas ceendant se demander s'il se fut prononcé de la môme manière n présence de l'entreprise couronnée de succès, et si Cuba était ^mbée entre les mains de Lopez ? Pour la loyauté du gouverement de Washington, nous aimons à espérer que se conduite Cki été la même ; toutefois, on ne peut se dissimuler qu'il eût té difficile an gouvernement de résister aux désirs des populaons, et de ne pas prononcer l'annexion. Or, si quelque cironstaoce nouvelle vient à se produire, favorable à l'annexion, ae se passera-t-il ? On ne saurait douter que cette annexion ne 3it désirée par tous les Américains de toutes les classes de la »ciété , et que les États du Sud ne soient tous disposés à entrerendre k conquête de l'tle de Cuba.
Nous avons terminé le § 1 de ce chapitre en reproduisant
opinion de l'un des publicistes du Journal des débats : « Cette
lutte (celle de l'esclavage) n'est pas près de finir ; comme elle semble devoir être, pendant longtemps, le fait dominant de la politique intérieure des États-Unis, l'entreprise contre Cuba, même après avoir avorté misérablement, n'en sera pas pour cela abandonnée : nous assistons simplement au premier acte d'un drame
dont U est impossible de prévoir les péripéties futures • »
Effectivement, le second acte du drame fut produit, par le même ,opez, l'année suivante, sans plus de succès que le premier.
Mais diverses circonstances, que nous allons rappder, accomlies depuis cette époque, sont de nature à faire admettre qu'aux Itats-Unis l'opinion est générale pour l'annexion. Nous nous borlerons à signaler les cinq suivantes :
4^ Les avis donnés aux populations ^de Cuba, par le gouverleur général de l'Ile ;
460 LIVRE II. CHAPITRE XXXVl.
2^ Le discours tenu par la députation du comité des Cktbains, qui vint porter ses hommages à H. Soulé, connu par la vivacité ' avec laquelle il a toujours poursuivi l'annexion , au moment où il allait partir pour TEspagne en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des États-Unis auprès de la reine Isa- :, belle II ; [
. 3^ La correspondance qui a eu lieu, en 1853, entre Lord John ^ Russel, premier ministre de la Grande-Bretagne, et M. Gramptoo, ^ chargé d'affaires d'Angleterre à Washington ; .
4^ L'émotion qu'a produite aux États-Unis les mesures de ., douanes piises à la Havane à l'égard du bâtiment américain, le Black'Warrior ]
5*^ Enfin le passage d'un message du président des États-Unis au sénat, que nous indiquerons.
Voici le langage que tenait le Marquis delaPezuela, gouverneur général de l'Ile de Cuba, à ses lieutenants, dans une cir- '' culaire qu'il leur adressait au commencement de l'année 4854. ^ Après les avoir engagés à prémunir les populations contre les ^ calomnies répandues contre le gouvernement de la reine et contre l^ les autorités espagnoles dans l'iledeCuba, il termine en disaot: i,
d Ayez soin d'inculquer ces idées dans tous les esprits ; con- ^ a seillez-leur de rester paisibles sous l'égide paternelle de ce gou- > a vemement qui a porté Cuba à un degré de richesse et de pros- ^ « périté qu'envient aujourd'hui les nations puissantes , de ce gou- ^ « vernement qui se sent aussi capable de renverser les projets ^ « de la perfidie et de la vénalité que de détruire les forces des , « flibustiers qui préparent peut-être en ce moment pour nos troupes )i « et nos loyaux citoyens de Cuba, l'occasion de s'immortaliser en ^ « combattant pour la reine et la patrie. » K
Départ de M. Soulé. ^
Au moment où M. Soulé se disposais à quitter New- York, une ; députation de près de 5,000 démocrates ayant à leur tète la Jimk ^' de Cuba sont venus le féliciter, et l'orateur qui parlait en leur ^ nom, — le secrétaire du comité permanent des Cubains , résidant ^ à New- York, a terminé son discours par cette phrase significa- i| tive [Assemblée nationale du 4 7 septembre 4853): h
(( Puisse le doigt de Dieu même ouvrir la route au navire qui ^^ « va vous emporter sur ces rivages , faire briller sur votre noble ' « front les rayons d'une étoile nouvelle naissant au del de la jeune ^^ « Amérique. »
Négociations de la France et de la Grande^Bretag^ie boncemant
Cuba.
En 1852, la France et rAngleterre entamèrent des négociaions avec les États-Unis pour faire garantir par les trois Puisances à TEspagne la possession de Cuba. La proposition fut reoussée par les États-Unis. En 4853, le cabinet de St.-James oulat reprendre la négociation, démarche à laquelle s'associa le ouvernement français ; cette négociation n'a pas été plus heureuse ue la précédente.
Lord John RmseU à M, Crampton,
m Patent-office , 40 février 4853.
« Monsieur,
a Lord Malmesbury a reçu, à la veille de quitter le ministère, la note ue vous a adressée M. Everett, et il a laissé à son successeur le soin *y répondre.
« L'ambassadeur de France se trouvant absent de Londres , les deux 3uvemements n^ont pu , jusqu'à présent , avoir entre eux à ce sujet s communications que comporte une proposition faite conjointement. ai maintenant à vous dire comment le gouvernement de Sa Majesté ivisage la réponse de M. Everett à nos ouvertures.
« 11 est dans le droit incontestable du gouvernement américain de yeter la proposition faite par Lord Malmesbury et M. de Turgot, relairement à Cuba. Chaque gouvernement restera aussi libre que par le issé de saivre la voie que pourront lui tracer son devoir et le soin des téréts de sa nation.
« J'aurais, par cette simple remarque, rempli mon rôle de secrétaire État, si M. Everett n'était pas entré dans de longs arguments que ne (mblait guère comporter la simplicité de la question qui lui était mmise. ^
« En faisant cette proposition aux États-Unis , les gouvernements Angleterre et de France n'avaient perdu de vue ni Taccroissement de lissance ni l'extension de territoire qui ont marqué la marche de l'Uon, depuis la proclamation de l'indépendance. Us n'ignoraient point ibsorption ou l'annexion de la Louisiane en 4 803, de la Floride en M9, du Texas en 4 845 et de la Californie en 4848 : encore moins, 'aient-ils besoin qu'on leur rappelât les événements de la guerre de îpt ans ou de la guerre américaine.
a Aussi le gouvernement de Sa Majesté se demande-t«il dans quel it on s'est attaché à faire intervenir ces arguments avec tant de prélutions oratoires et à les soutenir avec tant d'habileté.
« Il semble que l'on ait l'intention , non entièrement avouée mais peine dissimulée, de faire admettre que les Etats-Unis ont, dans l'île 3 Goba , un intérêt auquel la Grande-Bretagne et la France ne peuvent rétendre. Pour combattre cette prétention, il est nécessaire de bien
établir la position des deux Puissances qui ont fait Toffre en question et ' le caractère de cette offre même. \
« M. Everett déclare au début de sa dépêche que « les États-Unis ne i « verraient pas avec indifférence Tile de Cuba tomber entre les mains i! a d^aucune Puissance européenne autre que TEspagne, etc. » ;
« Les deux Puissances qui pourraient le plus probablement s^appro- l prier Cuba, et qui sont le plus redoutables pour les États-Unis, seul s TAngleterre et la France. i
<K La Grande-Bretagne possède , en vertu des traités, Tile deTrioidad, c qui, au dernier siècle, était une colonie espagnole, tandis qu*au corn- t mencement du siècle actuel, la France possédait la Louisiane, en vertu u d*une cession volontaire de la part de TEspagne. Ces deux Puissances i^ sont, en fait, les seules qui, par leurs ressources navales, pourraient t faire concurrence aux États-Unis pour la possession de Cuba 1 Eh bien! n elles sont spontanément prêtes à « déclarer que, ni séparément, ni col- ir « lectivement, elles ne veulent obtenir, ou conserver soit pour elles- -i « mêmes , soit pour Tune d'elles , aucun contrôle exclusif sur cette île, ^ « non plus que s*y arroger ou y exercer aucune domination. » ^
a Si donc , Tobjet des États-Unis était de mettre obstacle à Tacquisi- i^ tion de Cuba par un État européen quel qu*il fût , cette conyention rem- '^ phssait leur but. \t
« Mais si les États-Unis entendent soutenir que la Grande-Bretagne «j, et la France n'ont aucun intérêt au maintien du statu quo à Cuba et que ^n les États-Unis ont seuls voix prépondérante dans cette question, legoa- i^ verneroent de Sa Majesté repousse tout d'abord une pareille prétention. ^ Sans insister sur l'importance qu'a pour le Mexique et autres États amis ^ le maintien de l'équilibre actuel du pWvoir, les seules possessions de >;j Sa Majesté aux Indes-Occidentales lui constituent dans cette question • ,{ un intérêt auquel elle ne saurait renoncer. \
« Les possessions de la France dans les mers américaines consti- ^ tuent à ce pays un intérêt semblable , que son gouvernement fera sans j doute valoir. Ce droit ne saurait être infirmé par l'argument de M. Eve- ' rett, qui représente Cuba dans la même position envers les États-Dnis { où serait envers l'Angleterre ou la France une île située à l'embouchure \^^ de la Tamise ou de la Seine. j ,a
a La distance de Cuba au point le plus rapproché des États-Unis, L c'est-à-dire à l'extrémité sud de la Floride, est de 4 00 milles. ^^
« Une île à égale distance de l'embouchure de la Tamise se trou- ^ verait à \ 0 milles au nord d'Anvers , en Belgique ; tandis qu'une le ^ à égale distance de la Jamaïque serait placée à.Manzanilla , ville de Tlld ^^ de Cuba. '^'
« On n'est donc point fondé à dire que la possession de Cuba par ,g la Grande-Bretagne ou la France serait menaçante pour les États-UmSi ^| tandis que sa possession par les États-Unis ne le serait pas poiirl*| Grande-Bretagne.
((11 est un des arguments du secrétaire. des États-Unis, qui appank^ au gouvernement de S. M. non-seulement mal fondé, mais inquiétant.
« Parmi les motifs en faveur de la convention proposée, Lord lb^J
mesbury et M. de Turgot ont mis en avant : a Les attaques faites récem- « ment contre Tile de Cuba par des bandes d^aventuriers sans lois , paraties des États-Unis, dans le dessein avoué de s* emparer de cette lie. » A cela M. Everett répond en ces termes : « Le président est convaincu a que la conclusion d*un pareil traité, loin de mettre un terme à ces actes «illégaux, ne ferait que leur donner une nouvelle et puissante im- « pulsion. »
«Le gouvernement de la Grande-Bretagne reconnaît avec respect la conduite tenue par le président en désavouant et décourageant les tentatives violentes auxquelles il vient d'être fait allusion. Le caractère de ces entreprises ne pouvait, en efifet, que provoquer la réprobation de tout État civilisé. Les principes d'honnêteté et de justice du président ont dû se trouver froissés en voyant des bandes d'hommes se réunir, au mépris flagrant des traités, et partir des ports des États-Unis pour aller attaquer en pirates le territoire d'une Puissance amie de leur pays, et, une fois là, exciter, à main armée, des sujets fidèles à la révolte, une population paisible au désordre. Mais c*est un triste aveu à faire pour le chef d'une grande nation que de reconnaître , comme Ta fait le président, qu'une convention dûment signée et légalement ratifiée, pour s^engager à respecter à jamais la possession actuelle , ne ferait qu'exciter ces bandes de pirates à violer plus audacieusement encore les lois de la bonne foi et du bon voisinage. Sans contester la vérité de cette assertion , le gouvernement de Sa Majesté peut exprimer l'espoir que cet état de choses ne durera pas et que les citoyens des États-Unis , qui vantent à si juste titre leurs institutions , n'oublieront pas ces principes éternels du juste et de l'injuste , de paix et d*amitié , et ces devoirs envers nos voisins, qui doivent être la règle de toute nation chrétienne.
a Un peuple si éclairé ne saurait d'ailleurs manquer de reconnaître l'utilité , dans les relations internationales , de ces lois qui , depuis des siècles , sont désignées en Europe sous le nom de Droit des Gens. Parmi les commentateurs de ces lois , on remarque des citoyens américains []uî ont acquis une réputation méritée. Et il est difficile de supposer que les États-Unis voudraient les premiers en abroger les stipulations les plus sacrées.
« Qu'on ne dise pas non plus que la convention proposée aurait smpécbé les habitants de Cuba d'obtenir leur indépendance. Cette convention gardait le silence touchant les difficultés intérieures. Mais une prétendue déclaration d'indépendance, faite dans le but de chercher Immédiatement refuge dans l'Union pour se mettre à l'abri d'une révolte 3es nègres, serait avec raison considérée comme équivalant, dans ses effets, à une annexion formelle.
a Enfin, tout en admettant pleinement le droit des États-Unis de refeter la proposition faite par Lord Malmesbnry et M. de Turgot, la Grande-Bretagne reprend toute sa liberté d'action et, le cas échéant, eUe sera ^ibre d'agir comme il pourra lui paraître convenable, soit isolément, soit de y€mc€rt avec d'autres Puissances. J. Russell. »
courtoisie des autorités de Cuba a été expressément reconDue par le , capitaine Bullock dans la lettre qu*il a adressée à New- York aux proprié- , taires du navire. Comment s*expliqiier alors que le capitaine Bullock , ait répondu à ces bons procédés par d*insolentes menaces, et que, dans ^ la lettre même où il a fait connaître la modération des fonctionnaires , espagnols , il offre aux propriétaires du navire de réunir un corps de , volontaires, pour enlever de vive force le Black^Warrior du port de [ Cuba ? ^) On pourra, au reste, se faire une idée de la violence que les ^ Américains ont portée sur-ie-champ dans cette affaire , quand on saura ^ qu*un capitaine Watson, commandant du FuUon, avait offert de re- ^ morquer en dehors du port le Bkuik-Warrior , bien convaincu que les autorités espagnoles n'auraient jamais osé commander le feu contre les ^ deux navires. ^
« La saisie du Black^ Warrior et de sa cargaison fut la conséquence ^ naturelle de la résistance du capitaine Bullock aux demandes de la ^ douane havanaise, et du refus des consignataires de déposer caotioD. ,^ Il paraît encore que le consul des États-Unis, au lieu d*intervenir d'une ^ manière conciliante, aurait, par sa hauteur, fait de cet incident une que- ^ relie d'amour propre national , et c'est ainsi que cette affaire aurait pris ^ une importance tout à fait exagérée. ^
a À Washington, elle est devenue l'objet, comme nous Pavons dit, ^ d'un message du président des États-Unis, où se trouve dénoncée la ^ conduite des autorités espagnoles de €uba comme aussi injusUfiabU ^ qu* offensante. « Les coupables sont à nqs portes », dit M.Pierce, « munis , «de pleins pouvoirs pour l'agression, mais n'en ayant aucun, préten- ^|^ a dent-ils , pour la réparation. C'est dans un autre hémisphère qu'il laot ^ a aller chercher satisfaction , et la réponse aux justes plaintes que nous i a adressons au gouvernement métropolitain , n'est que la répétition des ^ a excuses présentées par les employés subalternes à leurs supérieurs l a à la suite des représentations de ceux-ci. »
« Cette partie du message méritait d'être citée. Il est permis de s'é- ^'/ tonner de cette plainte étrange du président Pierce d'être obligé de { s'adresser, dans un autre hémisphère, au gouvernement espagnol. €e . n'est pas tout : le président des États-Unis semble aussi trouver de i nouveaux griefs dans la modération du cabinet de Madrid, dont la ^' loyauté n'aurait pas hésité, en certaines circonstances, à blâmer la con- J duite de quelques-uns de ses agents. J
« Rien de plus légitime et de plus respectable que la susceptibilité ^ des gouvernements pour défendre l'honneur et les intérêts des peuples ^' qu'ils représentent. Mais , plus ils se sentent forts , plus ils inettent de ^ sagesse dans leurs résolutions. Nous avons exposé» dans toute sa sim- J plicité, Tincident du Black- Wc^rrior, En vérité, il n'y a pas de propos- sj^ Uons entre cet incident et le langage du président Pierce, qui déclare ^ erait vain d'espérer qu'une série d'actes hostiles, et l'adoptian J*^ politique contraire à l'honneur et à la sécurité des États-Unis. L
a qu'il serait vain r( d'une
») Depuis que cet article a été écrit, les propriétaires du BtadtrWanwr sortj rentrés en possession de ce navire, en payant une amende do ste mille dollars.
PIRATEBÏE. 467
a poissent laisser long-temps subsister, entre les gouvernements d*Esa pagne et d'Amérique , des reJations pacifiques. » ^) Le président Pierce termine 3on message en déclarant que, dans le c^s où les mesures prises pour arriver à un arrangement amiable avec FEspagne viendraient à échouer, il n*hésiterait pas à faire usage de Tautorité et des moyens que le congrès pourrait lui conférer, pour assurer le respect des droits de TAmérique et venger Thonneur de son pavillon. Nous ne pouvons reconnaître dans ce message du président Pierce la modération souveraine qui appartient au oheif d*un gr^pd État. G*est le langage d*un homme de parti.
« Cependant ce langage n*a pas encore paru assez vif, assez tranché, à ceux qui se proposent Tagrandissement indéfini de TUnion, en commençant par la conquête de Cuba. Ceux-là se sont plaints hautement de la timidité du président, de ses moyens termes et des mesures provisoires proposées au congrès. Ils disent que si le pavillon de TUnion a été véritablement insulté, une réparation éclatante doit être exigée sar-le-champ par les armes, et ils voient au bout des hostilités la conquête de Cuba. La coqduite du président Pierce n*est pas plus approuvée par les hommes modérés, — et, Dieu merci! ils sont nombreux dans le sénat, d.ans la chambre des représentants et dans la presse américaine, — qui déplorent qu*on veuille faire un casus beUi d*un incident presque vulgaire dans les relations commerciales de deux nations.
« Dans \es rangs des hommes modérés , on pense que le président des États-Unis aurait dû prendre le temps de faire une enquête sérieuse avant de venir publiquement accuser une Puissance amie , et qu*il aurait Jû attendre de TEspagne les explications qu*elle a à donner avant de prononcer des paroles menaçantes qui équivalent presque à une déclaration de guerre.
«Au sein de la chambre des représentants, les passions exprimées )ar la presse démocratique ont trouvé des organes. Un des membres le la chambre, M. Dean, a proppsé de suspendre les lois de neutralité rfs-à-^is 111e de Cuba. Il est difficile de comprendre le sens d*une semblable motion. D'après l'interprétation qu*on semble y attacher en Àméiqete , eette suspension de neutralité se tradm'rait par le droit accordé I ioas les cttoyens de i*€i)ion 4^*armer contre Cuba, Ce serait comme m appel adressé à d*autres Lopez.
« Nous «sp^pns que le ^gouvernettent et le co;agrès f^ricaîQS releodront à des pensées pins sages. Nogs savons (jue le Nouv.ea^fonde a une haute idée de lui-même : il pourrait aujourd'hui cependant ^rendre exemple de l'Europe, oii les grandes Puissances sacrifient tous es calculs dlntérêt personnel au maintien des droits de chacun et à la lèléBse des intérêts généraux.^) Cette attitude de l'Europe peut aiiissi kTeriîr rAmériqi^e qu'il y a de )Ce côté de l'Atlantide «a sentiment de solidarité qu'il serait imprudent dlnquiéter et d'offenser.
a E. Bbrry. »
^ Voir plus loin.
*) Guerre de 1854 conirc la Russie.
468 LIVRE n. CHAPITRE XXXVI.
Par tout ce qui précède, on peut reconnattre que Taffaire de l'annexion de File de Cuba est une espérance qui sommeille (peut-être même un projet), et que tôt ou tard on peut s'attendre à voir se produire le commencement du troisième acte du drame, dont les expéditions du général Lopex ont été les premiers ; nous devons espérer, dans l'intérêt du droit, de la justice et de la paix, que la France et la Grande-Bretagne s'opposeront, par les voies diplomatiques et une attitude ferme et résolu, à son achèvement.
Bien que nous ayons été dans le cas de rappeler les paroles du président Pierce , en donnant l'extrait du Constitutionnel en ce qui concerne le Black-Warrior , nous terminerons ce paragraphe en rappelant en entier le passage du message adressé au sénat
Tout en blâmant formellement les entreprises dirigées par des particuliers contre Cuba, le président Pierce dit:
« Lorsque l'on considère la position de l'île de Cuba , voisine ^ Q^de nous, et qui touche d'une manière si intime à nos rapports ^ « commerciaux et politiques, on ne peut espérer qu'une suite d'actes ^1 a hostiles contraires à nos intérêts commerciaux , et l'adoption ^ « d'une politique contraire à l'honneur et à la sécurité des États- '^ « Unis puissent durer longtemps sans amener la guerre. » ^
En conséquence le président pense que le moment est venu ^ de prendre des mesures provisoires. ' ) ^
Des flibustiei's. ^
Bien que les déprédations de toute nature sur mer, le pillage ^ des vaisseaux, le massacre des équipages, etc., aient signalé ^ chaque jour la vie des flibustiers (semblable en cela d'ailleurs, ^ à la vie de tout pirate , faisant hostilités pour son propre compte, ^ depredendi musa), on ne doit pas confondre avec les pirates or- ^ dinaires l'association des flibustiers ; toutefois, il faut bien le re- ^^ connaître, on peut parfaitement appliquer aux uns comme aux .^ autres la définition tracée par Azuni : « Le pirate ' est celui qui ^ (( parcourt les mers avec un navire armé, sans commission ou SM ^ d patentes dun prince ou d'un souverain, mais seulement de son ^: a autorité privée dans la vue de saisir et de s'approprier par la r^
fi
M II semble difficile de découvrir, dans cette phrase, 1« fond sérieux et réo! j
de la pensée du président de rdniou: les mesures promoires aumonçées le (^bum*!»
mieux connaître. f Cm
i force tous Us navires qu'il rencontrera. » La seule différence, m effet, qai existe entre les pirates et les flibustiers, c'est que es uns ont été de toutes les époques, qu'il en existe encore, et [u'on les rencontre à peu près dans toutes les latitudes ; tandis [ue les flibustiers n'ont eu qu'une époque, et qu'ils formaient une \ssociaHon (de corsaires français et anglais), dont les déprédations, [ui avaient particulièrement pour théâtre les mers des Antilles, •ni cessé de se produire vers la fin du 47® siècle.
Cette association singulière , sans lois , sans discipline réelle, l'ayant d'autre espfit de corps que celui du brigandage, cornnença avant que la France et l'Angleterre eussent formé des établissements dans les Antilles ; elle dirigea plus particulièrement es efforts contre les navires espagnols chargés de transporter, m Europe, l'or, l'argent et les pierreries de l'Amérique, atta- |uant rarement les bâtiments venant d'Europe ; elle cessa d'exister orsque les gouvernements de France et d'Angleterre eurent or- ;aiiisé une administration forte dans leurs colonies des Antilles i qu'ik voulurent protéger la culture de ces lies.
Nous n'abuserons pas de l'indulgence du lecteur, en retraçant d en de longs développements l'histoire de l'association des flibustiers, de ses expéditions, de son rapide accroissement, de sa in ; mais il nous parait difficile de ne pas rappeler, dans cet ouvrage, le souvenir d'une société de corsaires, qui a joué un Ole aussi considérable, dans le 47® siècle, et qui, bien qu'elle se ut placée en dehors du droit des gens, s'est trouvée en relations vouées avec les autorités officielles de St.-Domingue, lesquelles 'apportèrent aucun obstacle aux expéditions, aux brigandages, u partage du butin.
Nous serons bref toutefois : nous n'oublierons pas que si l'exîs- )iice de l'association des flibustiers, fort connue d'ailleurs de tous os lecteurs, ne fut ni poursuivie, ni combattue par les gouvemelents iréguliers, elle ne saurait fournir toutefois aucun enseignement tile au droit maritime des nations, que tous ses actes ont violé.
Dans le principe, ce furent les lies de la Tortue et de St.hristophe, enlevées aux Espagnols, qui servirent de lieu de mdez-vous aux divers corsaires appartenant à Fassociation ; plus urd, et lorsqu'il s'agissait de partager le butin, les Anglais se éliraient à la Jamaïque et les Français à St-Domiogue.
L'association des flibustiers , connue aussi sous le nom de frères e la côte, a compté des hommes d'une grande audace, d'une rande intrépidité, mais aussi des hommes d'une grande cruauté; i elle avait eu des chefs capables de la discipliner, de la sour
470 l^iVRE il. GHAPITHE XXXVI.
meUfe à de» înstiluUons ^ à des lois^ à une justice regidièreiiieiit organisée, elle sefâil peut-^ôtre parreniie à coaserver ses conquêtes) et à former an État indépendant qui aurait pris rang parmi les États de la Gbrétienté : Rome n'a pas eu des commencements plus honorables. ^)
Pai^i les traits d'audace dont on a ccmservé le souvenir, on ; doit citer notamment les suivants : Pierre Legrand , de Dieppe, commandait un bateau armé de quatre canons et monté par vingt- i huit hommes ; il aborde le bâtiment du vice^amirat espagnol con- i dttisant les galkms à Cadix ; il s'empare de la personne de oel i officier général et des officiers de son État^major, qu'il renvoie i à terre aussitôt que l'occasion de le faire Se présente, efr il cou- i duit au chef lieu de l'association le bâtiment capturé et sd riche i cargaison. Devant Garthagène, deux vaisseaux de guerre espagnols \ sortis du port pour donner la chasse à trois petits navires mon- f tés par des flibustiers français , sont pris par les forbans qu'ils avaient mission de détruire, et les équipage» sont renvoyés à Car- i| thagène avec dédain. Un flibustier français, nommé Laurent, com- n mandant un petit navire, est surpris par deux bâtiments espa- « gnols présentant ensemble cent-vingt boudies à feu : Laufrat par i{ sa vigoureuse résistance et par une intrépidité qui semble sur- ^ naturelle, intimide les deux équipages, tue im grand nombre tj d'Espagnols, et s'échappe ' après avoir infligé aux bâtiments qui i l'avaient attaqué, d'immenses avaries. jr
Un gentilhomme languedocien, du nom de Montbars, vint se j^ joindre aux flibustiers, obéissant à la haine qu'il portait depuis j^ son enfance aux Espagnols dont il détestait les atrocités lorsqu'ils L s'établirent en Amérique. Il devint l'un des diefs les plus intré- i^ pides de l'association ; sa férocité qui lui valut le surnom ^Ex- ^ terminateur, donna un nouvel élan aux flibustiers el jéta l'efiBroi g parmi les Espagnols dont les habitations étaient peu Soignées de j^ la mer. Il ne fut égalé en cruauté que par rOhnais ; mais la rage ^ de Montbars en s'exerçant sur les Espagnols, um'quemeut pa^o^ iji qu'ils étaient espagnols , ne lui fit cependant jamais donner la mort ^ à un homme désarmé , tandis que l'Olonais semblait éprouver mie ^ volupté de chacal au meutre, à la vue du sang, aux soufiiranees \^ des malheureux qui tombaient sous sa main. V
Montauban, qui commanda pendant vingt ans les courc»s des i^ flibustiers , a soutenu avec avantage des combats contre des bà- j
') Le dudhé de Normandie ne fut-il pas accordé, dans le 10^ ëiècle, à RoUoi'kâ qui , en réalité , n'était qu'un ptrole nonëgien, — un gentWumme aoeiOiinerf h^
timents de guerre anglais ; le oommandatil do l'un d'eux se fit sauter au moment où, après avoir amené pavili<»i, il vit Montauban et ses hommes passer sur son bâtiment Montauban gagna la c6te de Guinée. U fut reçu à bord d'un navire anglais pour se rendre à la Barbade, et retenu prisonnier; îl fijt relâché et se rendit à Bordeaux, où il mourut en 4700.
Parmi les flibustiers anglais, Morgan ou Morghan fut le pkis important II attaqua et prit Porto-Bello, y fit couler le sang à flots et enleva d'immenses richesses de cette ville. U s'empara du fort Ste. -Catherine, et fit, en traversant l'Isthme de Panama, une expédition sur le continent espagnol de l'Amérique méridionale, enlevant partout des trésors consid^ables , et soumettant aux plus affeux tourments les Espagnols, les Nègres, les Indiens, en vue d'obtenir des aveux sur les Ueux où des richesses avaient été déposées.
Sous la conduite de Van*Horn, d'Ostende, qui appartenait à la partie française de l'association, une expédition fut entreprise contre la Vera-Gruz ; les chefs principaux dont les noms ont été conservés, sont Grammont (de Paris), Godefroy, Jouqué, et Laurent de Graff, Hollandais. La ville fut pillée, et les prisonniers furent soumis à une rançon de dix milHons de francs, dont la moitié fat payée dans la journée.
Cette expédition, qui est de l'année 1683 ^), fut suivie, un an plus tard, d'une entreprise contre le Pérou, qui dura quatre années. Au retour, le plus grand nombre des audacieux aventuriers périt par naufrage dans le détroit de Magellan et au Gap Hom ; la majeure partie de ceux qui échapèrent aux abîmes de la mer, fut enlevée par la misère et par des maladies : bien peu reparurent à St-Domingue.
Grammont, dont l'audace n'était point abattue, entreprit de diriger une expédition de flibustiers contre Campéche, dans la péninsule d'Yucatan. La place fut emportée ; la ville fut incendiée, ei la forteresse détruite. Le jour de la Saint-Louis (et cette ciroônstance est bien remarquable), ces Français qui s'étaient affranebis de toute obéissances aux lois de leur pays, allumèrent un grand feu pour célébrer la fête de leur souverain, et brûlèrent, pour un million de francs, du bois que le commerce envoie chercher à si grands frai&I
M Louis XIV qui, à la même époque, faisait châtier le Bey d'Alger, en bombardant sa ville capitale, n'aurait- il pas dû, en même temps, employer ses vaisfteaux à réprimer les dévastations des flibustiers, ses avieUy et à rompre cette BiMociation de forbans aussi dangereux pour la navigation commerciale dans la mer des Antilles , que les pirates ou corsaires barbaresques dans la Méditerranée ?
472 LlVaE il. CHAPITRE XIXVI.
Le moment approdiail où devait enfin cesser d'exister, et de nuire, l'association de ces hommes qoi portaient en tous lieux l'incendie, le meurtre, le pillage, la ruine, le désespoir, et qui sur mer étaient devenus l'effroi de la navigation commerciale.
Le 9 janvier 4697, une flotte française, sous le commandement du baron de Pointis, chef d'escadre des armées navales de France, | quitta la port de Brest ; le 12 avril elle se trouvait devant Car- j tbagène, chef-lieu du gouvernement de la Nouvelle-Grenade, en Amérique.
Ducasse, capitaine des vaisseaux du roi, et qui, depuis l'année 4694 , était gouverneur de St.-Domingue , usant de l'autorité que lui donnait sur les flibustiers, l'affection qu'ils lui portaient i (car, dès son arrivée à St.-Domingue , il avait compris la néces- i site de gagner la confiance de ces hommes de désordre), sût les i décider à seconder les opérations du baron de Pointis. Garthagène e capitula le 2 mai ; la capitulation ne fut pas observée aussi scrupuleusement qu'un acte de cette nature devrait toujours l'être par le vainqueur^), et des excès de toute nature suivirent rentrée i des flibustiers. Le baron de Pointis ne remit pas à ses terribles i auxiliaires une part de butin aussi considérable que celle qu'ils ^ se croyaient le droit d'obtenir: mécontents, ils se livrèrent, après . son départ , à un nouveau pillage de la ville et reçurent une rançon d'un million de francs pour les prisonniers qu'ils avaient ^ faits. 5
Après cette horrible et honteuse exaction, les flibustiers re- | gagnèrent leurs vaisseaux et se dirigèrent sur St.-Doniingue ; mais ! ils furent rencontrés par une flotte anglaise et hollandaise, dont ' les gouvernements étaient, en ce moment, alliés de l'Espagne: ^^ leurs navires furent, en grande partie, pris et coulés à fond; m ja fort petit nombre d'aventuri^s parvinrent à gagner les côtes de ] St.-Domingue. 4r
Depuis cette époque, la société ou association des flibustiers ^ ne fit que bien peu parier d'elle ; peu après les événemrats de ^ Carthagène, les plus considérables parmi eux, en voyant le nombre i^ des frères de la côte aussi réduit, acceptèrent des gouvernements ^ français et anglais, des emplois civils et militaires dans les An- 4^ tilles ; ils ne furent pas renfplacés : l'association disparut compté- i^ tement quand, d'une part, les anciens chefs devinrent, en quelque ^ sorte, les protecteurs des côtes sur lesquelles ils dirigeaient, peu
' ) De nos jours , la capiiulalion de Danzig a été indignement méconnue : la garnison française au lieu de partir pour la France, comme elle avait droit de Tespérer. fut envoyée en Russie.
le temps auparavant, les brigandages des aventuriers; et lorsque, l'autre part, les gouvernements de France ei d'Angleterre songèrent, un peu tardivement, à favoriser le développement de la culture dans leurs colonies des Antilles. Â Rome et à Naples, ce mode de moraUsaUon des brigands est encore pratiqué quelquefois : la police dans ces deux pays enrôle parmi ses carabiniers 3t parmi ses agents, les chefs de bandes de brigands avec lesquels le gouvernement s'est décidé à négocier, ne pouvant parvenir à les anéantir.
Nous pensons que pour le plus grand nombre de nos lecteurs, 1 est .superflu de les engager à ne pas confondre les flibustiers H les boucaniers. Bien qu'ils eussent des rapports fréquents et intimes ensemble, leur vie était bien différente : les flibustiers dictaient la guerre aux bâtiments, les boucaniers faisaient la chasse lux bœufs sauvages. (Voir chap. II, § 4.)
Canquiies par la pircUerte : Zichmni, RoUon, Tching^Tching-Kong. — AUaques de bâtiments de guerre en pleine paix. *— Réponse iu Vicomte de BouvUle, — Navires de commerce capturés sans iédaration préalable de guerre. ^) — Destruction de la colonie tOuarè, par des marchands de Liverpool, en 479% — Robert Surcouff. — Des let^es de marque,
Alexandre reprochait à un pirate sa condition de pirate. « Je K suis pirate, répliqua colui-d, parceque je n'ai qu'un navire : si t j'avais une armée navale , on me nommerait un conquérant. »
Ni les flibustiers , ni les compagnons du général Lopez ne sauraient s'autoriser de cette parole du pirate grec et se consilérer comme s'étant placés au-dessus de la condition du pirate, larcequ'ils ont donné cours à leurs expéditions au moyen d'une vrmée navale. Ceux-là ont attaqué, au profit de la nombreuse association qu'ils avaient formée, des bâtiments richement chargés, )| ont fréquemment commis leurs déprédations et leurs briganlages en débarquant sur les côtes de l'Amérique espagnole ; ceux-ci, WDS mission avouée par aucun gouvernement, ont, en violation lu droit des gens, opéré un débarquement dans Tile de Cuba |où ils ont enlevé quelques caisses publiques), sous le prétexte
«) Voir chap. II, IV, VU, XXII, XXVI.
de venir offrir à ses habitants de les aider à briser un joug (dont ils ne se sentaient nullement fatigués). Les oolons espagnols'^ à la grande surprise de ceux qui se présentaient eomme des libérar teurs, ont préféré continuer de jouir de leur repos, de leurs richesses, de leur sécurité sous une monarohie, à Yoir s'établir chez eux cet état anarchique de désordre, d'essais inconséquents ; d'indépendance et de gouvernement démocratique, de déceptions ^ de toute nature , enfin, — que certains hommes {prédicatUs à phrases i sonores, mais sans valeur pratique, de la ReMgioo du bien-étre \ matérid de tous les hommes) y voudraient, de nos jours, faire ac- t cepter comme le règne de la liberté ï gnuid et noble nx>t, sans i doute, mais qu'après l'expérience faite de la mise e» ceuvre des i doctrines sorties de cerveaux creux, méchants ou malades, il faut traduire par Ueence, droit du poing, misère, pUlage, immoralitéf i cataçUsme de tous les mauvais instintâs, débordement de totUes to \ plus hideuses passions sur la société. i
Si la force qui ne s'appuie pas sur le droit et sur la légalité, \ devait avoir le privilège de donner au fait accompli une signifi- i cation que Thistorien impartial ne saurait consentir à lui conserver; j si le succès obtenu devait être la sanction du fait accompli dans n ces conditions ; s'il sufGysait, enfin , pour ne pas être considéré i comme pirate dans l'histoire, d'avoir su réunir sous la bannière t dé l'aventure des hommes en assez grand nombre pour assurer it le triomphe d'une audacieuse entreprise, ou môme pour l'essayer i avec quelque chance de la conduire à bonne fin ; Ah I dans ce cas b la morale, la raison, l'histoire auraient donc eu tort de donner, || ainsi qu'elles l'ont fait, à certains chefs d'expéditions hardies, et ji couronnées par le succès, la qualification de pirates ^
Nous ne le croyons pas: l'histoire ne leur devait pas d'antre q nom. i
Et, par exemple, ne doit-on pas considérer comme pirates ^ les hommes qui, en 4418 ^), abordant avec nne flotiUe, une or- . mée navale, les colonies norvégiennes du GnBnland (découvert ^ en 98d par l'Islandais EricRauda), y portèrent le ravage, la dé- « vastation , le meurtre et l'itfcendie ? Cette flotille appartenait à ^ Zichmni, prince ou souverain de llie Frisland^) que cet étranger | (selon le voyageur italien Nicolas Zeno, qui véeuit pendant fdo- ^
>) Eric vu (et, selon quelques auteurs, IX), roi de Danemarck et de Norvège, kl successeur de Marguerite , régnait à cette époque ; faible, U ne sut pas se makitoiir L sur le trône, auquel il fut forcé de renoncer en 1438.
*) 11 est probable, et Malte-Brun le croit, que cette lie nommée Fhtkmi par les ^ frères Zeni , est Pune des lies de Tarcblpel Fàrôer. Tq
sieurs annéea à la cour de ce petit souverain pirate), enleva , en 4394 , à la couronne de Norvège , portée à cette époque par Marguerite sumommée la Sémiravm du Nord. Si Zichmni n^exerçait pas la piràjterie personnellement, sa flotiUe, ses ^'e^ Font pratiquée en son nom. Le succès , suivi même d^une sorte d'occupation Don^contestée du territoire dont une réunion d'aventuriers se sérail emparée, ne saurait changer la qualification qu'il convient de donner au fait accompli par des hommes qui n*ont d'autre loi que celle de la force, et dont la bannière n'est pas reconnue par les États régulièrement constitués et gouvernés ; le prince Zichmni ne saurait dono être regardé que comme le chef d'une petite et obeoure nation de pirates.
Ces hordes diverses d^hammes du Nord (ou Normands, du mot teuton Nordfnann)j qui, aux 9® et 40^ siècles envahirent et dévastèrent une partie de la France, et leur chef RoUon qui dans l'année 876 remonta la Seine pour venir s'emparer de Rouen, qa'étaient^ils sinon des pirates qui avaient emprunté la mer pour atteindre les contrées qu'ils se proposaient de piller et de frapper de contributions ? £e roi Charles ni, dit fe simple, effrayé des ravages que le chef des Normands (ou Nordmànner) exerçait en France, ne songea plus qu'à y mettre fin ; il ne vit plus le pirate, mais uniquement le conquérant, dans le seigneur norvégien qui, à la tète d'une armée d aventuriers, soumettait les villes de France et leur imposait de lourds tributs ; il le fit, en 944 , duc de Normandie et de Bretagne , par un traité solennel : Rollon. devint Chrétien , prit le nom de Robert et épousa la princesse Giselle, fille du roi Charles IIL
La réponse que le pirate grec fit à Alexandre serait-elle dono l'expression de la vérité ? On est [pirate quand on ne possède qu'un navire pour écumer la mer ; on est conquéromJt quand on la parcourt à la tète d'une armée navale!
Nous ne sommes pas de ce sentiment : il existe une différence sans doute dans les résultats du fait accompli ; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, il y a piraterie, action, mœurs de pirate, que ce soit un simple forban qui ait agi, ou bien un RoUon et un Zichmni. L'orgueilleuse et insolente similitude que le pirate grec établissait, dans sa pensée, entre lui et le roi de Macédoine procédait de cet esprit de révolte dont sont animés tous ces hommes qui ne savent se soumettre à aucun joug social, à aucune loi, à aucune supériorité ; tous ces hommes qui , bien que placés dans une condition fort humble ou fort secondaire de la société, so croyent le droit, quand l'occasion se prés^te pour eux de le faire.
de dofmer une leçon à leur roi 1 secte bien abcienne , il parait,
si la réponse du pirate greo a été réellement exprimée ; secte fatale qui, de nos jours, a fait de bien déplorables progrès, et a eu de bien déplorables résultats !
Ces exemples de piraterie couverte du manteau du canquéranl, sont bien éloignés de nous, et rien de semblable ne pourrait au- * jourd'bui se produire dans les pays chrétiens : RoUon apparut à la i fin du 9*^ siècle; Zlchmni appartient au 44® et au commencement i du 45® siècle. i
L'histoire nous présente un fait plus récent, mais ce n'est point en Europe qu'O a eu lieu : Tching-Tching-Kong est qualifié pirate i par quelques biographes, d'autres lui donnent la qualité d^amiral ' chinois, probablement parcequ'il a combattu pour relever la dy- ! nastie des Ming*
Tching-Tching-Kong, qui est également connu en Europe sous \ le nom de Koxinga/û% partie des Tartares-Mandchoux qui en- f; vahirent la Chine dans le 47® siècle ; mais trahi peu après par i eux, il se promit d'en tirer une éclatante vengeance. D leur livra ^ plusieurs combats dont les résultats lui furent favorables ; il avait, i d'ailleurs déclaré, dans l'espérance d'attirer im plus grand nombre i de combattants sous ses drapeaux, qu'il faisait la guerre an nom <i d^un descendant de la dynastie des Mim ou Ming, dont les ancêtres » avaient occupé le trône de l'empire chinois depuis l'an 4368 jus- n qu'en 4643. Victorieux en plusieurs circonstances, sur terre et ^ sur mer, il songea, comme Rollon, à se former un établissement k indépendant. Ce fut alors qu'il attaqua les Hollandais, quil les i chassa, en 4664 , des lies de Formose et des lies Pcicadores oa h Pong-Hou, et qu'il prit le titre de roi. Il s'unit aux Anglais pour \ continuer la guerre contre les Mandchoux, et mourut en 4670, h laissant à son fils un trône que ses ennemis lui enlevèrent eD ù 4683. «I
Les siècles en se succédant font oublier l'usurpation qui s'est i maintenue en possession , qui est restée conservatrice de la so- ^ ciété, qui a respecté les lois et les mœurs du pays, sur lequel i; elle a étendu les bienfaits d'une bonne administration. C'est ainsi 4 que la descendance d'un usurpateur finit par posséder un trône ^ et une autorité que personne ne songe à lui contester et que '% chacun respecte tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays ; or, la ] conquête qui a eu pour origine la piraterie, comme celle de l Rollon, obtient le même bénéfice avec l'aide du temps, des traités ^ publics et des relations avec les États réguliers voisins. Mais ja- ki mais le temps écoulé ne pourra faire que l'histoire ne considère
pas comme . autant de faits qui doivent être assimilés à la piraterie et eu porter les stigmates, les attaques en pleine paix de bâtiments de guerre, la capture (sans qu'il y ait eu déclaration préalable de rupture), des bâtiments de la marine commerciale, dépourvus généralement de tous moyens de défense, voyageant sans défiance sous la foi des traités, ainsi qu'il fut ordonné et fait, de la part du gouvernement britannique, en diverses circonstances, et notamment en 4755 et 4803. {Voir les chap. IV, XI, § 4, xxn, XXVI.)
« Une guerre sans déclaration préalable », dit Gérard de Rayneval, a est un guetapens, une violation de la foi publique et un « véritable brigandage : c'est la guerre des pirates et des /K- « bustiers. »
C'est aussi ce que pensait le Vicomte de Bouville, commandant la fr^ate française F Espérance ; fait prisonnier, en 4755, par l'escadre anglaise de l'amiral West, et conduit à Londres, le gouvernement lui offrit de le laisser retourner en France sur sa parole ; il refusa avec hauteur, disant qu'il ne voulait de la liberté qu'en l'achetant au moyen d'une rançon, car il se regardait, disait-il, comme étant tombé entre les mains de pirates , puisqu'il avait été attaqué en temps de paix contre le droit des gens. Ces fermes paroles dans la bouche d'un homme d'un grand courage et qui pouvait revoir sa patrie en engageant sa parole de ne pas servir pendant la durée de la guerre, étaient un châtiment mérité infligé au manque de loyauté du gouvernement anglais, agresseur sur tous les points, longtemps avant la rupture, et au moment même où il donnait à l'ambassadeur de France à Londres des assurances sur son envie de garder la paix (voir chap. IV) ; mais ce châtiment n'a modifié ni ses doctrines, ni ses procédés, ainsi qu'en ont fourni la preuve les événements décrits dans les chapifapesVn, XI, XXII, XXVI, XXVIL
Ce que les gouvernements n'ont aucun scrupule à faire, eux qui doivent l'exemple de la moralité et de la loyauté, comment les sujets ne se laisseraient-ils pas entraîner à le faire également ? Les trois marchands de Liverpool, dont nous avons à parler, ne furent pas plus scrupuleux en 4792, que le cabinet de leur sou-^ verain ne l'avait été en 4755, en 4803, en 4807, etc.
Nous empruntons, en partie, à Malte-Brun, le fait suivant:
Un Français, le capitaine Landolphe, quitta Nantes en 4786, avec la mission que lui avait confiée une compagnie commerciale, de se rendre sur les. côtes de Guinée. En 4788, il forma à Ouaré lin bel établissement pour la culture de la canne à sucre, en in-
troduisant d'ailleurs dans son usine, les procédés et règlements ^ mis en usage par les Anglais dans l'établissement qu'ils avaient < créé, l'année précédente, à Sierra-Leone, en vue de travailler à " la civilisation des Africains. Trois négociants de Liverpool s'cm- ^ flamment de rage à l'idée de voir la philantropie et le commerce •' français s'établir sur une côte où l'on ne connaissait eneore d'autre ^ commerce que le trafic des Nègres. Ils arment en conséquence ^ une petite escadre, surprennent la colonie française dont ils s'em- ' parent, incendient les maisons, pillent les magasins, Bi massacrent ^ les Nègres cultivateurs. ^
Ces faits s'accomplirent en pleine paix, vers le milieu d^ l'an- < née 4792. M. Landolphe échappa seul aux poursuites de ses as- ^ sassins , et n'est mort qu'en 4 825 à Paris. ^
Quelle différence, demanderons-nous aux hommes impartiaux, 'Ç existe-t-il entre les attaques dirigées, au sein de la paie, en vio- > lation des traités et du droit des gens, par la marine royale ^ d'Angleterre contre les bâtiments de guerre français le Bcrée, *^i tEgvUUm, la Flore, en 4744, PAlcide, U Lys, V Espérance, ea '^ 4755 ; contre les bâtiments de guerre espagnols capturés, en 4ft04, ^d par le commodore Moore, etc.; et l'attaque dkîgée, en 4792, 4 contre la colonie française d'Ouaré , par les manefaands négriers «i de Liverpool? %
Toutes ces attaques doivent, selon nous, être flétriers, da U même nom: piraterie, expédition de flibustiers. <t
Mais avec cette différence cependant que l'acte des forbans de k lÀverpaol est de la piraterie pure et simple, sans excuse pwr ny ceux qui s'y sont livrés, et que la corde aurait dû punir. j^(
Tandis que les attaques, en violation du droit des gens, i» \ traités, xie la bonne foi, de la loyauté, faites par les .eseaâres de tf Roscawen, West, Moore, etc., ont été autant d'actes de piraleiv ^ ordonnés par un gouvernement qui sç croit ^out permis âur mer i|| parceque les bâtiments <de sa marine militwre <qui la sMIooneot ^ en tous sens, sont en pi«s grand nombre ^que ceux de ckacm ki des autres États maritimes. (Voir Livre I, titre tU, §24.) i
Si en présence des paroles ée Gérard de Raynei^al et du 1^i- Vu comte de BouvîUe, on peujt considérer comme June guerre d^ /K- ^Qg bustiers les ^hostilités exécutées par la marine militaire d'un État % en vertu de l'ordre donné par Je gou vernetneiit , avant ^[ue ce ^ gouvernement ait préalablement déclaré la 'guerre à ta nation dont k il fait assaillir les vaisseaux armés , et dont il fait «illever Ici ^ bâtiments marchands , a fortiori >dolt-K>n envisager -de la méffle h façon les actes accomplis par des corsaires, avec mUoris(Mm é ^
VÉtat, lequel, contre toute moralité, leur a délivré des kUrez de marque^ A la faveur de pe document , pirates légaux et officiels (mais ne pouvant exercer leurs déprédations que contre les bâtiments de la nation mom^itanément ennemie), les corsaires peuvent en effet attaquer, piller, couler à fond au besoin, les navires in* offensife du coiamerce, généralement dépourvus de moyens de défense ! Est-ce au patriotisme des armateurs que les lettres de niarque ont été accordées ? Est-ce l'amour de la patrie ? Est-ce Paaiour de la ^ire qui animent le cœur des armateurs engagés dans la course sous l'égide des lettres de marque ? ....^. Chacun sait que l'amour du gaio, la soif de l'or, la cupidité sont les seuls mobtied qui arment les corsaires, qui les poussent à la recherche des navires de conHneree de la nation momentanément ennemie, ou qui les portent à délivrer un bâtiment de leur nation capturé par l'ennemi I ( Voir Livre I, titre IH, §§ 20 et 21.)
Pendant les dernières guerres maritimes qui ont eu lieu entre la Fraace et la Grande-Bretagne, de 4793 à 4804 , et de 4803 â 4844 [voir chap. XXI et XXVI), des masses de corsaires armés en ooorse et pourvus de lettres de marque ont lait , de part et d'autre I la guerre au commerce pacifique des deux nations, dans les mers d'Europe et d'Amérique , ainsi que dans les mens des Indes-Orientales. Parmi les capitaines de corsaires français, il en est un dont le nom et le souvenir doivent être conservés, **-^ le fameux Robert Suroouff, né à Benio, dans les environs de $t.- Malo, — parceque cet homme, si renommépar son courage, ne ressemblait en rien à la plus part des autres capitaines de corsaires, tous d^une grande valeur sans doute, et doués d'une grande audace , car la professmi qu'ils exerçaient rédamaxt impérieusement ses qualités ; mais tous à peu près i^alément brutaux, pillards, iépourvus des plus simples senttmerots d'humanité, n'ayant d'antre tHrt que les déprédations productives , d'autre argument que la bâche d'abordage et le poignard , .d'autre distraction que l'orgie iprès la capture.
A peine âgé de vingt ans, Robert Surcouff était capitaine ; il :!Oiiiinanda successivement, à partir de J'année 4793, les corsaires Uk (Clarisse 9 la Confiance, le Revenard. En 4796, il se trouvait Il llle-de-France, aujourd'hui Ile Maurice ; il fut chargé du comnandement d'un petit navire corsaire monté par des marins in- Hhès (ou Lascars). Il attaqua un convoi anglais et s'empara du Wshooner qui l'escortait ; il y fit passer son équipage.
Dans les eaux du Bengale, il rencontre le Triton, vaisseau de « oompagnie ^mglaise des Indes-Orientales , armé de 26 canons
et portant 450 hommes d^équîpage. // se fait passer pour un pilote du Gange, se rend à bord du Triton et s'empare de ce bâtiment. Cette ruse était contraire aux lois de la guerre maritime : ; il est permis de simuler un pavillon, pour échapper à la pour- i sinte de l'ennemi, mais jamais pour rapprocher ; c'est sous le pa- . Villon du pays auquel un corsaire appartient qu'il doit tirer le ., coup de semonce et combattre. ^
En 4799, capitaine de la Cor^nce, de 20 canons et de 420 ^ hommes d'équipage, R. Surcouff enleva, à l'abordage, le vaisseaa | de la compagnie anglaisCi le Kent, de 40 canons et de 440 hommes ^ d'équipage. a
En 4809, chargé de conduire en France la frégate le Charles^ ^ il sut échapper par l'habileté de ses manœuvres, aux croisières ^ ennemies et parvint à entrer dans le port de St.-Malo. .
Gomme marin habile, comme capitaine courageux, Rohert ^ Surcouff, mort en 4827, est resté cher à ses compatriotes. A ce ^ double titre, il nous est facile d'honorer également sa mémoire, ^ bien que nous regrettions que ce ne soit pas sur les vaisseaux ^ de rÉtat qu'il ait signalé sa valeur et utilisé ses talents. Mais ce \' que nous regrettons surtout dans la vie de Robert Surcouff, se ^ vouant à la guerre de corsaire, c'est qu'il n'ait pas toujours agi ^ en se couvrant de la légalité des lettres de marque, dont l'ob^ ^ tention (il faut bien le dire tout en blâmant leur usage, et leur ^ maintien de la part des gouvernements chrétiens), était, comme . elle est encore, la condition déterminée par la loi des nations, à i laquelle tout armateur doit se soumettre avant de se faire (à son profit personnel d'ailleurs), l'auxiliaire pillard de la marine de l'État : Deploranda leœ, sed lex. Robert Sourcoùff se vit sur le ' point, pour ne s*étre pas conformé à la loi, d'être privé dupro- ^ duit des prises qu'il avait faites pendant les premières années j de la guerre de 4 793, « parcequ'il avait », dit l'un de ses biogra- . phes , a écume la mer sans lettres de marque : en considération œ- ^ «pendant de ses services, le Directoire lui décerna, à titre de . « récompense nationale, la valeur de ses prises. » ,1
Le gouvernement français, prenant en considération les nom- ^ breux traits de courage de R. Surcouff, a pu se montrer indul- . gent à son égard ; mais certes si Surcouff fut tombé entre les ' mains des Anglais, dépourvu des lettres de marque <jui légalisent . la position de V aventurier faisant la guerre à son profit, Robert Surcouff aurait été considéré par eux comme un pirate, et rois à mort.
A l'époque où le Directoire abandonna à l'audacieux aven-
iurier le montant des prises quMl avait ftAes, en naviguant et en combattant sans lettres de marque paribis, B. Surcouff, simple mattre an petit cabotage six ans auparavant, se vit à la tète d-une fortune de 4 47,000 francs; et lorsqu'on 4843, R. Surcouff, grand et courageux marin, homme honnête et humain, renonça à la course, il possédait, selon son biographe, une fortune de près de trois millions. Comment de semblables faits n'exciteraient-ils pas Témulation et les désirs cupides? Or, les gouvernements doiventils en favoriser le développement ? N'est-il pas plutôt dans leur devoir rigoureux de s'opposer à tout ce qui peut les faire naître au sein des populations qu'ils sont appelés h diriger? Comment peuvent-ils oublier ou méconnaître que ces sentiments cupides, cette soif des richesses qui animent les armateurs en temps de guerre, étouffent dans le cœur des hommes tout sentiment dék justice, de moralité, d'humanité?^) Pour rester fidèle à l'accomplissement de ce devoir, en ce qui concerne la course, il faudrait que tous les États chrétiens, dont la mer baigne les côtes, s'engageassent (fhonneur à ne plus délivrer de lettres de marque; et, dans le cas où l'un d'eux viendrait à manquer à ses engagements I il faudrait que le traité signé par les États maritimes autorisât chacun d'eux à traiter comme pirate tout corsaire qui serait capturé, ou qui chercherait un refuge dans un port neutre, sans qu'il fût même nécessaire de procéder à l'examen de ses papiers, du moment que le capitaine du bâtiment armé capturé, ou entré dans un port d'une Puissance amie ou neutre, ne présenterait pas une commission constatant que son bâtiment fait partie de la flotte de PÉtat et que les officiers et les hommes de tëquipage appartiennent à Parmée navale du pays dont le bâtiment porte le pavillon.
Qu'on se rappelle les tentatives faites, en 4794, par l'asseniblée constituante de France , dans le but d'entraîner tous les États maritimes européens, à supprimer la course, qu'on lise les paroles du comte Merlin, le savant auteur du Répertoire de jurisprudence ; du comte Portails, le laborieux homme d'État; des poblicistes Mably , Âzuni, Georges de Martens ^) ; celles d'écrivains plus modernes encore, tels que M. Emile Vincent, auteur de La législation commerciale ; M. A. Mignot, professeur de droit commeràal à Rouen , etc. etc. ; et la conviction deviendra de plus en
>) L'empereur des Français Va compris : en déclarant la guerre à la Russie en 185^ , il a déclaré qu'il ne serait point délivré de lettres de marque ; l'Angleterre a «nivi cet exemple. ( Voir Livre 1, titre III, § 10, S^ section.)
«) Fotr Livre 1 , tilre Ml , §§ », 21 , 36. CUSSY. H. 34
plus profonde chez tous les hommes éclairés, justes, honoétes, que le radîntieD de la course et que Tusage de délivrer des letk'es de marque sont une hoate pour la civilisation chrétienne, et pour les hommes d*État du i9^ siècle.
Divers faits de piraterie, et exécution des pirates. — Mort de
Fenseigtie Bisson.
Les considérations diverses dans lesquelles nous sommes entré, en terminant le paragraphe précédent, tant sur la course autorisée que sur les prises avant rupture déclarée de la paix, nous mettent dans le cas de revenir, dans un dernier paragraphe, sur la piraterie proprement dite.
Après les pirates conquérants, — Rollon, Zichmni, Tching- Tching-Kong, — nous aurions pu nommer encore, au 44* siècle, Zachas, pirate sarrasin, qui parvint à se Caire reconnaître souverain de Smyme, et dont la puissance devint telle que Solimao, Sultan de Nicée, rechercha son alliance et lui donna sa fille en mariage, en 4093. *
Le corsaire Oroush (ou Âroudji), surnommé Barbarousse, et son frère Khair-Ecklin (ou Hariadan), qui, dans le 46* siècle, devinrent successivement Deys d*A1ger, où ils établirent ce repaire de pirates officiels, que la France a détruit esi 4830. ( Voir chap. XXXUI.) I,
Les forbans connus sous le nom à^Uscochi, qui désolèrent le golfe adriatique, et que Tempereur Ferdinand prit en quelque sorte à sa solde, en les nommant gardiens des frontières, en leur assurant une paie militaire; on leur assigna, en 4540, pour d^ meure, la ville de Segna, qu'ils omservèrent jusqu'en 4648, époque à laqudle les Uscochi furent anéantis par les Vénitiens.
Mais bien que les repaires de la piraterie officielle aient été détruits, ou que les cbefe des pays à corsaires-pirates se soient engagés , par des traités , à renoncer à la course , la piraterie isolée, quoique combattue par toutes les marines nailitaires, n'a ^' pas cessé d'exister. Quelques pirates se montrent encore dans . l'Archipel grec, où les anses, les criques el les Oots nombreux * sont favorables à la piraterie ; sur certaines parties des côtes ,. d'Amérique ; dans les mers qui baignent l'empire chinois ; dans l rOcéan pacifique, etc.
Dans l'année 4827, un fait de piraterie est devenu l'occasioii d'un acte d'héroïsme dont le souvenir doit à jamais être conservé,
(i dont H. le yice«amiral Halgan a donné une relation dans la France mariime (2* volume, Paris, 4837).
La corvette de l'État la Lamproie s'était emparée sur les côtes le Syrie d'un brig-pirate grec, nommé le PanayoH, monté par >6 hommes d'équipage, qui fut conduit à Alexandrie.
La frégate la Magkiennê prit à son bord l'équipage-pirate, à 'exception de six hommes qui furent laissés sur la prise, dont le commandement fut remis à M. Bisson , enseigne de vaisseau ; quinze narins français et un officier complétèrent l'armement de la prise, |ui fit voile pour l'Archipel.
Dans la nuit du 4 novembre, un gros temps força le capitaine le prise à se diriger sur Stampaliej pour y relâcher; le 5, à huit leures de matin, le brig jetait l'ancre dans une petite baie, à trois nilles de cette ville. ^
Deux des matelots grecs , laissés à bord du Panayoti, se jeèrent à la mer , et parvinrent à gagner la cAte ; ces hommes ' .'empressèrent de se mettre en communication avec les pirates fui se trouvaient sur cette partie du littoral ; ils dirigèrent vers lix heures du soir, sur le PanayoH è l'ancre, deux Misitks porant ensemble 120 à 130 hommes. Le capitaine français donna wàre qu'on les hélàt, et lorsque les deux embarcations ne furent »lus qu'à demi-portée de fusil, l'enseigne Bisson commanda à sa Qousquetene de faire feu. Une fusillade vigoureuse riposta du côté les pirates. L'une des embarcations aborda par l'avant, la seconde, )ar la joue de bâbord, et bientôt, malgré les héroïques efforts le Bisson et de son second, M. Trémintin, les pirates s'élancèrent ar le pont du Panayotù
Bisson qu'une blessure affaiblissait, parvint cependant à se égager des Grecs qui l'entouraient, et appelant Trémintin, il lui it avec le sangfroid du désespoir : a Ces brigands sont maitres du navire, la câle et le pont en sont remplis I C'est le moment de terminer l'affaire. Avertissez ce qui reste de nos braves de se jeter à la mer. Adieu, pilote, je vais tout finir: c'est le moment de nous venger. » 11 se dirigea immédiatement sur le point
a étaient réunies les poudres Quelques secondes après, le
imceyoti sautait.
Le brave Trémintin que l'explosion avait lancé en l'air, et que > hazard seul a sauvé d'une mort qu'il n'avait point cherché à vîter en se jetant à la mer comme le désirait son capitaine, — 5 brave Trémintin, disons-nous, fut lancé sur la plage, où un es pirates grecs lui enleva ses vêtements et la montre que Bisson il avait donnée comme un souvenir de mort.
484 LIVRE fl. CBAPITRE XXXVI.
Quatre marins français qui s'étaieni élancés à la mer rallièrent la maison où s'était retiré le second, c'est-à-dire la demeure ellemême du gouverneur de l'tle qui fit administrer au blessé les premiers secours.
Soixante-dix cadavres grecs que les lames apportèrent dans la journée du lendemain de la sinistre catastrophe, prouvèrent que la résolution héroïque du brave Bisson avait eu son plein effet.
Les lois et règlements n'accordent de pension, en raison des services d'un officier, qu'à ses père et mère, et à ses enfants. ' Bisson ne. laissait qu'une sœur : par exception, une pension extraordinaire lui fut allouée.
M. Trémintin fut nommé chevalier de la légion d'honneur, ei reçut des mains du ministre de la marine , en présence des offi- ' ciers de la marine qui se trouvaient à Paris, une épée d'honneur. ' Depuis, il a été admis dans le corps de la marine avec le grade .' d'enseigne de vaisseau, ou lieutenant de frégate. ^
Dans le fait de piraterie que nous venons de rappeler, l'hé- f^ roYsme d'un commandant de la marine militaire a donné la mort ^ à plus de soixante pirates : c'est une juste punition de leur crime ; ^ toutefois nous déplorons qu'elle leur ait été infligée au prix de la vie d'un courageux officier. Était-ce bien là, en effet, la punition ^ que ces hommes de dépradations et de pillage devaient recevoir? -' La mort ignominieuse par la corde et la suspension aux fourches patibulaires ou à la grande vergue d'un bâtiment, est, on lésait, !^ le sort qui attend les pirates saisis au moment où ils se livrent ' à la piraterie. Quand les pirates sont en trop grand nombre, le 1 commandant du bâtiment qui les poursuit et les saisit peut hé- ^ siter, on le conçoit, à la pensée de faire procéder à l'exécution, ^ et de faire assister tout un équipage au spectacle de la mort par la corde d'un grand nombre d'hommes ; mais, dans ce cas, mieux ^ vaut couler C9S misérables, car ils ne méritent aucune pitié, que ** d'ordonner une semblable exécution. ^
C'est cette punition, cette mort infamante, par la corde, qu'ont ^ reçue divers pirates des Antilles et d'autres mers encore, dont ^ nous allons rappeler le nom et les actions, en empruntant les ^ détails fort abrégés que nous rapporterons, h la France maritimey ^» publiée en 4837 à Paris. ^
Gibbs , après avoir servi dans la marine des États-Unis de ('!^ l'Amérique septentrionale , s'était embarqué sur un navire colombien, la Maria, dont il parvint à soulever l'équipage contre î état-major, lequel fut déposé dans une petite baie de l'Ile deCoba^'
L'équipage de ia Maria se livra à la piraterie et ne tarda pas à prendre Gibbs pour son chef.
Durant trois ans entiers, l'atroce précaution (dit le capitaine Lecomte, auteur de la relation), que prenait ce pirate de massacrer les équipages des bâtiments qu'il capturait, le fit échapper aux croisières française , anglaise et américaine qui veillaient sur ces mers.
Les aveux que Gibbs fit lorsqu'il fut pris , en 4 830 , portèrent à quarante le nombre de bâtiments qui furent pillés sous ses ordres, et à plus de vingt celui des équipages qui furent massacrés.
Ce fut en revenant d'Alger, où il avait été oflrir ses services au Dey (qui peu de temps après perdit son trAne et devint le prisonnier de l'armée française), que Gibbs fut traduit devant un tribunal des États-Unis, sous la prévention du meurtre de Williams Robert, officier du brick américain Vincyard, commis sur les hautes mers, le 22 novembre 1830. Gibbs et l'un de ses associés nommé Wansley furent conduits à la potence disposée de telle sorte que les pirates , une fois exécutés , durent rester suspendus au gibet, au lieu d'en être retirés immédiatement après leur mort ainsi qu'il est d'usage de le faire pour les autres suppliciés.
Il y a vingt et quelques années qu'un aventurier du nom de Benoit Soto, fut condamné au même supplice par la cour martiale de Gibraltar, après avoir pendant dix ans, tant la répression de la piraterie est difficile, quelgue active que soit la surveillance exercée par les marines de guerre des grandes nations, commis des actes d'une cruauté inouie.
A Malte, en 1832, nous avons vu, suspendus au gibet (élevé sur une hauteur et de façon à pouvoir être aperçu de la mer), les ossements desséchés de plusieurs pirates, comme un. avis permanent à leurs pareils, s'ils sont pris un jour, du sort qui les attend.
Le brig-pirate espagnol le Panda s'était emparé d'un navire mexicain : le capitaine Don Pedro Gilbert, après avoir fait enlever Kôut ce que ce bâtiment pouvait renfermer de précieux, fit renfermer l'équipage à fond de cale, ordonna que le feu ^t mis, au moyen de mèches soufrées, dans difiérentes parties du navire, lequel ftit abandonné dans cet état à son malheureux sort. Les prisonniers parvinrent à se rendre maîtres de l'incendie et atlièigoirent les c6tes des États-Unis, à peu de dislance de Gharles- Cown et de Boston, au moment même où les pirates abordaient
dans ce dernier port Sur les dénonciationa des Mexicains, Gilbert et sa bande furent arrêtés, et, malgré leurs énergiques dénégations devant le tribunal, sept d'entre eux furent condamnés à mort ; cinq seulement furent conduits ensemble au gibet ; il y eut sursis en faveur des pirates Soto et Thomas Ruys, qui avaient cherché à faire revenir le capitaine Gilbert de la terrible résolution de faire périr les captifs dans les flammes.
Les cinq suppliciés ne restèrent suspendus à la corde, après leur mort, que pendant cinq minutes, leurs corps étant destinés, selon la sentence, à servir aux études «^atomiques de l'amphithéâtre de chirurgie de Boston.
Lorsque les cadavres arrivèrent au lieu de la dissection, le consul d'Espagne les réclama, disant que le crime de piraterie n'ayant pas été accompagné de meurtre , on (fevait leur accorder une sépulture chrétienne. Les magistrats eurent égard à la demande du consul, et les corps des cinq suppliciés furent transportés au cimetière catholique de Gharles^Town.