I.OIS DE DÉCOMPOSITION PAR LES COURANTS
C’est en soumettant à l’action du courant des composés binaires, que M. Faraday a découvert cette loi remarquable que la quantité d’un élément, qu’une même quantité d’électricité peut séparer de sa combinaison, est proportionnelle au poids de son équivalent : qu’en d’autres termes, le courant sépare des quantités atomiques ou équivalentes égales , dans son action sur les différents composés binaires.
M. Faraday avait pensé que la décomposition ne portait que sur les corps formés d’équivalents égaux des éléments qui les constituent; le
perchlorure et le periodure d’étain s’étaient, en effet, montrés rebelles à l’action du courant, tandis que le protochlorure et le proto-iodure, assez bous conducteurs, se laissaient décomposer.
La décomposition de l’acide sulfurique, opérée par Uisinger et Berzélius , avait déjà fait voir que cette opinion n’est pas fondée : il faut dire toutefois que les expériences des savants suédois ont porté sur l’acide sulfurique hydraté, qui conduit l’électricité, tandis que l’acide anhydre n’est pas attaqué par le courant. Mais nous verrons, par les expériences de Mattcucci, qu’il faut renoncer à cette manière d’expliquer les différences observées. Voici par quels procédés M. Faraday est arrivé à la loi formulée ci-dessus, qui est si importante pour la théorie électro-chimique.
Imaginez une pile dont les pôles ne se rejoignent qu’en traversant un voltaïmètre (c’est ainsi que M. Faraday nomme l’appareil à décomposer l’eau; car c’est la quantité d’eau décomposée ou d’hydrogène fournie, qui sert de terme de comparaison) et une suite d’appareils analogues contenant des dissolutions différentes. Le courant opérera dans tous une décomposition; si vous en comparez les produits, vous ne trouverez pas tout d’abord de rapport simple entre leurs quantités; mais si, au lieu de considérer directement les poids des corps mis en liberté dans un des vases, ^t les poids des autres substances dégagées dans les autres, vous ne rapprochez que les quotients des poids de ces corps, par leurs poids atomiques respectifs, vous tomberez sur des nombres sensiblement égaux pour tous les vases. Si vous avez mis dans l’un une dissolution d’argent, dans une autre un sel de cuivre , l’argent réduit dans le premier sera au cuivre mis en liberté dans le second, comme le poids atomique de celui-là est au poids atomique de celui-ci ; ainsi, pour SgS,'^ de cuivre métallique dans un appareil, on aura dans un autre i 35 i, 6 i d’argent, et l’on aurait 1,294 de plomb dans un troisième.
Ce procédé repose sur ce principe que l’intensité du courant, ou autrement la quantité d’électricité est la même dans tous les points du circuit, et que l’action décomposante est constante pour une quantité constante d’électricité. Gela posé, nous pouvons prendre pour mesure de la quantité qui passe dans l’un quelconque des appareils, le volume de l’hydrogène fourni par le voltamètre.
La construction de cet instrument n’est pas indifférente ; la quantité d’eau qu’on peut décomposer par un même courant varie avec l’éloignement des fils : quand on veut porter la décomposition au maximum , il faut mettreles doux fils très-près l’un de l’autre et dans une même cloche ; néanmoins , quand on fait passer un même courant dans plusieurs voltamètres, la quantité d’eau décomposée est égale dans tous, ou à trèspeu près; car dans les voltamètres où plongent des fils, la quantité de gâz est un peu plus grande que dans ceux où des lames servent d’électrodes : ce qu’on peut attribuer ou à ce que le courant, plus concentré dans le fil, aurait une force plus grande que quand il est dilaté dans les lames , ou bien encore à ce que la portion de gaz absorbée par les électrodes de platine , étant proportionnelle k la surface de ceux-ci, pourrait être en même temps une fraction appréciable de la quantité dégagée et rendue apparente.
Enfin, on peut rapporter la différence observée à ce fait que le gaz, au moment où il se développe, se trouvant en contact avec une moindre quantité d’eau doit se dissoudre en moindre proportion.
On remarque de plus que le volume de l’oxygène est toujours un peu moindre que la moitié de celui de l’hydrogène : ce qui tient ou à ce que le platine en condenserait une proportion plus forte, ou "plus probablement à sa plus grande solubilité dans l’eau. Une circonstance qui pèüt accroitre dans certaines limites la quantité d’oxygène que l’eau peut dissoudre, c’est qu’il se développe sur la lame en très-petites et très-nombreuses bulles répandues sur toute la surface de l’électrode, tandis que l’hydrogène ne se montre que sur des points déterminés en bulles plus volumineuses qui n’offrent au liquide qu’une surface proportionnellement moindre.
Ainsi, on a toute raison de préférer l’hydrogène pour terme de comparaison. Si l’on fait passer le courant par trois voltamètres, de telle manière que sortant du premier, il se bifurque pour passer dans les deux autres, et se réunisse ensuite en un seul, la quantité d’eau décomposée dans le premier, sera égale à la somme des quantités décomposées dans les deux autres; ce qui est conforme au principe que l’intensité du coumnt est la même dans tous les points du circuit, et que toute dérivation
amène un partage entre les conducteurs, égal, s’ils sont égaux entre eux.
En soumettant à un même courant plusieurs voltamètres contenant des quantités difl’érentes d’acide sulfurique, on obtient toujours une même quantité d’hydrogène.
Si la décomposition a porté 5 la fois sur l’eau et sur la substance dissoute, faites la somme des quantités équivalentes de l’eau et du corps, et vous trouverez toujours le même chiffre que si l’eau seule ou le corps dissous seul avait été décomposé; si la liqueur contenait plusieurs matières indépendamment de l’eau , il faudrait toujours porter chacun des produits, non pour son poids réel, mais pour ce poids divisé par l’équivalent du corps. Si l’on opère, comme l’a fait M. Matteucci, sur les acides chlorhydrique, iodhydrique, en dissolution dans l’eau, celle-ci est décomposée en oxygène et hydrogène ; mais la cloche où ce dernier se rassemble, ertolfre un volume qui représente plus que le double de l’oxygène; ou regarde alors l’e-xcès comme venant de l’acide; le chlore et l’acide seraient diHicilcment dosés d’une manière directe, c’est par cet excès d’hydrogène qu’on les évalue
Avec l’iodure de potassium, les résultats sont de môme sujets à interprétation; on ne recueille point de potassium , car ce métal décomposant l’eau donne une nouvelle quantité d’hydrogène, et d’après le volume total de celui-ci, comparé à celui de l’oxygène, on estime la quantité d’iode séparée par le courant. Quand on opère sur des combinaisons de chlore avec des métaux qui ne décomposent pas l’eau , tels que le platine, l’or, et môme le cuivre, ces métaux sont séparés par le courant. S’il est très-faible et que les solutions soient très-concentrées, on n’a pas d’hydrogène au pôle négatif, mais du métal seulement. Avec un courant plus intense et des dissolutions plus étendues, ou a encore du métal, mais aussi de l’hydrogène ; les quantités de ces deux corps sont complémentaires ; chaque équivalent d’hydrogène en moins, comparé à celui du voltamètre, est remplacé par un équivalent de métal. M. Matteucci pose en principe, que toutes les fois qu’en augmentant la force de la pile on voit augmenter la proportion d’une certaine combinaison, comparativement k une autre avec laquelle elle se trouve mêlée, il faut en conclure que la première est moins décomposable que la seconde. C’est d’après cette
règle que ce savant range les corps suivants dans l’ordre de leur facilité à être décomposés :
lodure potassique, acides iodhydrique, chlorhydrique; chlorures, eau acidulée par l’acide sulfurique. On peut dire, il est vrai, relativement à plusieurs de ces décompositions, qu’elles ne sont que des effets secondaires; que c’est toujours l’eau qui est décomposée dans chaque appareil, et que l’hydrogène naissant réduit ’d mesure le métal de la dissolution saline; dans ce cas on conçoit que la quantité d’eau décomposée étant la même dans chaque vase du circuit, les produits de réaction secondaire doivent forcément se trouver en quantités proportionnelles à celles qu’une même quantité d’oxygène transforme en oxyde salifiable.
La vérification de la loi de décomposition par le courant exigerait qu’on se servît de combinaisons anhydres, ainsi que l’a fait Faraday, mais ceci est en général difficilement praticable. M. Matteucci n’a pu agir ainsi que sur le protochlorure d’antimoine en fusion ; ayant tenté d’opérer de même sur les chlorures de cuivre, il s’est aperçu que le cuivre déposé au pôle négatif était ultérieurement attaqué par le chlorure ; il a donc été forcé de recourir à la dissolution de ces deux composés.
Les résultats qu’il a obtenus l’ont conduit à modifier ainsi la loi de M. Faraday :
« Si un courant décompose simultanément trois combinaisons mises » séparément sur sa route, la première renfermant i équivalent d’un » corps combiné avec i équivalent d’un autre corps, la deuxième » 1 équivalent combiné avec 2 équivalents, la treizième i équiva- » lent combiné avec 3 équivalents» (ce sont les rapports de composition des trois sels haloïdes sur lesquels l’auteur a opéré), « on trouve » quel’action chimique, sur chacune de ces combinaisons, mesurée par )) la quantité d’éléments séparés, varie comme i, 1/2, 1/6; en regardant, » ainsi que les expériences tendent à l’établir, l’action décomposante » comme proportionnelle à l’affinité, on doit en conclure que celle-ci est >' exprimée par les mêmes nombres, i, 1/2, 1/6 pour les corps examinés.»
Ainsi, laissant de côté le dernier chiffre qui, suivant M.Ed, Becquerel, ne serait pas exact, les deux chlorures de cuivre se comportent comme s ils étaient mis en présence d’une môme quantité d’hydrogène, laquelle
ne pourrait évidemment mettre en liberté, en agissant sur le bichlorure, que la moitié du métal qu’elle donne avec le protochlorure.
M. Matteucci n’en conclut pas moins que :
« Les produits qu’on obtient par la décomposition électro-chimique » des sels dissous dans l’eau sont les produits directs du courant, indé- » pendants par conséquent de l’action chimique des éléments de l’eau , » comme on l’avait pensé généralement. »
Cette décomposition directe, nous l’avons fait observer, était admise par Hisinger et Berzélius.
M. Ed. Becquerel, qui s’est également occupé de l’action chimique du courant, a aussi cherché d’abord ii opérer sur les chlorures anhydres fondus. Une circonstance déjà remarquée par M. Faraday, c’est que les chlorures solides à la température ordinaire, fondus par l’action delà chaleur, deviennent conducteurs du fluide électrique ; tels sont du moins les chlorures de plomb, d’argent, de cuivre, le protochloriire d’antimoine, On observe, par opposition, que les perchlorures d’étain , d’antimoine, de manganèse, de titane, liquides à la température ordinaire, sont mauvais conducteurs : cette propriété serait liée à leur degré de chloruration, selon M. Faraday.
Le perchlorure de mercure, cependant, devient aussi conducteur par la fusion; mais l’on peut, jusqu’à preuve du contraire, supposer qu’il ne l’est alors qu’en vertu d’une petite quantité de protochlorure qu’il tiendrait en dissolution■
JN’y aurait-il pas lieu d’examiner si ces chlorures persisteraient à conduire le courant quand on les maintiendrait à une température stationnaire? Et la faculté qu’ils ont de transmettre ou d’arrêter l’électricité ne serait-elle point liée à l’état de refroidissement ou d’équilibre calorifique? Ce sont, comme on voit, les propriétés singulières de la tourmaline qui me suggèrent cette idée.
Quoi qu’il en soit, et malgré la faculté qu’on peut communiquer à certains d’entre eux de conduire l’électricité dynamique et de se laisser, par suite, décomposer par elle, les chlorures n’en offrent pas moins, dans les recherches qui nous occupent, de grandes difficultés inhérentes à la propriété qu’ils ont de retenir dissous le chlore mis en liberté ; lequel, réagis-
sant ultérieurement sur le métal déposé d’abord , reconstitue le composé primitif.
M. Matteucci dans ses recherches avait eu recours aux dissolutions; M. Ed. Becquerel a été obligé de les employer aussi.
Il les place dans deux petits verres communiquant par un siphon , et chacun d’eux reçoit un pôle ; siles composés sont altérables à l’air, on peut poser les vases sur la platine de la machine pneumatique, les recouvrir de la cloche, faire le vide et y introduire ensuite un gaz inactif. Comme dans les expériences de Faraday et de Matteucci, le courant qui décompose la dissolution passe aussi dans un voltaïmètre.
En traitant par la pile une dissolution de chlorure dans l’eau ou dans l’acide hydrochlorique, le métal réduit se rassemble dans un des vases, et l’on trouve le chlore dans l’autre; s’il est bien à l’état de liberté, comme l’assure M. Ed. Becquerel, c’e.st la meilleure preuve qu’on puisse donner que l’eau n’a pas été décomposée ; car si ce cas avait eu lieu , il est probable qu’on aurait eu quelque composé oxygéné du chlore en place du métalloïde libre. Mais on n’obtient la décomposition du chlorure seul qu’autant qu’on l’emploie en dissolution très-concentrée. Le dosage du métal s’obtient en lavant avec précaution, séchant et pesant la lame sur laquelle il s’est déposé, le dissolvant ensuite par un acide et pesant de nouveau la lame. On peut doser le chlore en pesant une lame de cuivre qu’on fait servir de pôle positif : le métal fait passer le chlore à l’état de protochlorure , dont on peut calculer la quantité d’après la perte de poids éprouvée par la lame. On trouve toujours qu’il s’est dissous une quantité de cuivre proportionnelle à celle du métal déposé sur l’électrode négatif.
La proportion du métal varie, par rapport à l’eau décomposée dans le voltaïmètre, suivant la constitution du chlorure mis en expérience.
D’après les nombres que lui ont fournis le chlorure d’argent en dissolution dans l’ammoniaque, les protochlorures d’étain , de fer, de cuivre et d’antimoine, M. Ed. Becquerel a formulé les lois suivantes :
Les protochlorures RCl ou formés de i équivalent de métal et de « équivalent de chlore donnent i équivalent de métal pour i équivalent d’électricité. L’auteur appelle équivalent d’électricité la quantité qui est nécessaire pour décomposer l’équivalent d’eau.
Les protochlorures R’Cl ou 2 équivalents de métal pour i de chlore donnent une quantité double de métal, c’est-à-dire 2 équivalents (ce sont les lois trouvées par Matteucci). Avec les chlorures R’CP on obtient 2/3 d’équivalent.
M. Matteucci n’avait trouvé que i /3 d’équivalent, ce qu’il faut probablement attribuer à ce que, ayant opéré sur le chlorure d’antimoine fondu,il n’a pu éviter la régénération du chlorure par le chlore resté en dissolution dans la masse, et a dosé moins de métal qu’il ne s’en était réduit réellement.
Ainsi, suivant M. Ed. Becquerel, la même quantité d’électricité séparerait la même quantité de chlore ; suivant M. Faraday elle séparerait la même quantité proportionnelle de métal.
Les réactions ne s’opèrent pas toujours avec la netteté que les lois précédentes semblent admettre.
Lorsqu’on agit sur les perchlorures, il se dépose souvent à la (bis du métal et du protochlorure sur le pôle négatif; néanmoins, si on dose le chlore on trouve toujours que la quantité séparée est équivalente à l’hydrogène du voltaïmètre, quel que soit le précipité , métal, protochlorure ou mélange des deux.
Les iodures ont offert des résultats analogues.
Les oxydes métalliques, en raison de l’insolubilité de ceux dont les métaux ne décomposent pas l’eau, ne peuvent être traités qu’en dissolution dans les acides, ce qui complique les conditions, et ne permet pas de conclure de ce qu’on observe à ce qui se passerait avec les oxydes purs.
M. Ed. Becquerel a examiné les oxydes de cuivre dissous dans l’ammoniaque et placés dans un flacon contenant les deux électrodes en platine; pour voltaïmètre il s’est servi d’un appareil en tout semblable au précédent, sauf la liqueur qu’il a remplacée par du nitrate de cuivre. Le métal précipité ici a servi de terme de comparaison ; les résultats ont conduit aux mêmes conséquences : avec le protoxyde, la quantité de métala été double de celle fournie par le bioxyde.
D’où l’auteur formule la loi suivante :
« Lorsqu’un courant électrique traverse deux ou plusieurs combinaison»
«chimiques binaires placées séparément sur la route, la décomposition tt se fait toujours en proportions définies, de telle sorte que pour i équi- )) valent d’électricité, i équivalent du corps qui joue le rôle d’acide ou » d’élément électro-négatif, dans chaque composé , se porte au pôle )) positif. »
L’eau oxygénée se présente tout d’abord comme une exception à cette loi qui pourra en rencontrer bien d’autres, n’ayant été établie que d’après l’examen d’un petit nombre de corps.
Lorsqu'on soumet ce singulier produit à l’action du courant, l’oxygène qu’il laisse dégager est égal au double de celui du voltaimètre.
Sels. Pour ce qui est des sels oxacides, M. Matteucci regarde leur décomposition comme analogue à celle des chlorures ; le métal se rendrait toujours seul au pôle négatif, l’oxygène et l’acide au pôle positif : pour I équivalent d’eau décomposée au voltaimètre, l’on aurait i équivalent de métal dans le vase qui contient la dissolution ; mais en se transportant au pôle négatif, ce métal décompose quelquefois l’eau et s’offre alors à l’état d’oxyde. C’est, comme on voit, le contre-pied de la théorie que nous avons exposée ci-dessus et où l’on admet la décomposition préalable de l’eau.
Parmi les sels que M. Matteucci a soumis à l’action de la pile, figurent l’acétate de plomb et le nitrate d’argent. C’est la fusibilité de ces sels qui les a fait choisir. Après avoir chauffe l’acétate de plomb jusqu’à ce qu’il eût perdu son eau , M. Matteucci l’a soumis à l’action d’une pile de soixante couples; le courant passait en même temps dans un voltaimètre. Le plomb déposé en lamelles au pôle négatif fut recueilli et pesé, et le poids, comparé au volume du mélange gazeux du voltaimètre, se trouva, dans toutes les expériences sensiblement proportionnel, au poids atomique du plomb. Il soumit ensuite au courant le sel de plomb dissous dans des quantités d’eau variées, et chaque fois le plomb se trouva dans le même rapport avec l’hydrogène du voltaimètre. L’oxygène qui se dégage à l’état de gaz ne représente guère que le dixième de celui du voltaimètre ; mais il faut dire qu’il se dépose au pôle positif de l’oxyde puce de plomb, soit qu’on opère avec le sel fondu , soit qu’on agisse sur une dissolution.
La concordance des résultats cesse de se manifester quand on emploie
du sel fondu qui est resté soumis à l’action de la chaleur assez longtemps pour perdre une portion de son acide; on obtient d’autant moins de plomb au pôle négatif, que la conversion en sel tribasique est plus avancée.
S’il s’agit du nitrate d’argent, on opère comme avec le sel de Saturne, et les résultats qu’il fournit conduisent aux mêmes conséquences.
Ici, en place de l’oxyde puce, on obtient au pôle positif, quand on opère sur le nitrate dissous, de l’oxyde d’argenten belles aiguilles noires.
Ainsi, la décomposition de ces sels fournit le même résultat que si elle avait porté uniquement sur les oxydes, ou, en d’autres termes, les oxydes, soit libres, soit combinés aux acides et à l’état de sels, anhydres ou en dissolution dans l’eau, subissent de la part du courant, la même décomposition.
Nous avons indiqué précédemment comme un résultat des recherches de MM. Hisinger etBerzélius confirmé par celles de Davy, que quand un sel était soumis à l’action de la pile, l’acide se rendait, accompagné souvent de l’oxygène, au pôle positif; le métal ou son oxyde se montrait au pôle négatif.
Ces savants se sont toujours bornés à en constater la présence : on ne pouvait songer alors à en apprécier les quantités.
Depuis la découverte de M. Faraday , ce dosage est devenu intéressant; mais il offre le plus souvent, en raison de la solubilité de la plupart des acides, des difficultés assez grandes. M. Matteucci a cherché à les vaincre par l’emploi de petites boîtes en bois , vernies et divisées en deux compartiments par une membrane. Dans chacune des cases plonge un pôle de la pile ; l’acide qui se développe dans la case positive est ensuite dosé, au moyen d’une liqueur titrée, suivant la méthode alcalimétrique.
11 a aussi profité du peu de solubilité de l’acide benzoïque pour le recueillir à l’état solide, lors de la décomposition des sels qu’il forme avec les différentes bases.
Si l’on fait l’expérience dans les vases diaphragmés, on peut doser la base mise en liberté, au moyen d’une liqueur acide titrée.
En opérant sur des sels de magnésie, il a pu doser cette base par la
pesée directe. La quantité en a toujours été trouvée au-dessous de celle qu’indiquait le calcul, d’après l’eau décomposée au vollaimètre, en admettant qu’à I équivalent d’hydrogène doive correspondre i équivalent de magnésie; en tenant compte, bien entendu; de l’eau qui a pu être décomposée avec le sel magnésien.
M. Matteucci n’en a pas moins conclu qu’en réalité, les décompositions s’opéraient suivant la loi indiquée ; quant à l’hydrogène qui se développe au pôle positif, il le regarde comme dû à la décomposition de l’eau par le métal. Lorsqu’on n’en obtient pas, et que par conséquent il ne se dégage pas non plus d’oxygène à l’électrode positif, il faut encore admettre que l’action du courant a opéré, comme toujours, la séparation des éléments du sel :
Savoir, métal d’un côté, acide et oxygène de l’autre; mais après ce premier départ l’oxygène se reporte sur le métal et l’oxyde.
Tandis qu’on admettait que les métaux , mis en liberté dans la décomposition électro-chimique des sels, résultaient de l’action ultérieure du courant, qui ayant d’abord partagé le sel en acide et base, scindait ensuite la base elle-même en oxygène et métal; M. Matteucci, prenant cette explication à revers, regarde le métal comme produit primitif, l’oxyde comme produit secondaire d’une réaction électro-chimique d’abord, purement chimique dans la seconde phase.
Les résultats obtenus par M. Ed. Becquerel s’éloignent peu des précédents : ce que M. Matteucci avait établi pour les proto et bichlorurede cuivre, le physicien français l’a vérifié pour les sels de protoxyde et de bioxyde ; avec les premiers , la quantité de métal déposé par le courant sur l’électrbdè négatif, est double de celle qu’il précipite des sels de biôxyde.
Le nitrate de plomb et les composés basiques qui résultent de l’action de ce sel sur le plotnb métallique, donnent des quantités de métal qui sont entre elles comme les nombres i, 2 et 7/2.
Ces composés penvent se représenter par les formules suivantes :
Nitrate de plomb. AzO^ PbO
Ilyponitrite jaune cristallisé. . . AzO*', 2PbO, HO Hypbnitrite rouge. 2AzO\ 7PbO, 2110
ce qui, abstraction faite de l’eau , revient ii
Nitrate de plomb. AzO^ O -f Pb
Hyponitrite jaune. AzO'*, 0' + 2Pb
Hyponitrite rouge.AzO* -\-Ol-\-l
Ainsi, pour la même quantité d’électricité, la même quantité d’azote passerait au pôle positif avec tout l’oxygène en proportion variable. Ces résultats ont d’autant plus besoin d’être confirmés, qu’ils ne s’accordent pas du tout avec ceux que M. Ed. Becquerel lui-même a obtenus, en soumettant les acétates de plomb à la même action. Cette fois la quantité de plomb s’est trouvée la même pour la même quantité d’électricité, soit que l’auteur ait employé l’acétate neutre, les acétates tribasique ou sébasique, soit qu’il ait employé un courant excessivement faible ou trés-énergique.
Pour accorder ces contradictions, l’auteur suppose que dans le premier cas le courant agit directement sur le sel, et dans le second sur l’eau ; que l’hydrogène mis en liberté, toujours en même proportion, réduit chaque fois la même quantité de plomb. Ici action secondaire, là action directe.
Pour terminer ce qui a rapport aux lois qui président à la décomposition électro-chimique des corps, rapprochons, en les résumant, les conclusions que MM. Faraday, Matteucci etEd. Becquerel ont tirées de leurs expériences respectives.
Suivant M. Faraday les composés binaires, formés d’équivalents égaux de leurs éléments, étant seuls conducteurs du fluide électrique, sont seuls décomposables, et les produits de leur décomposition sont tels que pour la même quantité d’électricité, les poids des différents métaux réduits sont proportionnels à leurs équivalents.
Les recherches de M. Matteucci et celles de M. Ed. Becquerel établissent d’une part, que tous les composés binaires formés d’équivalents égaux de leurs éléments ne sont pas conducteurs, fait qui du reste était connu de Faraday ; et d’autre part, que des corps formés suivant d’autres
proportions, sont ou peuvent devenir conducteurs et parlant susceptibles d’être décomposés : que les produits de cette décomposition sont tels que la quantité de l’élément électro-négatif est proportionnelle à son équivalent.
Pour M. Faraday et pour M, Malteucci, qui n’ont opéré que sur des sels de constitution semblable, les quantités de métal déposé sont les mêmes pour la même quantité d’électricité, et ne diffèrent point de celles que donneraient les oxydes eux-mêmes s’ils pouvaient être soumis seuls à l’action du courant.
Suivant M. Ed. Becquerel , les sels se comporteraient encore d’une manière analogue aux composés binaires; le corps électro-négatif, c’està-dire ici l’acide, serait en quantité proportionnelle à son équivalent; et les composés d’un même acide avec différentes proportions d’une même base, donneraient tou jours la même quantité d’acide pour la même quantité d’électricité.