‹ Philemon WrightChapitre 3 sur 3 · XY · texte numérisé non relu

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Divisions électorales iu Bas-Canada. — Le comté d’Outaouais en 18:29. —Elections générales de 1830.— Wright est élu membre du comté d'Outaouais. — Rôle parlementaire de Wright. — Anecdote— Wright ne siège que durant un parlement.

Jusqu’en 1829, la province du Bas-Canada fut divisée en vingt-sept circonscriptions électorales, qui envoyaient cinquante représentants à l’assemblée législative. Mais un acte du parlement provincial, adopté au mois de mars de cette année, porta le nombre des collèges électoraux à quarante et le chiffre des représentants à quatre-vingt quatre.

La plupart des noms des comtés furent remplacés pa d’autres. Ainsi, le comté d’Y ork fit place aux comtés de Yaudreuil, des Deux Montagnes et d’Outaouais, qu’il comprenait auparavant dans ses larges limites. MM. Jacques Labrie et J. B. Lefebvre étaient les représentants de ce vaste comté, lors de sa répartition en trois divisions électorales. Depuis la constitution de 1791, il avait été successivement représenté par MM. Ch. de Lotbinière, G. de Bonne, Hubert Lacroix, J. Iiétier, Joseph Bédard, L. C. Foucher, John Mure, C. L. Dumont, fils, Jean Joseph Trestler, Pierre St. Julien, Frans. Bellet, E. N. L. Dumont, Wm. Forbes, J. B. Ferré, Aug. Perrault et

John Simpson.

Le comté d’Outaouais ne comptait en 1829 que 2, 488 habitants, c’est-à-dire, moins qu’aucun autre comté, sauf Mégantic, qui n’avait que 628 âmes. Si on en excepte la division du Saguenay, qui s’étendait sur 72,700 milles carrés, ce comté embrassait un plui grand rayon qu aucun

autre. Il comprenait 36,669 milles carrés, dont 30,58 1 en terres non défrichées. Hull, le seul village de la circonscription électorale, fut désigné comme le chef-lieu et la place de votation.

Les élections eurent lieu en vertu du nouvel acte, aux mois de septembre et octobre 1830. Les candidats affluèrent, mais un certain nombre résignèrent avant le concours des suffrages. Dans la plupart des élections, il ne fut pas question des opinions politiques des candidats, et les préférences personnelles ou les considérations locales en furent le mobile.

Wright fut réclamé par la voix populaire comme l’élu du comté d’Outaouais et son nom figure parmi ceux des députés qui ont composé le 14ème parlement du Bas- Canada. Les documents législatifs constatent qu’il remplit ses devoirs parlementaires avec beaucoup de zèle et

d’assiduité. Comme Sheridan, durant les premières années de son entrée en chambre, s’il n’élevait pas la voix dans les débats, il votait néanmoins avec ardeur.

A la fin de la session de 1833, comme cela était arrivé plus d’une fois, les députés, désertaient en grand nombre l’arône législative pour aller vaquer à leurs affaires privées. Ils n’avaient pas alors la séduisante perspective de l’indemnité actuelle pour les clouer à leurs banquettes, ne recevant que deux piastres par jour, Aussi, le Canadien faisait observer, le 27 mars, de cette année, que la chambre d’assemblée ne pouvait procéder depuis quelques jours faute de quorum. Il y avait plusieurs bills à adopter et ce journal affirmait que les membres, partis sans raisons urgentes, avaient encouru une grande responsabilité. Le 28 mars, il ne restait dans la capitale que 29 députés et Wright était du nombre.

Un vétéran de nos luttes politiques raconte que Wright n’avait pas la moindre prétention oratoire ; mais en revanche, il avait la triture des affaires et son caractère agréable faisait des amis de toutes ses connaissances. Aux côtés de Wright siégeaient alors plusieurs politiques éminents : Morin, Papineau. Lafontaine, Nelson et autres.

Le député d’Outaouais était fort estimé du gouverneur. Un jour, il est invité par Son Excellence pour dîner en compagnie de plusieurs collègues, conformément à 1 usage suivi par les gouverneurs du temps. Il arrive à midi au Château, oubliant que ce n’était pas du tout 1 heure officielle. Son Excellence le reçoit avec beaucoup d’affabilité.

Après quelques instants d’entretien, Wright déjeune avec Son Excellence, sur son invitation. Au moment de saluer le gouverneur à son départ, celui-ci lui dit .

— Vous viendrez dîner, M. Wright, n’est-ce pas ?

Wri°ht comprend son inadvertance et tout confus fait ses excuses au gouverneur. Mais Son Excellence le tire gracieusement d’embarras en lui disant :

—Un brave homme comme vous, M. Wright, n’est jamais de trop deux fois dans une journée.

Wright maintint une conduite indépendante en chambre et il votait indistinctement avec l’un des pai tis politiques aux prises, suivant sa manière d’apprécier les brûlantes questions du jour.

Mais sa carrière législative ne fut pas longue. Ce digne citoyen étant alors plus que septuagénaire ne pouvait soutenir plus longtemps les fatigues des veilles parlementaires, instituées par les politiques anglais, pour consa-

crer la nuit à la discussion de la chose publique et donner le jour à leurs affaires privées.

Aussi, aux élections de 1834, il ne crut pas devoir briguer de nouveau les honneurs parlementaires, qui s’achètent si souvent aux dépens de la santé, du bouheur

et de la fortune.

D’après le recensement de 1831, le comté d’Outaouais comptait alors 4,786 habitants (1), et cette augmentation numérique lui donna le droit d’élire un autre député en 1832, M. Théodore Davis ; mais celui ci préféra également la retraite à l’expiration de son mandat.

Ils laissèrent le champ libre à MM. Bowman et Blackburn, qui furent élus par acclamation, le 4 novembre de cette année.

Propretés foncières de Wright. — Traits physiques et caractère de Wright. — Sa mort en 1839. — Regrets. — Eloge du Bylown Gazelle —Les fils de Wright. — Paroles du voyageur Kingston. — Les petits fils de Wright.

Malgré son âge avancé, Wright continua de s’occuper activement de ses exploitations agricole et forestière , qui étaient de plus en plus importantes.

Un relevé des propriétés foncières qu’il avait vers 1835, montre combien il avait su faire fructifier son capital et étendre le champ de ses affaires. Dans le town-

(1) Suivant le recensement de 1861 — 62, la population du comté s’élevait alors à 27,757 habitants, dont 14,307 étaient canadiens-français. Il y avait 69,062 acres en état de culture, mais des centaines de mille acres en terres non boisées, dont le défrichement se poursuit fort activement.

sliip d’Onslow, il avait 12,925 acres de terres ; dans celui de Hull, 9,81 4^ ; dans Templeton, 635b ; dans Buckingham, 1557 ; dans Lochaher, 2,125. Son fils Tiberius possédait à Hull, 2,240 acres, son fils Ruggles avait 1,040 acres et tous deux étaient propriétaires conjoints de 919 acres dans le môme canton. Ces chiffres donnent un total de 36,978| acres de terrain.

Le soir de la vie de Wright s’écoula dans l’aisance et la prospérité. Ses œuvres les plus hardies et les plus difficilles lui avaient réussi, et avant d’aller dormir le grand repos, il put en voir avec satisfaction le couronnement.

11 était doué d’une constitution fort vigoureuse et que l’âge ne semblait guère affaiblir ; à soixante-dix ans il pouvait encore endurer les plus grandes fatigues ; l’extrême chaud comme l’extrême froid ne semblaient avoir guère d’influence sur cette forte organisation. Il fit malheureusement une chute, le 24 mai 1834, à Québec, dont il ressentit toujours ensuite l’effet funeste. En se rendant au bateau-à-vapeur pour s’en revenir chez lui, il se fractura une cuisse, près de la porte St. Louis, en glissant sur le pavé.

Wright était d’une stature assez élevée, il mesurait six pieds, son front était profond et méditatif, ses épais sourcils ombrageaient deux yeux noirs, animés, observateurs et pleins de pénétration. L’âge en argentant la couronne de cheveux qui décorait sa tête lui donnait un air vénérable qui imposait le respect. Ses traits respiraient la bonté en même temps que l’énergie. Tous ses actes démontrent sa bienveillance pour ses tenanciers, mais ils accusent avec non moins de fidélité son indomptable force de caractère.

Wriglit ne fesait rien à la légère. Comme tous les hommes supérieurs, il mûrissait longuement ses projets. Mais une fois sa décision prise, il mettait à la réaliser toute l’ardeur dont il semblait si éloigné dans la conception de ses plans. Les obstacles ne servaient alors qu’à augmenter son énergie et il déployait toutes les ressources de son esprit et une volonté inflexible pour en triompher. Et il est certain que si les autres émigrants au Canada eussent montré autant d’esprit d’entreprise, la province serait beaucoup plus avancée qu’elle ne l’est.

Jusqu’à sa dernière heure, il porta un œil attentif à ses affaires, et il s’éteignit doucement et au milieu des sanglots de sa famille éplorée, le 2 juin 1839. Sa mort créa des regrets universels dans la petite colonie et un concours considérable de population l’accompagna à sa dernière demeure.

Le Bytown Gazette , dans un article reproduit par les journaux du temps, fit l’éloge du vénérable pionnier et rappela ses titres de reconnaissance au souvenir de ses concitoyens : « M. Wright, disait cette feuille, laisse une nombreuse famille à laquelle il était attaché par les liens de l'affection et de l’estime. Son épitaphe sera conservée dans le magnifique et prospère établissement de H u 11 qu’il avait fondé, et où il vécut assez pour lui voir atteindre un haut dégré de développement. Son nom sera de longtemps rappelé avec le plus profond respect à Hull. »

Wright eut quatre fils, Philemon, Tiberius, Ruggles et Christopher, qui ne sont plus, ainsi que deux filles. Tiberius et Ruggles se sont particulièrement fait remarquer et leurs noms se trouvent souverf mentionnas dans le cours de cette étude.

Le voyageur Kingston parle deTiberius et de Ruggles Wright dans le récit de son excursion à Hull : “ En passant à ce village, nous remarquâmes deux maisons solidement construites, mais d’un style antique. Ce sont les demeures des deux fils de l’ancien pionnier, nommés ïr-

berius et Ruggles . Ceux-ci sont des hommes de

bonne position, bien connus par leurs noms étranges, aussi bien que comme étant d’excellents membres de la société. Il n’est pas probable que cette famille s’éteigne, car on me dit que le dernier est le père de dix fils dignes du renom de leur grand’père ” (1).

Les petits-fils du fondateur de Hull sont fort nombreux et ils occupent de bonnes positions sociales. On remarque parmi eux M. Alonzo Wright, l’intelligent député

du comté d’Outaouais, M. Mekay Wright, membre distingué du barreau ; et l’une de ses petites filles a épousé M. J. M. Currier, l’estimable représentant de la capitale à la Chambre des Communes. Presque tous s’occupent à féconder le beau et riche domaine qui leur a été légué, ou à exploiter le commerce de bois, dont leurentreprenant aïeul a été le pionnier.

(I) Western Wanderings h y Wm. H. J. Kingston, vol. II. Pages 75 et 76.

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