CHAPITRE PREMIER
VERS la fin d'avril, les premières grâces du printemps me convièrent à ne point rester renfermé. Aux instants de répit, je mis le nez à la fenêtre. Mon arbre ne se hâtait point de bourgeonner; mais, autour de lui, dans les jardins attenants, des arbres fruitiers et un marronnier solitaire étaient déjà en fleurs. Tous les matins, je constatais leurs progrès. Le marronnier poussait vers moi sa frondaison ; je pouvais la toucher du doigt, et de hardis moineaux, dès l'aube, imitaient à s'y méprendre, en sautillant sur le rebord de la croisée, le bruit de la pluie qui tombe à grosses gouttes.
Un matin que j'écrivais à mon pupitre, je fus tout à coup distrait par un refrain, comme on l'est par la rencontre imprévue d'une vieille connaissance.
Quelqu'un chantait dehors :
En fait d'amis, il n'en est guère Dont la visite à mon réveil Parvienne aussi vite à me plaire Que celle de l'ami Soleil I
L'Ami Soleil! Une des chansons favorites de mon père... Je ne l'avais pas entendue depuis bien des années; elle rouvrait en moi, d'un coup d'aile, une de ces cellules secrètes où tant de souvenirs sont en léthargie. Celui-ci remontait à ma plus tendre enfance. Je fermai les yeux une minute pour prolonger le charme et j'eus l'impression exquise que mon père, penché sur la planche d'acier qu'il burinait, dans la chambre à côté, égayait sa tâche par des emprunts au répertoire de sa jeunesse. L'Ami Soleil ! Il l'appelait généralement sur la taille ou sur la morsure, quand l'une ou l'autre avait donné satisfaction au graveur scrupuleux qu'il était. II se payait de sa peine avec un rayon tamisé par le châssis de papier dioptrique incliné sur sa tête et que je vois encore... L'Ami Soleil !... Tout le passé qu'il réchauflait!
Je cherchai le chanteur, que je présumais ambulant et malheureux. Je n'aime pas beaucoup que l'indigence mendie en musique, mais je pardonnais tout à cette voix de Barbarie et presque d'outre-tombe.
J'eus beau plonger dans la courette qui borde les jardins; je n'y vis personne. J'avais regardé trop bas. Je reconnus mon erreur en levant les yeux. Le chanteur, en train de lancer son troisième couplet, était un locataire de la maison parallèle à la mienne. L'étroite fenêtre de cuisine qui l'encadrait, se trouvait juste en fac.e de moi.
L'apitoiement auquel je m'apprêtais se changea en envie de rire.
L'Ami du soleil, en manches de chemise, poignets retroussés, cirait allègrement une paire de chaussures ! Et comme si le moment qu'il leur consacrait était mesuré par la durée de la chanson, il n'en eut pas plutôt achevé le dernier couplet que, sans discontinuer, il prit une seconde paire de souliers et l'attaqua en même temps qu'un nouveau refrain. Celui-ci :
J'écoutais pousser l'herbe;
Il m'a semblé Que chaque grain de blé
Devenait gerbe.
Et j'ai dit à ce qu'on nomme
La Nature ou Dieu :
Merci d'avoir fait pour l'homme
Tant avec si peu! (/;/.s).
Était-ce un fait exprès? Je n'en croyais pas mes oreilles. Cette mélodie d'autrefois m'était aussi familière que l'autre. Je les avais apprises toutes les deux de la même bouche et retenues toutes les deux..., à telle enseigne qu'il m'eût été possible d'anticiper la suite ou de la souffler au chanteur. Je m'imaginai d'abord qu'il m'y provoquait; mais non, il ne tournait pas même la tête de mon côté, d'où je conclus que c'était tout simplement un contemporain de mon père, fidèle comme lui aux anodins gargarismes de leur jeune temps.
Oui, plus j'examinais mon voisin, plus cette explication
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me suffisait. Agé de soixante-cinq ans environ, court, replet et sanguin, il avait tant de poils sur la figure, en barbe, moustaches et sourcils, que des houppes grises, dans ses oreilles, pouvaient n'être pas indispensables. La chevelure, toute blanche, devait à son désordre de paraître non moins abondante. Il la chassa de son front, après avoir posé la brosse à reluire, puis, il s'accouda un instant sur l'appui de la croisée, pour humer le matin d'avril. Et comme sa chemise était ouverte sur la poitrine, sa longue barbe semblait descendre plus bas, augmentée de la brousse qui végétait au creux de l'estomac. Tout cela prenait l'air voluptueusement; pour n'en rien perdre, le nez, assez large déjà, enflait davantage ses ailes, et les paupières elles-mêmes battaient de joie sur des yeux rafraîchis.
Je contemplais un homme heureux; mais je dus le laisser trop voir à un ennemi des opinions préconçues, car il me jeta un regard étincelant et quitta aussitôt la fenêtre. Il la quitta, sans néanmoins la refermer, de sorte que je pus l'entendre remercier encore ce qu'on nomme la Nature ou Dieu» d'avoir fait pour l'homme tant avec si peu, tant avec si peu!
Ah! çà, me disais-je en l'écoutant bary tonner, il y a donc encore des gens qui aiment la chanson pour elle-même et qui lui font les honneurs du logis? La plupart des refrains d'aujourd'hui ne valent pas cette hospitalité, et l'on a fichtre! bien raison de les consigner à la porte. Ce vieillard appartient à une génération qui chantait en travaillant, qui chantait à table, qui chantait en s'insurgeant, qui avait un gosier sonore pour saluer toutes les circonstances de la vie. Non seulement, mon voisin est capable de conduire une chanson jusqu'au bout (je gagerais qu'il sait par cœur, ô miracle! la Marseillaise et le Chant du Départ), mais il a le courage de son innocente passion. Maintenant, on n'ose plus chanter pour soi; on se cache, on ferme les fenêtres, on baisse la voix, on a peur de la dérision qui s'attache à la romance et à ses derniers zélateurs. Il n'est pas jusqu'à certains ouvriers du bâtiment, renommés naguère pour leur ramage, qui n'en
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aient perdu l'habitude. On se moquait d'eux, on feignait de les prendre pour ces pauvres diables auxquels on jette une papillote enveloppant un sou, en guise de dragée. Mais peutêtre aussi que les conditions de l'existence et les formes nouvelles du travail ont découragé les chanteurs... Raison de plus pour faire bon accueil à celui-ci, qui brave le ridicule et me berce de réminiscences...
A compter de ce jour, j'eus tous les matins mon aubade. Je m'en lassais d'autant moins que le répertoire de mon voisin était inépuisable et qu'il le ^■ariait. Pierre Dupont, Paul Ilenrion, Nadaud, Darder, avaient toutefois ses préférences. De Héranger, il ne chantait rien, pas même Les Gueux. En revanche, il accentuait de toute la force d'une conviction sincère, cette déclaration prolétarienne :
Ne parlez pas de liberté :
La pauvreté, c'est resclavagel
que je sus plus tard être de Lachambaudie. Alors l'œil du vieux baryton flambovait !...
Je faisais quotidiennement plus ample connaissance avec le paroissien. J'en étais arrivé presque à vivre chez lui, grâce à la disposition des trois pièces, chambre à coucher, salle à manger, cuisine, qu'il occupait et qui, toutes les trois, s'alignaient au premier, sur les jardins. Soit que les croisées restassent ouvertes, soit à la faveur des embrasses relevant les rideaux, je pouvais voir mon homme aller et venir dans son compartiment.
Mais j'aurais dû commencer par dire qu'il n'y était pas seul. Il avait à ses côtés une femme dont la haute taille et la sécheresse contrastaient avec l'honnête corpulence de son compagnon, l'n peu plus jeune que lui, elle n'était pas moins diligente. Ils se partageaient les soins du ménage. Le matin, tandis qu'il cirait les chaussures, elle frottait les meubles, et tous les deux besognaient en chantant.
Car elle chantait aussi, moins fréquemment et comme en intermède, f^lle prenait à coup sûr plus de plaisir à l'écouter.
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Elle avait un filet de voix un peu aigrelet, mais elle chantait juste et puisait dans ce même Caveau dont il avait la clef.
Cette harmonie n'était pas seulement un commerce des lèvres : je la sentais préétablie entre eux, je la découvrais dans les mille détails de leur existence fondue. Ils s'enlaçaient de prévenances. Il y avait de la tendresse jusqu'en leur mauvaise humeur, et lorsqu'on saura de quelle manière ils la manifestaient et la dissipaient, on verra que je n'exagère ni la profondeur, ni l'enveloppement d'une afTection qui soutenait ces deux êtres, comme le lierre soutient les vieux murs.
On dirait que je raconte une histoire de l'ancien temps, du temps où l'homme et la femme, unis, faisant la traversée de la vie ensemble, avaient encore des souvenirs de voyage... Autres mœurs, maintenant. Il n'y a plus guère que des chevronnés du di\orce pour fonder sur un nouveau et dernier rengagement, l'espoir d'être promus, un jour, à la dignité de Philémon et Baucis!
Philémon... c'est le nom qui me vint tout naturellement à l'esprit, pour désigner mon voisin, quand je parlais de lui. Je l'appelai désormais le père Philémon, et tout le monde, chez moi, adopta d'emblée un signalement dont nul ne se souciait de vérifier l'exactitude. A quoi bon risquer de perdre une illusion? J'aimais mieux suppléer au manque de renseignements sur le couple, par les suppositions que mon imagination forgeait.
« Quel a été, me demandais-je parfois, le lot de ces deux vieux ? Ont-ils toujours souri à la médiocrité ou bien se résignent-ils avec philosophie à un revers de fortune? »
Je penchais pour la première hypothèse. Le cadre, ou tout au moins, ce que j'en apercevais, semblait avoir vieilli avec les figures. Les meubles d'acajou, le buffet à étagère, l'armoire à glace, la commode, le lit garni d'une courtepointe où le crochet multipliait les roues, la table ronde, les deux fauteuils Voltaire recouverts de reps grenat, qui gardaient la fenêtre, la pendule en zinc, à sujet mythologique : tout
cela avait cet air de famille que les objets contractent à la longue dans notre intimité. Et cette impression était encore fortifiée par les nombreuses photographies tout uniment épinglées au mur, de chaque côté d'un corps de bibliothèque, où les livres, pour la plupart brochés et fatigués, se couchaient les uns sur les autres.
Oui, décidément, tout respirait là une simplicité ancienne et perdurable, entretenue comme la condition même du bonheur. On pou^■ait bouleverser l'intérieur de ces braves gens, j'étais sûr qu'on n'y trouverait ni valeurs à tirage, ni billets de loterie. L'argent avait toujours passé dans cette maison, comme un filet d'eau claire sur des cailloux, sans y laisser de vase.
Philémon et sa compagne sortaient peu et ne recevaient personne. Ils se suffisaient à eux-mêmes et ne manquaient point de distractions, bien qu'ils n'en eussent qu'une. C'était un moineau qui la leur procurait en sautillant et pépiant dans sa cage. Ils le nommaient Vif-Argent et le gâtaient à qui mieux mieux. La cage était petite et propre, à l'image du logement. Tous les matins, liaucis renouvelait l'eau de la baignoire et le mouron ou l'échaudé, suspendus aux barreaux; puis Philémon accrochait la cage à un clou, dehors, et elle y restait jusqu'au soir. Mais vingt fois dans la journée, Philémon et Baucis venaient faire des agaceries au moineau, comme pour lui rendre le divertissement qu'ils en prenaient. C'était une émulation continuelle. vSouvent, après déjeuner, les deux vieux s'accoudaient sur l'appui de la croisée et clignaient de l'œil vers le prisonnier, averti ainsi qu'ils allaient faire quelque chose pour lui.
Leur en ai-je entendu émietter, sur la cage, des romances à deux voix et des airs de sortie! Au bout de quelque temps, je m'habituai à ces ritournelles démodées de vaudevilles défunts, et j'en conclus que les deux époux avaient, autrefois, beaucoup fréquenté le théâtre.
Cette concession faite, d'ailleurs, à la futilité des moineaux, Philémon rentrait dans sa barbe blanche et n'y attisait plus
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que des refrains civiques à la flamme desquels il se réchauffait, comme à un feu de bivouac, dans les neiges.
A dire vrai, l'occupation principale du vieux ménage m'intriguait plus que ses antécédents. Elle consistait, autant que j'en pouvais juger de loin, aux soins minutieux d'un travail de bijouterie. Plutôt un passe-temps qu'une tâche imposée. A n'importe quel moment de la journée, tantôt ensemble, tantôt séparément — comme ils chantaient — Philémon et Baucis poussaient vers la fenêtre une petite table garnie d'un outillage spécial et se mettaient à l'ouvrage. La femme paraissait entrelacer les mailles d'une chaîne dont l'homme, ensuite, armé d'une pince, fermait les anneaux. Quand il en avait fermé un certain nombre, il prenait un livre et lisait, en face de sa compagne, toujours moins prompte à quitter la partie, et ne la quittant du reste que pour vaquer au ménage.
C'était une de ces maniaques du nettoyage, comme il y en a beaucoup dans la petite bourgeoisie et même dans le peuple. Elle essuyait et balayait du matin au soir, et, debout, assise, à genoux, couchée, traquait partout la poussière. En état de guerre permanent contre le parquet, les meubles, les ustensiles de cuisine, elle leur avait déclaré la propreté.
J'appris son nom par hasard.
Une fois qu'elle avait oublié, en descendant, je ne sais quoi, son mari la rappela, par la croisée, d'une voix tonnante :
— Phonsine!
Va pour Phonsine! me dis-je, abstraction faite de mes préférences pour lîaucis. Mais je continuai d'appeler l'autre Philémon, et je ne tins pas à connaître son véritable nom, dans le doute où j'étais que mon voisin eût à gagner au change.
QUELQUEFOIS, le matin, lorsque je conduisais mes fils à l'école, je rencontrais Philémon. C'était lui qui, le chef cacheté d'un béret rouge, faisait les commissions du ménage,
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dans un filet. Quand nous nous croisions à la porte, je m'effaçais pour le laisser passer, et je le saluais. Je le saluai ensuite dans la rue. Il répondait à ma politesse sans tourner la tête et se contentait de l'incliner légèrement. Cette brusquerie même, de sa part, ne me déplaisait pas. Le dégoût des nou\clles relations et la hardiesse de l'afficher ne sont pas les moindres privilèges d'un âge avancé.
« Peut-être, me disais-je, mon voisin juge-t-il bon de m'inviter à la discrétion, au moment où la belle saison le décloître à mes yeux. »
A partir du mois de mai, en effet, ses trois fenêtres restèrent ouvertes toute la journée et nul ne se montra plus attentif que le vieux ménage aux lents progrès de mon vernis du Japon, dont les bourgeons rubigineux commençaient à s'épanouir au bout des branches.
Et c'est alors que je notai ceci :
Fhilémon et Baucis n'étaient pas toujours d'accord. Pour des causes qui m'échappaient, ils se boudaient de temps en temps. Et comment se témoignaient-ils leur mécontentement? Par des chansonsi Ils se jetaient des chansons à la tête!
C'était généralement Phonsine qui attaquait. Je remarquai bientôt qu'un refrain entre tous a\ait le don d'exaspérer son compagnon et qu'elle le lui seringuait quand elle avait sujet de se plaindre. Refrain de 4S encore, refrain fané aux feuillets d'album où s'accouplent Custave Lcmoine et Loïsa Puget; où s'assortissent Frédéric Bérat, Paul Ilcnrion et Clapisson; où font pendant Jennij POuvrière et Lo Montagne où je suis né...
Phonsine avait opté pour Le lioy ai-Tambour.
.Je suis Hoyal-Tambour, •J'aime ma I*<»mponnette Dont la main si coquette Me mène à la baguette...
Comme on fait au royal séjour.
Aussi ma Pomponnette est ma Pompadour...
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L'effet de cette ariette sur Philémon était irrésistible. Acceptant la bataille sur le terrain où Phonsine l'avait offerte, il lançait contre la cavalerie légère et fourbue d'un auteur oublié, les troupes à jamais fraîches de Pierre Dupont. Celuici ne laissait que l'embarras du choix. Et c'était tantôt Le Chant des Soldats et tantôt Le Chant des Ouvriers, qui dispersaient le fragile escadron de Phonsine. La fine mouche, d'ailleurs, ne semblait pas autrement fâchée de sa déroute. Elle y gagnait. Moi aussi. Parfois, cependant, quand la querelle était sérieuse, elle prolongeait la résistance et reprenait :
Frais carmin sur sa bouche.
Poudre dans les cheveux,
Sur la joue une mouche
Moins noire que ses yeux...
Mais alors, Philémon faisait avancer la garde : Le peuple est roi, ou un autre revenant de 48, et, devant ce renfort, je vous prie de croire que Le Royal-Tambour ne demandait pas son reste! Moi non plus.
Je dois rendre à mon voisin cette justice qu'il n'abusait pas de sa victoire. Délivré de la Pompadour et de son militaire, il subissait avec indulgence ou résignation tout ce qu'il plaisait à Phonsine de chanter, parce qu'il était tacitement convenu entre eux que Le Royal-Tambour avait seul un caractère de zizanie aggravé par l'évocation de l'ancien régime.
Une heure après, réconciliés, les deux vieux s'accoudaient ensemble à la croisée, et comme Philémon, penché sur la cage où s'ébattait Vif-Argent, la balayait de sa longue barbe, l'oiseau avait l'air de sautiller dedans.
Je m'étais pris de sympathie pour Phonsine, qui ressemblait à Louise Michel. Elle en avait la laideur affable, le grand ne/, la bouche largement fendue, le cou décharné, les yeux bons, le front en vieil ivoire, la che\elure pauvre, et quelques poils au menton.
Elle s'habillait comme on pourrait dire que la hampe d'un
drapeau noir s'habille de ses plis. Ses bras démesurés paraissaient trop longs de ses mains rajoutées. Elle était sans grâce et attirait davantage que si elle en avait eu. Elle abolissait la distinction des sexes : on n'y songeait pas. Il y avait en elle à la fois quelque chose de masculin qui rassurait et quelque chose de féminin qui engageait. On la devinait capable de faiblesse et de décision. Elle était de ce bois flexible et vert dont on fait non pas la garde-malade, mais plutôt l'ambulancière, cette garde-malade mobile. Entre cent femmes rassemblées autour d'eux, c'est à celle-là qu'un blessé eût demandé à boire et un insurgé poursuivi — asile.
Chaque dimanche après-midi, le vieux ménage allait faire un tour, soit au parc de Montsouris, soit au Luxembourg, où je l'avais deux ou trois fois rencontré.
Tout d'abord, un nuage s'était formé entre nous.
Le oiseaux ont l'habitude, après déjeuner, de venir sur ma croisée, à la pitance. Les uns consomment sur place, les autres font la navette. Seul, un merle, obèse comme un ténor, aimait mieux becqueter les miettes tombées dans le jardin que de voler vers moi.
P>n face, chez mes voisins, \'if-Argent bougillait dans sa prison suspendue, comme pour montrer aux autres qu'il n'avait pas à leur envier l'espace. Mais cette agitation factice prouvait le contraire, mieux encore que n'eût fait l'immobilité.
Philémon finit sans doute par s'en rendre compte, car, pour épargner à son détenu le spectacle cruel de la liberté, il enleva ostensiblement sa cage dès que j'appelais les fourriers des nids à la distribution. 11 l'enleva... mais en me lançant un regard courroucé, ce qui me portait à croire qu'il attribuait à mon geste un caractère de reproche ou de provocation.
« 11 a bien tort, me disais-je. Si le contraste est humiliant pour son moineau captif, qu'il le lâche! J'en nourrirai bien treize à la douzaine. Mais ces vieilles gens sont comme les parents qui dissuadent leur fille de se marier, parce qu'elle