CHAPITRE XXI
devant le « deuil •, l'autel et les prélats célébrants. Les officiers d'armes recevaient les offrandes et les portaient sur un râtelier près du coin du grand autel, où elles étaient bien en vue. Les chevaux furent conduits à leur tour et sortis de l'église par une des portes du chœur. Les bannières des quatre quartiers et celle du prince ne furent pas présentées, de même que les enseignes conquises à la guerre. De l'armure, le heaume, l'écu de joute et l'épée seuls firent partie de l'offrande.
Le défilé du f deuil • eut lieu ensuite. Les parents et les grands personnages étaient accompagnés successivement par Bourgogne et donnaient une pièce d'or et un cierge allumé; les ambassadeurs et les gentilshommes, des pièces d'argent qu'ils prenaient dans des tasses tenues par deux hérauts.
Dans une éloquente oraison funèbre, frère Jean Gauchier, gardien du couvent des Cordeliers de Beaune, retraça sur ce thème : Princeps maximus obsidet, etc., les qualités et les vertus guerrières de Philibert.
Après la messe, le corps fut descendu dans un caveau de l'église, auprès de la tombe où reposaient Jean de Chalon, son père, Jeanne de Bourbon, première femme de celui-ci, et de l'endroit où Philiberte de Luxembourg avait choisi sa sépulture. L'évêque de Langres jeta sur les restes du prince de la terre contenue dans un riche plateau d'argent.
Au service religieux succéda une autre cérémonie tout à fait imposante. Le roi d'armes Bourgogne dit à haute voix : • Monsieur le grand maistre, et vous, messieurs les maistres d'hostel de feu monseigneur le prince, venés faire vostre debvoir; apportés vos bastons, rompes les et les jettes dans la fosse. » D'Arbyé, gouverneur d'Orange, grand maître d'hôtel; Genevois, Chantrans (1), de Guerres et la Barre (2), fondant en larmes, s'approchèrent, brisèrent leurs bâtons et les jetèrent sur le cercueil.
Au président d'Orange, il dit : « Monsieur le président d'Orange, chef du Conseil de feu très haut, très illustre et très victorieux prince messire Philibert de Chalon, apportés son grand seel, le
(1) « Chaukan, » dans La Pise.
(2) « La Vaurcs, » dans La Pise.
brisât) et rompes. » Le sceau fut détruit à coups de marteau et les débri* jetés dans le caveau.
Puis : « Monsieur de Champeaux, apportés la bannière de Chalon; — Monsieur de (Iressia, apportés la bannière de Luxembourg;
— Monsieur de Montbardon, apportés la bannière de Bretaigne;
— Monsieur de Corlaou, apportés la bannière de Baufremont. » Ils vinrent se mettre aux quatre coins de la fosse, tenant leurs bannières droites. Le sieur de Vaudrey se plaça, avec la grande bannière, au milieu de deux d'entre eux, et Bourgogne, en face de lui, dit à trois reprises : t Très haut, très illustre et très victorieux prince messire Philibert de Chalon, par la grâce de Dieu prince d'Orange ^ *a troisième, il ajouta :), est mort victorieusement. • Les deux premières fois, les bannières furent abaissées, et, la dernière, elles furent couchées A terre.
Alors Bourgogne, prenant la grande bannière par la pointe de la lance* dit trois fois : « Monsieur René de Nassau, comte de Yianden, de r&uthorité et exprès commandement de très haut et puissant soigneur mesaire Henry « comte de Nassau, marquis de Zenete, son seigneur et pore* relevé et prend le nom et les plaines armes de eeste très noble et très illustre maison de Chalon. » Deux fois lai et le> quatre gentilshommes redressèrent un peu leurs bannières: pin* ils les tinrent toutes droites.
iKmr^vvgne sai>iï ensuite ia grande bannière par le cros bout de U Unct\ l.i ivrta devant Kene de Nassau et lui dit : • Monsieur
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