‹ Philibert de l'OrmeChapitre 25 sur 93 · Instruction, p · texte numérisé non relu

Instruction, p

2. « C’estsans doute à son goût si sûr, dit M. J. Guiffrey, qu'on doit les quatre pièces de Y Histoire de Diane visible aujourd’hui au château d’Anet, avec ses riches bordures où le chiffre du roi, avec les deux D ou les deux C, s’entremêle à des ornements d’une grâce et d’une ingéniosité parfaite. » Histoire de la Tapisserie, p. 218.

LES MAITRES DE L’ART

mesurer, contrefaire et protraire ce qu’ils voyent pour s’en pouvoir ayder lorsque l’occasion se présentera ». Il entretient des érudits pour étudier avec lui l’architecture, les arts libéraux, les mathématiques. Il voyage avec un train de douze chevaux, tient maison ouverte, traite magnifiquement capitaines, gouverneurs, contrôleurs, maîtres ouvriers, tous les officiers des châteaux où l’appelle le service du roi.

C’est un personnage unique, c’est le « dieu des maçons 1 » .

La faveur royale n’était pas de trop pour soutenir une aussi étonnante fortune. Sans posséder plus que François Ier de véritables connaissances techniques, l’amant de Diane n’en aimait pas moins à donner ses idées aux artistes et à leur faire exécuter des modèles et des plans sous ses yeux. Sans parler du château d’Anet, dont il suivait avec tant d’intérêt la construction qu’il « estoit plus curieux de scavoir ce que l’on y faisoyt que en ses maisons », et de quelques projets aventureux, comme celui du pont d’une seule arche sur la Seine, au Pecq, dont Philibert lui fait honneur, il semble bien qu’Henri II ait réellement aimé à s’entretenir avec son architecte et à lui faire exposer ses inventions : « Sa Majesté... prenait un singulier plaisir et contentement à ceste architecture et

l. Palissy, Discours admirables, éd. Fillon, II, p. il.

plusieurs fois de sa propre bonté et volonté, il m’en tenoit propos avec admiration de l’artifice. » Ces conversations familières, où de l’Orme était admis à faire valoir ses idées, s’échangeaient parfois devant toute la cour, au grand dépit des courtisans. « Il m’advint un jour, dit notre architecte, en toucher quelques mots à la Majesté du roy, estant à table. Mais quoi? Les auditeurs et assistans, pour n’avoir ouy parler de si nouvelles choses et si grande invention, tout à coup me recullèrent de mon dire comme si j’eusse voulu faire entendre au roy quelques menteries1. » Mais Henri II prit ouvertement le parti de son surintendant, et pour le mettre à même de prouver l’excellence de ses inventions, il daigna venir avec toute sa suite à l’hôtel d’Étampes2 assister aux essais de résistance des nouvelles charpentes imaginées par Philibert (pl. VIII). L’expérience se fit en grande pompe. L’inventeur avait fait construire un plafond reposant sur deux poutres assemblées en plus de deux cents morceaux, décorées de figures et d’arabesques en stuc du plus galant effet. On éprouva le système avec des vérins. La résis-

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