‹ PhiliberteChapitre 31 sur 71 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Se retourne souvent et s'arrête en extase Devant l'immensité croissante qui lécrase ; Miiis quand sur le sommet il pose enfin le pié, Tous ses ravissements d'en bas lui font pitié : Car ce nest plus la terre et ses gais pâturages Qu'il découvre au-dessous de lui , mais les nuages... Moi de même ; je touche au sommet éternel D'où l'on naperçoit plus sous ses pieds que le ciel : J'aime ! Et ce mot banal ne rend plus mes pensées, Car je m'en suis servi pour mes amours passées !

PHILIBERTE. à part.

Pour un homme d"esprit , il est prétentieux.

T AL. M A y.

Son image flottait tout à l'heure à mes yeux, Triste et fière à la fois comme un cœur solitaire Qui , sans daigner s'ouvrir, doit passer sur la terre ; Elle me regardait avec des yeux si doux. Que j'étais sur le point de tomber à genoux ; Mon rêve en était là quand vous êtes venue...

Tl tombe k ses pieils.

Hé bien! que faites-vous, monsieur?

TALMAY.

Je continue.

C'est vous que j'aime, hélas ! dun amour éperdu, Et si vous ne pouvez m'aimer, je suis perdu !

Relevez-vous, monsieur. — Je vous croyais très-riche.

TALMAY, ôtounc.

Je le suis, en effet; mais l'or n'est qu'un fétiche :

46 PHILIBEKTE.

Tant pis pour qui l'adore et n'en sait point user.

Alors, monsieur, pourquoi voulez-vous m'épouser?

TALMAY.

Qui? moi , vous épouser ? redescendre sur terre, Vous aimer par contrat et par-devant notaire? Ah ! faites-moi l'honneifr de ne me croire pas Le cœur aussi bourgeois et l'esprit aussi bas. — Je suis de votre avis touchant le mariage.

PHILIBERTE, confuse.

Pardon, monsieur... j'ai cru... c'était un badinage. Et vous m'allez trouver bien sotte d'avoir pu Prendre au grand sérieux ce rêve interrompu. L'amour-propre n'est pas mon défaut ordinaire. Et je ne me crois pas de charme imaginaire... Mais votre badinage, en son expression, Avait vraiment un air de déclaration.

TALMAY.

C'en est une, en effet, et très-catégorique.

Alors je n'entends rien à votre rhétorique.

Ne comprenez-vous pas que l'on puisse s'aimer

Sans ces liens qu'un vil intérêt vient former?

Et quoi donc! nous n'avons qu'une chose divine.

Qu'une qui nous rappelle encor notre origine;

Au lieu de la laisser librement resplendir,

Nous lui mettons un masque humain pour l'enlaidir.

Comme si nous craignions que sa beauté première

Page 1