‹ PhiliberteChapitre 35 sur 71 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

JULIE

Je crois bien ! Vous n'avez que deux ou trois fenêtres Pour jeter votre argent au nez de vos ancêtres ; Monsieur en a trois cents dans ce palais d'été Qu'on nomme la jeunesse , ouvert de tout côté.

Et puis votre bonté pour moi n'a pas de bornes.

LE DUC

Mais ma fortune en a, fripon, et tu l'écornes. Tu l'écorneras tant et tu feras si bien , Vois-tu, qu'après ma mort tu ne trouveras rien.

TALMAY.

Votre mort? Renoncez à cette gasconnade, Cher oncle! Elle commence à devenir très-fade. Personne n'y croit plus, même mes créanciers, Et vous n'avez plus cours auprès des usuriers.

LE DUC

Faudra-t-il te prêter mon extrait de naissance Pour que ces mécréants en prennent connaissance? J'ai soixante ans passés.

TALMAY.

C'est ce que je leur dis.

Je crois même en avoir parfois ajouté dix ; Mais c'est parmi ce monde une opinion ferme Que vous êtes venu quarante ans avant terme.

KHILIBERTE.

Par compensation à ceux qui naissent vieux.

d'ollivo.n.

Votre esprit a vingt ans.

LE DUC

Quand on ferme les yeux.

Non pas. Il rajeunit jusqu'à votre visage.

A votre place, moi, je ferais un voyage, Et je me donnerais pour mon fils au retour.

LE DUC

C'est une idée.

ÏALMAY.

Eh quoi 1 vous me joueriez ce tour?

LE DUC

Tiens ! mon rêve est d'avoir un fils qui me ressemble Justement , et de vivre en bons amis ensemble.

JULIE

Vous vous ressembleriez comme deux gouttes d'eau.

TALMAY.

Seulement mon cousin serait beaucoup moins beau.

LE DUC

Si les deux ne font qu'un?

TALMAY.

Mais l'enseigne varie; Vous êtes un bel oncle encor, sans flatterie; On dit en vous voyant votre canne à la main : Le bel oncle ! — On dirait : Piètre cousin germain.

LE DUC

C'est possible.

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