SCÈNE VIII
JULIE
Tant de fierté sied mal chez un sexe aussi laid. Mais tu n'as pas voulu me croire, c'est bien fait. Cela nous apprendra, trop faibles que nous somme: A cesser une fois de victimer les hommes.
PIIILIBERTE.
Hélas 1 il a raison 1 Je ne puis le blâmer : Il me force, au contraire, à le plus estimer. J'ai perdu par lexcès d'une humeur ombrageuse La seule affection qui m'eût rendue heureuse. Que me sert-il de plaire aux autres désormais, Si je suis odieuse à celui que j'aimais?
JULIE
Ne le désuie pas. ma chère ; il t'aime encore.
PIIILIBERTE.
Non, non. 11 a raison.
JULIE
Je te dis qu'il t'adore.
Un homme de sa trempe, atteint dans sa fierté, A se croire guéri place sa dignité ; Aimer encor lui semble une faiblesse extrême Qu'il ne peut tout d'abord s'avouer à lui-même ; Il se fait un plaisir violent et rageur De haïr ce qu'il aime et de bouder son cœur ; Pour se rendre d'avance un retour impossible, Il dit des mots cruels et d'un air inflexible ; IVJais quand , de long en large, il a fait le héros, Qu'il a rompu sa chaîne et brûlé ses vaisseaux. Alors, se trouvant seul dans son île déserte, 11 appelle à grands cris sa chère Philiberte. Tu n'as donc pas à faire autre chose aujourd'hui Que d'avoir l'air perdue à tout jamais pour lui.
Mais comment?
JULIE
En faisant l'aimable avec les autres.
Ah! h!
JULIE
Ces armes-là, ma chère, sont les nôtres.
C'est indigne de moi de finasser ainsi.