SCÈNE PREMIÈRE
TALMAY, seul.
Elle est charmante ! elle est charmante ! elle est charmante!
Mon coeur bout , ma main brûle et ma tête fermente !
Non , jamais ma raison ne fût en tel péril.
Cet esprit à la fois féminin et viril ,
Cette grâce d'enfant pleine de brusquerie ,
Cette naïveté dans la coquetterie ,
Ces retours de bon sens , ces éclairs de fierté
Qui de son abandon traversent la gaîté ,
Ce goût de sauvageon qu'ont toutes ses idées ,
Cette sève pareille à des eaux débordées...
Morbleu ! quelle maîtresse à produire à la cour
Et qu'elle donnerait de lustre à mon retour !
J'ai droit d'en être fier, car comme Prométhée ,
■J'ai mis le feu du ciel dans cette Galathée...
Non , c'est Pygmalion, ou qu'importe le nom,
Et qu'on ait animé du marbre ou du limon , Pourvu qu'à son auteur, créature asservie , Elle rende l'amour qui lui donna la vie ? Un tel bonheur est-il possible ? En vérité Je me prends à douter de ma félicité ! Elle approche pourtant : cette jeune merveille Ne m'a-t-elle pas dit tout à l'heure à l'oreille :
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a II faut que je vous parle; allez dans le salon; » Pour la première fois le temps me semble long ' Ce que c'est que de nous ! — Ah ! voici ma statue ! — Pygmalion a fait la sienne moins vêtue...