‹ Philosophes contemporainsChapitre 17 sur 78 · PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE

psychologie les recherches physiologiques, la physiologie cependant ne peut jamais remplacer la psychologie. Les choses sont de telle sorte que les phénomènes psychiques et les phénomènes physiologiques sont des manifestations d'une seule et même « substance », la substance psychophysique, ou comme Ardigô le dit plus volontiers, la réalité psychophysique (realtà psicoflsica). Dans ses "derniers ouvrages (où il expose sa théorie générale de l'évolution), la réalité psychophysique ne fait qu'un avec Y Indistincte 1T . Il existe une totalité naturelle qui précède toutes les diversités que nous désignons comme âme et comme matière et leur sert de base. Le concept de 17ndistincto exprime ici comme partout l'unité et la solidarité. Le matérialisme aussi bien que le spiritualisme repose sur de simples abstractions. Considérée physiologiquement, l'opération mentale est liée à des processus physico-chimiques. Considéré psychologiquement, l'élément matériel, tout aussi bien que l'élément psychique, ne nous est donné qu'à titre de sensation et de représentation ; nous ne connaissons le mouvement, comme la pensée, qu'en qualité d'actes psychiques. Au lieu de demander comment la matière peut se convertir en âme, il serait plus exact de demander comment nos représentations plus indistinctes à l'origine arrivent peu à peu à se différencier de telle sorte que les unes nous apparaissent comme des manifestations d'un moi, les autres comme des manifestations d'un non-moi. La conception populaire, matérialiste provient suivant Ardigô de ce qu'on ne s'aperçoit pas que nous devons à des fonctions psychiques des qualités telles que l'étendue et le mouvement, tout aussi bien que la couleur et l'odeur et tout ce qu'on appelle des qualités secondes.

L'idée de la réalité psychophysique ne fournit cependant aucune explication, et là-dessus Ardigb insiste fortement. Elle n'a pas d'autre valeur que d'affirmer une synthèse que nous sommes portés à résoudre dans nos abstractions. Il la compare à l'idée de la gravitation qui, elle non plus, ne donne pas d'explication. C'est l'affaire de l'avenir de trouver une explication réelle. Le positiviste n'est pas pressé d'arriver à la conclusion. Nous ne pouvons pas dépasser un concept provisoire. Quant à la nature intime du rapport, nous sommes incapables

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de la déterminer. Mais cette énigme n'est pas, pour Ardigô, le seul problème. Comment une pensée peut-elle être l'équivalent d'un mouvement? ce n'est pas là pour lui une plus grande énigme que celle-ci : comment une bille de billard peut-elle par un choc en mettre une autre en mouvement? Partout dans la nature nous ne connaissons les rapports de simultanéité et de succession qu'au moyen de l'expérience, et non au moyen d'une vision qui plongerait dans l'essence intime des termes. — En faisant cette remarque Ardigb perd de vue pourtant le lait que la science vise à substituer, partout où cela est possible, une liaison de membres homogènes à la liaison extérieure des divers phénomènes et qu'il atteint ainsi un degré supérieur de continuité. Plus est grande la résistance que rtfftcontre cette tendance et plus il faut qualifier d'énigmatique le phénomène auquel nous nous heurtons.

Dans son testament philosophique, son livre sur l'Unité de la conscience, Ardigô manifeste son admiration pour le pressentiment génial dont Kant fait preuve dans sa théorie de l'unité de la conscience. Sans doute Kant a eu le tort d'admettre une trop grande opposition entre la matière et la forme de la connaissance, mais il a saisi l'idée scientifique fondamentale de la psychologie. 11 se produit, suivant Ardigb, dans la vie de la conscience, un processus ininterrompu de composition et de synthèse, auquel toutes les dispositions innées et acquises et tous les éléments nouveaux coopèrent en un certain sens. Du commencement à la fin, il y a une solidarité de toutes les fonctions psychologiques, une tendance permanente de ces fonctions à se fondre dans un seul tout. Cette tendance à la « confluence mentale » (confluenza mentale) sert entre autres choses de fondement à l'association des représentations. On ne la découvre souvent qu'en portant les regards sur les points de départ ou les intermédiaires inconscients, et c'est surtout pour ce motif que l'aide de la physiologie est indispensable à la psychologie. L'unité, qui est la marque de la vie consciente, ne peut être expliquée comme un simple produit de la collaboration d'éléments multiples, car nous ne découvrons ces éléments que par une distinction qui suppose toujours une totalité antérieure. En général c'est l'observation de la vie consciente *# -* ••• -•- • •

qui nous fournit nos concepts de l'unité et de la pluralité. Partout où nous parlons de l'unité et de la diversité du monde, c'est de la vie consciente que nous avons déduit ces concepts et l'idée de leur liaison. Le microcosme et le macrocosme s'éclairent réciproquement.

La morale d'Ardigô a pour base les mêmes idées fondamentales qui caractérisent les autres parties de sa philosophie. L'individu se développe dans la société et, par rapporta elle, il est dans la même situation que l'élément pris à part (distinio) par rapport à la totalité (indistinto). La société, comme le système solaire et la pensée, se développe par un processus naturel (formazione naiuralé) que la sociologie a pour fonction de décrire et que l'éthique présuppose. L'éthique a pour tâche (à titre de nomologie, par opposition à la sociologie qui est nomographie et nomogonie) de distinguer les éléments de la vie sociale qui ont perdu leur importance de ceux qui peuvent être rendus féconds d'une manière ancienne ou nouvelle. Elle ouvre ainsi la voie à la morale pratique de l'avenir.

En raison de la liaison originaire et permanente de l'individu avec la vie sociale, il se développe en lui un sentiment antiégoïste. (Ardigô préfère cette expression au mot a altruisme ».) Les représentations humaines tirent leur premier contenu des milieux sociaux. Les jugements et les goûts de ces milieux sont quelque temps valables pour l'individu. Or toutes les représentations ont dès l'origine un caractère impulsif, une inclination à se transformer immédiatement en acte ; et si nous distinguons la pensée et l'action, cela ne vient que d'une différenciation (distinzione) ultérieure. Dans le concept de l'idéalité sociale (idealità sociale) Ardigb réunit à la fin ces deux faits, le contenu social des représentations, involontairement reçu, et le caractère originairement impulsif des représentations. Par idéalité il entend le pouvoir de se laisser déterminer par des idées dont la portée dépasse le moment présent. L'idéalité sociale se développe déjà dans la famille considérée comme la communauté permanente qui soigne et protège les germes de la race future. Le sentiment de la famille est un foyer qui peut

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répandre sa chaleur sur de plus grandes sphères* L'idéalité sociale a de nombreux degrés et de nombreuses formes. Elle s'apprend par imitation et par répétition. Dans toute cette théorie Ardigô développe une suite d'idées qu'on trouve dans l'antiquité, notamment chez les stoïciens, dans les temps modernes chez Adam Smith et de nos jours chez Tarde, Leslie Stephen et Baldwin. L'idée que se fait Baldwin de l'hérédité sociale conviendrait très bien à la philosophie d'Ardigè.

L'idéalité sociale n'est pas développée dans la môme mesure chez tous les hommes, bien qu'on doive affirmer que la capacité d'agir d'une façon non-égoïste soit contenue dans la nature humaine. Nous en avons la preuve dans l'amour familial, ainsi que dans la sympathie involontaire, dans le besoin d'honneur, qui chez un égoïste n'a aucun sens à proprement parler, et dans la colère que causentles passe-droits et les injustices. A son point culminant le sentiment moral devient une espèce de fureur sacrée (furore santo) qui pousse l'homme à faire le sacrifice de lui-même sans penser à un avantage propre, dans l'espoir que des ruines tragiques de l'humain il surgira de l'éternel et du divin (eterno divini che sorge délie ruine tragiche delV umano, expression qu'Ardigb emprunte à un écrivain italien de même tendance que lui). Là représentation théologique de la grâce a ceci de vrai qu'il existe un besoin involontaire, un penchant passionné qui porte l'homme à des actes désintéressés.

Un tel mode d'agir héroïque est possible sans religion, de même que l'éthique est tout à fait indépendante de la religion, si l'on entend par ce mot non pas un rapport avec l'infini (suivant la définition de Max Mùller), mais un rapport avec le surnaturel. Le concept scientifique de l'infini est en opposition nette avec le concept du surnaturel : il désigne la fonction continue dont la forme délimitée et singulière est le fini. L'infini est la loi par laquelle est conditionnée l'essence propre de l'individu; et cela fait comprendre l'apaisement'profond que l'individu ressent quand ses aspirations vers l'infini sont satisfaites. Le positiviste trouve donc l'infini en lui-même, quand il prend conscience de la loi de son être. Nous rencontrons ici de nouveau le rapport de l'élément à la totalité (du distinto à lïn-

distinto). La représentation du surnaturel prend naissance, au contraire, quand la loi des choses est transformée en un fait bien distinct de l'action des choses, et qui ne peut se mettre en relation que d'une manière extérieure avec ce qui se passe dans la nature.

Le concept du surnaturel ne caractérise pourtant qu'un côté de la religion, son côté théorique : il n'en forme pas l'essence totale. L'essentiel est le rapport de dépendance dans lequel le sentiment de l'homme le fait se placer vis-à-vis du surnaturel relativement à tout ce qui peut lui arriver d'heureux ou de malheureux. Primitivement était saint ce qu'on redoutait : la crainte crée les dieux. En tout cas le sentiment du sacré n'est pas, comme on l'a soutenu, un sentiment absolument simple et indécomposable 18 . L'élément de la crainte est précisément éliminé quand on passe de la religion à la conscience scientifique qui, au lieu de la représentation d'un être mystérieux, fait partout de la loi ce qui est décisif pour le destin de l'homme. La religion trouve toujours devant elle une certaine idéalité sociale et se l'approprie; de là vient que la morale est indépendante delà religion. Il y a ici de nombreuses transitions possibles ; mais on finit toujours par arrivera une option nécessaire. De la conservation, artificielle de la religion résultera seulement ce fait, que le peuple sera pris au dépourvu, quand les temps de la religion seront réellement passés.

La psychologie religieuse qu'Ardigô prend pour fondement est passablement élémentaire ; il n'a pas abordé une discussion complète du problème religieux. Son point de vue est essentiellement déterminé par ses goûts intellectuels, je dirais même par un effet de contraste que devait amener tout naturellement l'opposition très prononcée entre sa conception philosophique antérieure et sa seconde conception. Mais ce dont on ne peut manquer de s'étonner, c'est que la religion, après sa volte-face, puisse encore lui apparaître comme un * «ou venir poétique », alors qu'il regarde la crainte wumut U>, j/f-mi'** germe de toute religion sous se» forme» le» plu» bu»»«0 comnm sous ses formes le» plus élevées, Ce penseur éw:rf$tyuu n'a certainement pas ici mi» à profit »e» propre» et réelle» u*V^ riences.

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répandre sa chaleur sur de plus grandes sphères» L'idéalité sociale a de nombreux degrés et de nombreuses formes. Elle s'apprend par imitation et par répétition. Dans toute cette théorie Ardigô développe une suite d'idées qu'on trouve dans l'antiquité, notamment chez les stoïciens, dans les temps modernes chez Adam Smith et de nos jours chez Tarde, Leslie Stephen et Baldwin. L'idée que se fait Baldwin de l'hérédité sociale conviendrait très bien à la philosophie d-'Ardigb.

L'idéalité sociale n'est pas développée dans la même mesure chez tous les hommes, bien qu'on doive affirmer que la capacité d'agir d'une façon non-égoïste soit contenue dans la nature humaine. Nous en avons la preuve dans l'amour familial, ainsi que dans la sympathie involontaire, dans le besoin d'honneur, qui chez un égoïste n'a aucun sens à proprement parler, et dans la colère que causentles passe-droits et les injustices. A son point culminant le sentiment moral devient une espèce de fureur sacrée (furore santo) qui pousse l'homme à faire le sacrifice de lui-même sans penser à un avantage propre, dans l'espoir que des ruines tragiques de l'humain il surgira de l'éternel et du divin (eterno divini che sorge délie ruine tra~ giche delV umano, expression qu'Ardigb emprunte à un écrivain italien de même tendance que lui). Là représentation théologique de la grâce a ceci de vrai qu'il existe un besoin involontaire, un penchant passionné qui porte l'homme à des actes désintéressés.

Un tel mode d'agir héroïque est possible sans religion, de même que l'éthique est tout à fait indépendante de la religion, si l'on entend par ce mot non pas un rapport avec l'infini (suivant la définition de Max Millier), mais un rapport avec le surnaturel. Le concept scientifique de l'infini est en opposition nette avec le concept du surnaturel : il désigne la fonction continue dont la forme délimitée et singulière est le fini. L'infini est la loi par laquelle est conditionnée l'essence propre de l'individu ; et cela fait comprendre l'apaisement'profond que l'individu ressent quand ses aspirations vers l'infini sont satisfaites. Le positiviste trouve donc l'infini en lui-même, quand il prend conscience de la loi de son être. Nous rencontrons ici de nouveau le rapport de l'élément à la totalité (du distinto à Vin-

distinto). La représentation du surnaturel prend naissance, au contraire, quand la loi des choses est transformée en un fait bien distinct de l'action des choses, et qui ne peut se mettre en relation que d'une manière extérieure avec ce qui se passe dans la nature.

Le concept du surnaturel ne caractérise pourtant qu'un côté de la religion, son côté théorique : il n'en forme pas l'essence totale. L'essentiel est le rapport de dépendance dans lequel le sentiment de l'homme le fait se placer vis-à-vis du surnaturel relativement à tout ce qui peut lui arriver d'heureux ou de malheureux. Primitivement était saint ce qu'on redoutait : la crainte crée les dieux. En tout cas le sentiment du sacré n'est pas, comme on l'a soutenu, un sentiment absolument simple et indécomposable 18 . L'élément de la crainte est précisément éliminé quand on passe de la religion à la conscience scientifique qui, au lieu de la représentation d'un être mystérieux, fait partout de la loi ce qui est décisif pour le destin de l'homme. La religion trouve toujours devant elle une certaine idéalité sociale et se l'approprie; de là vient que la morale est indépendante delà religion. Il y a ici de nombreuses transitions possibles ; mais on finit toujours par arrivera une option nécessaire. De la conservation artificielle de la religion résultera seulement ce fait, que le peuple sera pris au dépourvu, quand les temps de la religion seront réellement passés.

La psychologie religieuse qu'Ardigô prend pour fondement est passablement élémentaire ; il n'a pas abordé une discussion complète du problème religieux. Son point de vue est essentiellement déterminé par ses goûts intellectuels, je dirais même par un effet de contraste que devait amener tout naturellement l'opposition très prononcée entre sa conception philosophique antérieure et sa seconde conception. Mais ce dont on ne peut manquer de s'étonner, c'est que la religion, après sa volte-face, puisse encore lui apparaître comme un « souvenir poétique », alors qu'il regarde la crainte comme le premier germe de toute religion sous ses formes les plus basses comme sous ses formes les plus élevées. Ce penseur énergique n'a certainement pas ici mis à profit ses propres et réelles expériences.

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répandre sa chaleur sur de plus grandes sphères» L'idéalité sociale a de nombreux degrés et de nombreuses formes. Elle s'apprend par imitation et par répétition. Dans toute cette théorie Ardigô développe une suite d'idées qu'on trouve dans l'antiquité, notamment chez les stoïciens, dans les temps modernes chez Adam Smith et de nos jours chez Tarde, Leslie Stephen et Baldwin. L'idée que se fait Baldwin de l'hérédité sociale conviendrait très bien à la philosophie d'Ardigô.

L'idéalité sociale n'est pas développée dans la même mesure chez tous les hommes, bien qu'on doive affirmer que la capacité d'agir d'une façon non- égoïste soit contenue dans la nature humaine. Nous en avons la preuve dans l'amour familial, ainsi que dans la sympathie involontaire, dans le besoin d'honneur, qui chez un égoïste n'a aucun sens à proprement parler, et dans la colère que causent les passe-droits et les injustices. A son point culminant le sentiment moral devient une espèce de fureur sacrée (furore santo) qui pousse l'homme à faire le sacrifice de lui-même sans penser à un avantage propre, dans l'espoir que des ruines tragiques de l'humain il surgira de l'éternel et du divin (eterno divini che sorge délie mine tragiche delV umano, expression qu' Ardigô emprunte à un écrivain italien de même tendance que lui). Là représentation théologique de la grâce a ceci de vrai qu'il existe un besoin involontaire, un penchant passionné qui porte l'homme à des actes désintéressés.

Un tel mode d'agir héroïque est possible sans religion, de même que l'éthique est tout à fait indépendante de la religion, si l'on entend par ce mot non pas un rapport avec l'infini (suivant la définition de Max Mûller), mais un rapport avec le surnaturel. Le concept scientifique de l'infini est en opposition nette avec le concept du surnaturel : il désigne la fonction continue dont la forme délimitée et singulière est le fini. L'infini est la loi par laquelle est conditionnée l'essence propre de l'individu ; et cela fait comprendre l'apaisement profond que l'individu ressent quand ses aspirations vers l'infini sont satisfaites. Le positiviste trouve donc l'infini en lui-même, quand il prend conscience de la loi de son être. Nous rencontrons ici de nouveau le rapport de l'élément à la totalité (du di&tinto à Vin-

distinto). La représentation du surnaturel prend naissance, au contraire, quand la loi des choses est transformée en un fait bien distinct de l'action des choses, et qui ne peut se mettre en relation que d'une manière extérieure avec ce qui se passe dans la nature.

Le concept du surnaturel ne caractérise pourtant qu'un côté de la religion, son côté théorique : il n'en forme pas l'essence totale. L'essentiel est le rapport de dépendance dans lequel le sentiment de l'homme le fait se placer vis-à-vis du surnaturel relativement à tout ce qui peut lui arriver d'heureux ou de malheureux. Primitivement était saint ce qu'on redoutait : la crainte crée les dieux. En tout cas le sentiment du sacré n'est pas, comme on l'a soutenu, un sentiment absolument simple et indécomposable 18 . L'élément de la crainte est précisément éliminé quand on passe de la religion à la conscience scientifique qui, au lieu de la représentation d'un être mystérieux, fait partout de la loi ce qui est décisif pour le destin de l'homme. La religion trouve toujours devant elle une certaine idéalité sociale et se l'approprie; delà vient que la morale est indépendante de la religion. Il y a ici de nombreuses transitions possibles ; mais on finit toujours par arrivera une option nécessaire. De la conservation artificielle de la religion résultera seulement ce fait, que le peuple sera pris au dépourvu, quand les temps de la religion seront réellement passés.

La psychologie religieuse qu'Ardigô prend pour fondement est passablement élémentaire ; il n'a pas abordé une discussion complète du problème religieux. Son point de vue est essentiellement déterminé par ses goûts intellectuels, je dirais même par un effet de contraste que devait amener tout naturellement l'opposition très prononcée entre sa conception philosophique antérieure et sa seconde conception. Mais ce dont on ne peut manquer de s'étonner, c'est que la religion, après sa volte-face, puisse encore lui apparaître comme un « souvenir poétique », alors qu'il regarde la crainte comme le premier germe de toute religion sous ses formes les plus basses comme sous ses formes les plus élevées. Ce penseur énergique n'a certainement pas ici mis à profit ses propres et réelles expériences.

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répandre sa chaleur sur de plus grandes sphères. L'idéalité sociale a de nombreux degrés et de nombreuses formes. Elle s'apprend par imitation et par répétition. Dans toute cette théorie Ardigô développe une suite d'idées qu'on trouve dans l'antiquité, notamment chez les stoïciens, dans les temps modernes chez Adam Smith et de nos jours chez Tarde, Leslie Stephen et Baldwin. L'idée que se fait Baldwin de l'hérédité sociale conviendrait très bien à la philosophie d'Ardigb.

L'idéalité sociale n'est pas développée dans la même mesure chez tous les hommes, bien qu'on doive affirmer que la capacité d'agir d'une façon non-égoïste soit contenue dans la nature humaine. Nous en avons la preuve dans l'amour familial, ainsi que dans la sympathie involontaire, dans le besoin d'honneur, qui chez un égoïste n'a aucun sens à proprement parler, et dans la colère que causent les passe-droits et les injustices. A son point culminant le sentiment moral devient une espèce de fureur sacrée (furore santo) qui pousse l'homme à faire le sacrifice de lui-même sans penser à un avantage propre, dans l'espoir que des ruines tragiques de l'humain il surgira de l'éternel et du divin (eterno divini che sorge délie ruine tra~ giche delV umano, expression qu'Ardigb emprunte à un écrivain italien de même tendance que lui). Là représentation théologique de la grâce a ceci de vrai qu'il existe un besoin involontaire, un penchant passionné qui porte l'homme à des actes désintéressés.

Un tel mode d'agir héroïque est possible sans religion, de même que l'éthique est tout à fait indépendante de la religion, si l'on entend par ce mot non pas un rapport avec l'infini (suivant la définition de Max Mùller), mais un rapport avec le surnaturel. Le concept scientifique de l'infini est en opposition nette avec le concept du surnaturel : il désigne la fonction continue dont la forme délimitée et singulière est le fini. L'infini est la loi par laquelle est conditionnée l'essence propre de l'individu ; et cela fait comprendre l'apaisement profond que l'individu ressent quand ses aspirations vers l'infini sont satisfaites. Le positiviste trouve donc l'infini en lui-même, quand il prend conscience de la loi de son être. Nous rencontrons ici de nouveau le rapport de l'élément à la totalité (du distinto à Vin-

distinto). La représentation du surnaturel prend naissance, au contraire, quand la loi des choses est transformée en un fait bien distinct de l'action des choses, et qui ne peut se mettre en relation que d'une manière extérieure avec ce qui se passe dans la nature.

Le concept du surnaturel ne caractérise pourtant qu'un côté de la religion, son côté théorique : il n'en forme pas l'essence totale. L'essentiel est le rapport de dépendance dans lequel le sentiment de l'homme le fait se placer vis-à-vis du surnaturel relativement à tout ce qui peut lui arriver d'heureux ou de malheureux. Primitivement était saint ce qu'on redoutait : la crainte crée les dieux. En tout cas le sentiment du sacré n'est pas, comme on l'a soutenu, un sentiment absolument simple et indécomposable i8 . L'élément de la crainte est précisément éliminé quand on passe de la religion à la conscience scientifique qui, au lieu de la représentation d'un être mystérieux, fait partout de la loi ce qui est décisif pour le destin de l'homme. La religion trouve toujours devant elle une certaine idéalité sociale et se l'approprie; de là vient que la morale est indépendante delà religion. Il y a ici de nombreuses transitions possibles ; mais on finit toujours par arrivera une option nécessaire. De la conservation, artificielle de la religion résultera seulement ce fait, que le peuple sera pris au dépourvu, quand les temps de la- religion seront réellement passés.

La psychologie religieuse qu'Ardigè prend pour fondement est passablement élémentaire ; il n'a pas abordé une discussion complète du problème religieux. Son point de vue est essentiellement déterminé par ses goûts intellectuels, je dirais même par un effet de contraste que devait amener tout naturellement l'opposition très prononcée entre sa conception philosophique antérieure et sa seconde conception. Mais ce dont on ne peut manquer de s'étonner, c'est que la religion, après sa volte-face, puisse encore lui apparaître comme un ce souvenir poétique », alors qu'il regarde la crainte comme le premier germe de toute religion sous ses formes les plus basses comme sous ses formes les plus élevées. Ce penseur énergique n'a certainement pas ici mis à profit ses propres et réelles expériences.

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