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LA PHILOSOPHIE ÉVOLUTIONNISTE DE FOUILLÉE

se retrouve dans Fouillée qui se pose en Piôme temps comme l'adversairedécidé du dilettantisme philosophique qui fut celui de Renan vieillissant. Mais les écrits philosophiques de Fouillée témoignent en outre de la direction idéaliste que la pensée philosophique s'est mise à suivre vers la fin du siècle dernier.

Fouillée a professé la philosophie à Bordeaux et à Paris, mais il s'est retiré plus tard à Menton pour des raisons de santé.

Ses premiers écrits se rapportent à l'histoire de la philosophie grecque. C'est par l'étude de Platon qu'il arriva à se don- # ner sa conception philosophique (La philosophie de Platon 4869). Platon considérait le monde des idées et le monde des expériences comme des antithèses bien marquées, de sorte que 1e premier seul serait la réalité vraie. Le naturalisme moderne affirme, au contraire, que le monde des expériences, c'est-à-dire l'enchaînement de la nature tel qu'il est donné dans l'expérience, est l'unique réalité. Quand, de l'étude de Platon, Fouillée revint aux problèmes du temps présent, sa tâche devait être de « ramener les idées de Platon du ciel sur la terre et de réconcilier ainsi l'idéalisme avec le matérialisme ». C'est ainsi que lui-même caractérise son effort. (Le mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive 1896. p. xxi). Ilfonde la possibilité de cette réconciliation sur ce fait que l'idée peut conduire à l'acte. Il insiste particulièrement sur ceci que l'idée de la liberté est capable d'éveiller un effort et de dégager une force, que nous soyons ou non «libres » au sens indéterministe (La liberté et le déterminisme. 1872). Nous avons déjà ici l'idée fondamentale de la psychologie de Fouillée, et c'est aussi l'idée maîtresse de toute sa philosophie. A cette idée il donne lui-même le nom $ idée- force. Suivant sa manière de voir, ce concept nous permet d'établir un rapprochement entre les différents courants philosophiques. Il employa pour la première fois cette expression dans la « Revue philosophique » en 1879. Aux idées dans la conscience sont immédiatement liées des tendancesmotricesdansle cerveau. Nous avons ici devant nous en même temps un fait physiologique et un fait psychologique, de sorte qu'ici se révèle un idéal qui s'exprime par le déterminisme de la nature même. Avant l'idée consciente, cet idéal

agit déjà dans la tendance organique au développement et à l'accroissement, de même que dans la sympathie instinctive. l\ y a une volonté dans toute la nature, et nous la sentons aussi bien dans le mouvement extérieur que dans la sensation interne. Le moral et le physique, la conscience et la vie, l'individuel et le social, la liberté et la solidarité, agissent ici comme une chose unique (La science sociale contemporaine. 1880). Dans la Psychologie des idées-forces (1893), le plus important de ses livres, Fouillée a développé son idée maîtresse du côté purement psychologique. Ce livre contient le meilleur exposé de la psychologie du volontarisme. Fouillée définit nettement la psychologie : l'étude de la volonté. Il voit fort bien que notre volonté n'est pas objet d'observation immédiate ; mais au lieu d'en conclure, comme d'autres le font, qu'alors la volonté n'est rien, il aime mieux — et à mon sens 24 il a parfaitementraison — tirercette conclusion contraire, que notre vouloir ne fait qu'un avec nous-mêmes. La psychologie a jusqu'ici, selon Fouillée, trop souffert de l'intellectualisme. On n'a pas assez remarqué que les phénomènes psychologiques sont toujours des manifestations d'une impulsion ou d'une appétition qui sont accompagnées de plaisir ou de douleur, suivant qu'elles sont favorisées ou entravées. Peu importe que nous considérions les phénomènes du côté physiologique ou du côté psychologique. Quand nous posons ces deux côtés comme opposés, nous devons réfléchir que nous n'avons en eux, à proprement parler, que deux abstractions (« deux traits d'une réalité unique et totale »). Tout discernement, même le plus élémentaire, suppose déjà un choix, une préférence (« préférence, choix pratique rudimentaire »). Le discernement et la préférence reviennent au même dans les cas les plus simples; tel est le cas où l'animal distingue le plaisir qu'il éprouve à manger et le sentiment douloureux de la faim. Seul est perçu sensiblement ce qui est important dans le combat pour l'existence, et c'est la volonté (au sens le plus large du mot) qui stimule la perception sensible et en conditionne les formes les plus différenciées. Ce qui est vrai de la perception sensible s'applique aussi à la reconnaissance et au souvenir. Nous reconnaissons et nous conservons dans notre

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