‹ Philosophes contemporainsChapitre 42 sur 78 · ERNST MACH · texte numérisé non relu

ERNST MACH

La diversité qualitative des sensations ne saurait être dérivée de rapports et de liaisons purement quantitatifs : on ne peut pas tirer le psychique du physique. Physique et psychologie concernent, en réalité la même chose, à savoir des complexus de sensations, seulement elles les traitent à des points de vue différents.

Mais le monde n'est pas une simple somme de sensations. Il y a entre elles certaines fonctions, et la connaissance de ces rapports fonctionnels est une connaissance de la réalité. La distinction entre l'idéalisme et le réalisme est indifférente, considérée du point de vue théorique. Nous appelons sensations les éléments de l'existence, quand nous les regardons comme éléments d'un monde psychique. La tâche de la science consiste seulement à trouver l'enchaînement régulier de ce qui arrive; forcément, pour cette raison, elle penche vers un monisme.

Peut-être Mach passe-t-il ici trop facilement sur de grosses difficultés. Les « éléments » communs de la physique et de la psychologie sont là d'une manière un peu indéterminée et mystique, comme une masse de nuages qui n'a encore ni forme ni articulation. Il est incontestable que la distinction entre la physique et la psychologie provient d'une division du travail qui s'est montrée avantageuse. Mais cette division du travail ne saurait plus se supprimer facilement; elle prend le caractère d'un « préjugé » qui offre de la résistance tant que des expériences absolument précises ne rendent pas nécessaire une nouvelle adaptation intellectuelle. Le fait même que la division du travail s'est montrée nécessaire et appropriée indique des conditions cosmologiques. 11 est bien difficile que l'existence soit aussi simple que Mach le suppose, si divers points de vue sont nécessaires pour la comprendre. Il faut conquérir le monisme par un combat contre de plus grands adversaires que ceux que Mach reconnaît comme tels.

Ajoutez à cela que le rapport entre les éléments et leurs relations fonctionnelles paraît obscur. 11 est bien difficile de penser qu'il soit indifférent aux éléments de se trouver d'emblée dans ces rapports déterminés, et inversement il faut bien pourtant que les relations soient conditionnées parles éléments

pour lesquels elles sont valables. Mais en quoi consiste alors la réalité? Elle ne peut pas consister uniquement dans les seuls rapports fonctionnels. Et voici que surgit toute une série de questions sur le rapport du particulier à l'ensemble, questions dont la solution est très importante pour la conception totale de l'univers.

Mach n'a pas poursuivi les problèmes aussi loin, mais cela ne diminue pas le mérite de son travail, qui s'est montré essentiellement actif et fécond et qui paraît jouir d'une attention croissante.

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