HEINRICH HERTZ
des conséquences physiquement nécessaires des objets représentés. L'expérience montre que cela est possible, ce qui indique une harmonie entre la nature et notre esprit. Mais il ne faut pas oublier que nos images n'ont besoin de coïncider avec le réel que sous ce rapport seulement, c'est-à-dire dans l'harmonie entre la nécessité intellectuelle et la nécessité physique* Qu'elles coïncident autrement, c'est ce qu'on ne peut jamais vérifier expérimentalement.
Si maintenant il est possible de façonner plusieurs images également logiques et utilement applicables, nous donnons la préférence à la plus simple. Évidemment — puisque la nature de notre esprit se révèle toujours dans la formation des images — il ne sera pas possible d'exclure des éléments superflus et inapplicables. La simplicité peut toujours devenir plus grande, et l'utilité pratique doit constamment être examinée de nouveau. Quant à savoir si la nature devrait suivre elle-même les voies les plus simples, c'est là une question qui ne peut pas être traitée.
Dans son exposé de la mécanique, Hertz ne croit pas avoir besoin d'autres symboles que du temps, de l'espace et de la masse, et il estime superflus des concepts tels que « force » (énergie) et« atome ». Nous ne pouvons pas observer des forces ni des atomes. Ce que nous voyons, ce ne sont jamais que des masses en mouvement. Or ce que nous voyons ne présente ni une régularité complète, ni un complet enchaînement. Nous devons donc admettre que la diversité du monde réel est plus grande que la diversité du monde qui se révèle à nos sens. Si nous voulons avoir une image du monde de contours nets et régulière, nous devons supposer, derrière les choses que nous voyons, d'autres choses invisibles. Le plus simple est alors de nous représenter ce quelque chose de caché comme des masses en mouvement qui ne se distinguent des masses visibles qu'en ce qu'elles sont inaccessibles à nos sens et à nos moyens de perception ordinaires. Nous ne parlons de « force » (d'énergie) que lorsqu'il s'agit de déterminer la relation réciproque de deux mouvements ; nous entendons par « force » ou la cause, ou l'effet d'un mouvement ; la force est donc un concept dérivé. Le concept d' « atome » est aussi une pure
abstraction ; la seule chose qui nous soit toujours donnée, c'est un système matériel, jamais le point de masse singulier.
Il va de soi que c'est à la mécanique qu'il appartient de nous dire si elle peut se contenter des postulats auxquels Hertz s'arrête. Ce qui nous intéress/e ici, c'est de voir comment un physicien éminent a cherché à se rendre compte de son travail. Que la manière dont il l'analyse soit déterminée par son propre champ de travail, c'est là quelque chose d'inévitable. La grande découverte de Hertz est que les oscillations électriques offrent exactement les mômes caractères que la lumière et les rayons caloriques, de telle sorte qu'il doit s'accomplir dans l'espace beaucoup plus de mouvements que ceux que nos sens nous montrent directement. Les masses et les mouvements invisibles devaienttout naturellement, par suite, jouer un rôle fondamental dans l'imagination scientifique de Hertz ; sur ce point il a un grand devancier en Faraday, qui s'était déjà efforcé d'éliminer tout ce qui ne saurait être perçu, et qui, pour ce motif, mettait en doute la réalité de l'espace vide et de l'action à distance. Est-il possible d'éliminer totalement le concept de force (l'idée d'énergie), cela pourrait être douteux ; à vrai dire aussi Hertz veut seulement le rabaisser au rang de concept subalterne, dérivé. Il serait parvenu peut-être à une autre façon d'envisager les choses, s'il avait abordé de plus près le problème causal. Il ne pose la loi causale qu'à titre de postulat nécessaire, sous la forme de cette hypothèse fondamentale, qu'il existe des relations fixes et régulières entre les diverses positions qu'occupent des systèmes matériels les uns par rapport aux autres. Mais le problème causal n'est posé strictement et ponctuellement que lorsque nous nous attachons au seul moment où l'état antérieur va disparaître, alors que le suivant n'est pas encore paru. Ici le concept de « force » désigne l'attente de ce qui se passera, et la croyance que l'avenir doit avoir avec le passé une relation régulière. Hertz nous dit aussi en effet lui-même que nous parlons de force pendant qu'a lieu le processus au moyen duquel nous dérivons les expériences futures des expériences passées (Introduction, p. 14). Mais en un certain sens nous vivons toujours en de tels moments — et par conséquent nous avons continuellement besoin du concept auxi-