‹ Philosophes contemporainsChapitre 51 sur 78 · LA PHILOSOPHIE DES VALEURS · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DES VALEURS

pour les apaiser, il y a toujours, suivant James, des courants divers dans la vie mentale.

Puisque la vie et l'œuvre de Guyau "et de Nietzsche constituent actuellement un tout fermé, et puisque en raison de leur forme leurs ouvrages ont eu de l'influence sur des milieux plus grands que ce n'est le cas d'ordinaire pour les travaux philosophiques, je donnerai de ces penseurs une analyse plus approfondie.

Guyau et Nietzsche se placent tous les deux sur le terrain de la théorie évolutionniste, et espèrent l'apparition de formes de vie supérieures. Us appuient cette espérance sur la force et sur la santé de la vie, — sur la conviction qu'il y a une réserve débordante d'énergie, qui, dans notre expérience actuelle et sous nos conditions actuelles de vie, n'arrive pas à se manifester et à se dégager. Ils opposent à la négation du pessimisme une affirmation puissante, — accompagnée chez l'un d'une émotion qui émerge du fond de l'être et d'une résignation douce au changement et à la caducité des valeurs, chez l'autre de fierté et de mépris à l'égard du passé et d'une espérance effrénée et finalement maladive en l'avenir.

Pour tous les deux, c'est un problème capital que celui des rapports entre l'instinct et la réflexion, entre l'énergie indivise de la vie à ses stades antérieurs et son action divisée dans le cours du progrès de la civilisation et de la réflexion. Depuis que ce problème a été soulevé, vers la fin du xvra e siècle, pour la première fois, par Rousseau, Lessing et Kant, il n'y a personne qui l'ait posé aussi énergiquementque les deux écrivains dont nous nous occupons ici. Tous les deux font la guerre à l'intellectualisme qni ne voit qu'un côté des choses et s'appuient sur la vie sentimentale et volontaire qui jamais ne se laisse entièrement donner des formes claires, rationnelles. Tandis que dans le deuxième groupe la quantité d'énergie donnée du dehors peut menacer de faire violence à la pensée, ici c'est l'énergie venant du dedans et s'élevant en abondance du monde intérieur de l'esprit qui pousse la pensée jusqu'à ses limites.

A cela se rattache le caractère de leurs ouvrages qui tiennent le milieu entre la philosophie et la poésie. Partout se font

Page 1