ÉVOLUTION DE SA PHILOSOPHIE
Wundt. C'est pourquoi son œuvre logique revêt bien plus le caractère d'une encyclopédie que celui d'une explication des questions de principe. Au point de vue formel et sous le rapport des principes, les livres de logique de Sigwart, de Schuppe et de Benno-Erdmann sont peut-être préîérables ; mais aucun ne contient d'aussi nombreux faits que l'ouvrage de Wundt.
L'Éthique de Wundt (1886, 3« édit. 1902) possède un caractère analogue à celui de sa logique. Tout comme la science, W. considère la moralité comme un grand fait que les individus doivent reconnaître et continuer, et il ne s'arrête pas aux difficultés que contient l'exigence de cette reconnaissance quand on en demande des raisons précises. L'éthique, selon lui, a pour base la psychologie des peuples qui nous montre comment les principes moraux résultent des conditions historiques et sociales dans lesquelles toute vie humaine est placée. — Je parlerai plus loin de la place qu'occupe la morale de Wundt dans l'ensemble de sa philosophie.
Le chef-d'œuvre philosophique de Wundt est le Système de philosophie (1889, 2° édit. 1897). Dans cet ouvrage, sa maîtrise d'exposition s'élève aussi à son point culminant. 11 y donne une conception définitive de la philosophie dans son ensemble et de ses problèmes. A cet ouvrage se rattache VEinleitung in die Philosophie (Introduction à la philosophie, 1901) qui toutefois, comparée aux écrits précédents, offre maintes différences de conception. La plus grande place, dans cet écrit, est consacrée à caractériser les tendances diverses dans l'histoire de la philosophie.
Ce qui conduit à la philosophie, c'est d'après Wundt un besoin intellectuel qui se détache toujours plus, en sa diversité, du besoin religieux, sans qu'il doive pourtant supprimer ce dernier. La philosophie est une conception du monde et de la vie qui satisfait aux exigences de l'entendement aussi bien qu'à celles du sentiment. Dans les temps modernes la philososophie ne garde pas seule, comme chez les Grecs, le privilège d'apaiser ce besoin intellectuel. Les sciences particulières se sont développées et se sont partagé l'expérience. Elles se divisent en trois groupes : les mathématiques, qui sont la science des nombres, de l'espace et du mouvement; les sciences de
WILHELM WUNDT
la nature, qui sont les sciences des faits physiques et des objets <ie la nature ; les sciences de l'esprit, qui se divisent en psychologie, en philologie et en histoire. La distinction de ces trois groupes ne consiste pas seulement dans la différence de leurs objets, mais aussi et même surtout dans la différence des points de vue auxquels elles se placent. Le développement de toutes ces sciences a puissamment contribué à l'accroissement des intérêts intellectuels. La philosophie ne peut pas, comme le croyait la spéculation romantique, les écarter de son chemin ; mais elle aura pour tâche de relier entre elles, sans laisser prise à aucune objection, les notions acquises par les sciences, et cela de telle manière qu'aucun point de vue spécial n'arrive à dominer tout seul et que TharmoHie s'établisse entre les intérêts intellectuels et les besoins moraux. On peut, d'après Wundt, montrer historiquement la marche évolutive qu'ont suivie nos concepts pour revenir de l'antique philosophie à la philosophie en traversant les sciences spéciales.
Wundt partage la philosophie on théorie de la connaissance et en théorie des principes. La théo7He de tù, connaissance comprend la théorie de la pensée (la logique formelle), l'histoire el la théorie de la connaissance (la théorie de la connaissance réelle). La théorie des principes a une partie générale, que Wundt appelle la métaphysique, et à propos de laquelle il remarque qu'elle est la conclusion, non le commencement de la philosophie, et une partie spéciale, la philosophie de la nature et la philosophie de l'esprit.
11 n'y aurait d'après cela que deux problèmes philosophiques, le problème de la connaissance et le problème de l'existence. La morale a sa place dans la théorie des principes comme une des branches spéciales de la philosophie de l'esprit (au même titre que l'esthétique et la philosophie de la religion), mais elle ne représente aucun problème qui doive être traité à part. Il y a cependant chez Wundt un certain flottement. Dans l'esquisse qu'il fait des courants philosophiques ;(dans 1' « Introduction h la philosophie ») il distingue explicitement trois problèmes, plaçant le problème moral à côté du problème de la connaissance et du problème métaphysique ; le problème de la connaissance a pour objet l'homme en tant que doué de la faculté de