‹ Philosophie anatomique. Des monstruosités humaines. Ouvrage contenant une classification des monstres; la description et la comparaison des principaux genresChapitre 19 sur 62 · IV. Essar D'UNE CLASSIFICATION DES MONSTRES ACÉPHALES · texte numérisé non relu

IV. Essar D'UNE CLASSIFICATION DES MONSTRES ACÉPHALES

J'ai dit comment des recherches physiologiques DR TU PR pottiot fred Diem, Jin, Jones

(1) Mémoires sur les fœtus acéphales. Voyez Bulletins de la Faculté et de la Société de Médecine de Paris, 1815,1X, et 1817, IX , 2° partie, p. 516.

me firent apercevoir la nécessité d’une expositio plus méthodique des diverses acéphalies, et com ment j'ai été conduit à leur appliquer les forme didactiques de la zoologie; mais tout aussitôt le difficultés matérielles du sujet m’arrétèrent. J'eu beau me procurer par la littérature médicale la plu grande partie des travaux publiés sur cet objet, j les trouvai tous insuffisans, parce qu'aucune de observations qui y Sont rapportées ne s'expliqu sur le point qu'il m'importe de connaître. J'ai don: pris le parti de me borner à la publication d: quelques idées. J’ai voulu montrer plutôt ce que j: crois qu'on pourra faire, que le pratiquer aujour d'hui. Si mes vues sont goütées des savans qui pos sedent des acéphales, et sils daignent honorer e encourager mes efforts par la généreuse commu nication de ces précieux objets, je répondrar de mon mieux à ces marques de confiance , et J'ache verai cette entreprise.

Et dans le vrai, le nombre des acéphales est s: considérable, qu’il n’y a moyen de se reconnaitre au milieu de tant de déviations du système commun qu'en les distribuant en familles, ordres. genres et espèces. |

Ainsi en embrassant toutes ces organisations diverses sous un nom de famille, celui d’anomocéphales, c'est-à-dire d'êtres à têtes contre la règle, je les subdivise suivant leur mode de privation ou

l’exaltation , n’admettant d’abord, comme l’illustre [réviranus, que deux principaux embranchemens, ‘un comprenant les monstres où les organes èchent par défaut, et l’autre où ces organes >èchent par excès. Ces deux ordres, qui se caracérisent par les modifications des rameaux artériels estreints en decà ou accrus au delà de leur état nornal, sont premiérement les acéphales, expression que je n'emploie pas dans son acception étymolorique, mais dans le sens absolu que l'usage a onsacré, et deuxièmement les rracrocéphales, -omprenant les kydrocéphales, etc. (x).

Chacun de ces ordres est à son tour subdivisible -n plusieurs genres. Pour ne pas m'écarter de la question traitée dans ce Mémoire, je n'en présenerai d'application qu’à l'égard des fœtus nés avec ane tête restreinte dans ses développemens : tels sont nos acéphales.

M. le professeur Chaussier a proposé de ne nommer ainsi que des fœtus absolument privés de tête ; mais, pour plus de sévérité, 1l eùüt déjà fallu ajouter, que les seuls fœtus dont le tronc au delà

(1) Les polycéphales, ou les monstres à tête composée d’élémens provenant de deux ou de plusieurs têtes, forment un troisième ordre d’anomocéphales présentant les mêmes résultats que les acéphales, dans ce sens que toutes leurs irrégularités n'ont rien de vague et d'indéfini, mais qu’elles sont également

renfermées dans de certaines limites.

des épaules est sans tubérosité bien prononcée ; car, autant que j'en ai pu juger sur quelques exemplaires, il y aurait bien moins d'acéphalies complètes qu’on ne l’a pensé. En effet, ayant voulu savoir comment, dans un sujet qui avait toujours passé pour un véritable acéphale, la colonne épiniére se trouvait supérieurement terminée, J'ai été bien surpris de la voir composée d’une quantité de très-petits os. J'y ai vu sept vertèbres cervicales et la même chose numériquement, tout ce nombre de pièces dont on sait le crâne formé à l’état normal; mais tous ces os existent en miniature, c’est: à-dire dans une contraction si grande, que le tout ensemble ne forme guère qu’un noyau, terminant la tige vertébrale dans la manière à peu près que lescannes sont surmontées par leur pommeau.

Ce point d'observation éclairci à l'égard des véritables acéphales pourvus demembres antérieurs, je me suis reporté sur une organisation bien plus restreinte dans ses développemens, sur des acéphales sans bras, espérant que je pourrais enfin y voir ce mode de terminaison de la colonne épinière, cet inconnu qui avait déjà excité mon intérêt. .

Je regrette de n’avoir pas eu à ma disposition un sujet entier, et de ne pouvoir rapporter ici des observations acquises que sur un squelette que je n'ai point moi-même préparé, et qui n’a pu l'être dans l'esprit de ces recherches. Je dirai pourtant

ce qu'il m'a montré, plutôt pour avertir de ce qui reste à faire que pour donner quelque chose de tout-à-fait satisfaisant : car, je n’en saurais douter, quelques points osseux auront échappé et n’auront pas été conservés lors de la confection de ce squelette ; remarque que je puis étendre aux bras euxmêmes, déclarés manquer entiérement, et que quelques indices m'ont fait soupconner avoir existé en vestiges, comme un peu plus de largeur, par exemple, taux parties costales qui Se 6 à la région scapulaire.

Onest redevable de ce squelette au professeur d'accouchement des écoles médicales de la ville d'Angers, M: Garnier, qui le donna, ainsi qu'un dessin de l'extérieur du Corps, à M. le professeur Béclard: Ce dessin et celui du squelette font partie, sous les n° 2 et 3, des figures dont M. Béclard a enrichi son traité des acéphales. Voyez Bulletins cle la Société et de la Faculté de Médecine, savoir, pour les observations, le tome LV, "497, et pour les figures, le tome V, n° to.

Le sujet de: la troisième de ces figures appartient présentement au Cabinet de la Faculté de médecine : grâces à l’obligéance des conservateurs MM: Thillaye père et fils, j'ai pu l'examiner attentüvement. Le dessin ne me disait pas bien positivement, ce qu'était la longue pièce qui terminait supérieurement la colonne épinière ; mais la prépa:

Il, Où

ration m’apprit qu'elle n’était ni symétrique ni placée sur la ligne médiane. En en considérant la ‘orme, on ne sait s'il faut y voir une disposition coccygienne, ou en attribuer la composition à ce qui est manifeste chez les acéphales à bras, à une plus forte contraction encore des os du crâne ; et finalement on s'arrête à l’idée que ces deux-systèmes se peuvent concilier, et que tous, deux sont admissibles, |

En dedans et couchés de gauche à droite sont trois ou quatre tronçons osseux, dans lesquels:on aperçoit très-manifestement des vestiges de vertébres cervicales, où mieux des points non entièrement développés de vertèbres du cou: Celles-ci forment une petite colonne tronquée à droite; mais c'est, je pense, que la préparation n'est pas là restée dans son intégrité. L'inclinaison de cette co- Ionne tent à un événement fort ordinaire chez les acéphales, à la courbure habituelle de leur épine dorsale, et au renversement de:leur. tête en arrière (1). Voilà ce que montre le: sujet dont je cherche à déméler les singularités; car je ne puis que rapporter à des vestiges d'os crâniens plusieurs pièces qui se voient en dehors, et qui terminent de ce côté la colonne épinière. Enfin on désirerait

(x) Disposition qui est l’état permanent et normal) des erabes ct des écrevisses.

(85) savoir si la longue pièce qui forme la sommité de toute cette charpente était accompagnée sur ses flancs d’un autre osselet semblable : je l’ignore absolument.

Quoi qu'il en soit, l’extrémité du squelette conservée là est encore très-digne d'attention, et j'en ai fait prendre un trait. (Voyez pl. IH, où la fig. 15 représente la face antérieure, et le n° 14 l’externe ou celle de derrière.) Et dans tous les cas, qu’il faille ou non attribuer la sommité de cette charpente osseuse à des os cräniens étant dans un état extrême de contraction, 1l ne peut y avoir de doute sur la configuration de ces pièces et sur l’analogie qu’elles ont, sous ce rapport, avec celle dont se compose l'arrière-partie de la colonne épinière de certains OISeaux.

Je me suis étendu sur ces deux cas d’acéphalies, à raison des conséquences physiologiques qui me paraissent en découler. Est-il effectivement un sujet de plus grand intérêt que celui de ces acéphales s’écartant, dans la composition de leurs organes, des règles ordinaires, pour avoir parcouru toute la période de la vie fœtale sans avoir été à chaque époque suffisamment nourrie , et sans avoir par conséquent pu passer par ce haut degré de développement nécessaire pour constituer la vie plus énergique de l’état normal? Car c’est là évidemment ce qui résulte des observations qui précèdent.

N'oublions pas sous quelles conditions les fœtus sont appelés à parcourir tous les degrés de leur existence intrà-utérine. Bien que destinés à devenir des êtres vivant et respirant dans ün autre milieu, l'air ou l’eau, la distance comme régime qui les sépare de ceux-ci estimmense, puisqu'elle égale pour le moins en différence la différence des deux mondes où ils doivent tour à tour remplir leur rôle (1) de machine organisée et S’organisant de plus en plus. Dans leur premier milieu, leur substance est accrue et quelquefois simplement entretenue aux dépens de la tige où ils ont pris naissance; elle l’est, comme on sait, au moyen d'une nourriture élaborée à l'avance. Hors de l'utérus, au contraire, parvenus dans un monde dont la sphère est d’une si grande étendue, et jouissant de relations plus multipliées, ils acquièrent de nouvelles facultés, celles entre autres de pouvoir puiser dans ce nouveau lieu d’'habitauon des matériaux le plus souvent étrangers à leur nature, qu'ils transforment aussitôt, s’assimilent et s’incorporent.

Ainsi tous les fœtus sont nourris par l’afflux d’un Sang qui arrive sur eux du dehors, et qui leur est

(1) Rôle qui s'applique à la fixation des fluides impondérés, et dont le résultat définitif est l'accroissement de notre masse planétaire aux dépens de l’astre, source de toute lumière et de toute chaleur.

(85) distribué par les vaisseaux ombilicaux ; il n’y a point pour eux effectivement d'élaboration organique, que celle-ci ne prolonge ses effets de la circonférence au centre. Voilà ce qu'établissent aussi les faits d’acéphalies que je viens de rapporter.

Or remarquez ce qui se passe dans un fœtus $e développant selon la règle, et dans un fœtus au contraire resté monstrueux par défaut. Tout développement organique exige une intensité progressive d'action, et se compose d’une succession non interrompue d’événemens et de résultats. Si l’intensité d’action(1})n’est pas également progressive, si le principal vaisseau nourricier a son calibre plus étroit, vous avez de premiers résultats que d’autres ne suivent pas. L’organe ne recoit que pour être nourri, assez quelquefois pour augmenter de volume, mais non jusqu’à se développer, c’est-à-dire s’accroitre et en même temps se métamorphoser en partie.

Nos acéphales sont dans ce cas. Chez tous on aperçoit, d'une manière à la vérité plus ou moins manifeste, la totalité des pièces du système osseux ; maus c’est à peu près cela seul, dans les parties où

(x) J’omets aujourd’hui l'examen de la cause du défaut d’in-

ténsité dans les élaborations organiques incomplètes , et j'eusse

aussi sans doute mieux fait de remettre également toute cette discussion à un autre temps.

ils sont irréguliers, qui est produit par leur vie de nutrition. Il n’est rien apporté entre les lames de ce système; de façon que les organes des sens et les masses encéphaliques, qui devraient y arriver, y seraient inutilement attendus. Mais sil n'y a plus intensité progressive, 1l y à toujours durée dans l'action ; et ce résultat à l'égard du tissu osseux, le seul pour lors subsistant, est que ce tissu, paraissant d’abord dans l’état aponévrotique et fibreux, se consolide et s'achève, toutefois dans un très-grand degré d’imperfection.

On voit qu'il n’est pas nécessaire de recourir à l'intervention tardive d’une maladie qui vient déranger le cours d’une élaboration organique. Tout acéphale entre dans sa vie de nutrition sous des conditions déterminées, qui cessent seulement avec lui-même au terme de son existence intrà-utérine; et sous ce rapport, c’est un être complet en tant qu'il a satisfait aux conditions qui ont décidé de sa formation. Il a vécu un plus grand nombre de mois que bien des animaux réguliers,un nombre moindre que certains autres,moindre sans doute que si, ayant joui d’une organisation plus compliquée, il eüt pu suffire à une deuxième existence, à la vie dite de relation. Des jours, des années d'existence, qu’estce cela pour lanature? Nos plus grandes longévités, que sont-elles dans le vrai, eu égard à son essence d’éternité ?

Jen’avais pointledessein dedonner ces réflexions; je les crois au contraire prématurées. Elles doivent naître, elles ne peuvent naître en effet que d’une étude tres-attentive des diverses acéphalies ; mais, avant tout, il faut que celles-ci soient établies, et c’est pour cela qu'un travail de classification pour toutes et de détermination pour chacune doit précéder toute autre recherche. Je ne puis me flatter d’avoir réussi dans cette premiere tentative ; il me suffira d’avoir fait entrevoir que ce travail est possible.

Voici au surplus cet essai, c'est-à-dire des noms et des caractères pour quelques genres que j'ai examinés :

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