HÉMIENCÉPHALE. (7éte avec moitié de ses matériaux
Tous les organes des sens anéantis et leurs rudimens apparens à la face par des traces sans profondeur; cependant la boite cérébrale et son cerveau à peu près dans l’état normal.
Ces caractères distinguent le sujet de la thèse inaugurale soutenue à Leyde en 1762, par Charles
(x) Dans les deux genres qui précèdent, le cerveau fait hernie à travers ses enveloppes ordinaires, tout en haut chez les podencéphales , et en arrière chez les notencéphales. Il paraît qu'il peut échapper par bien d’autres issues et dans presque tous les rayons de la sphère, en mettant à profit certains intervalles des lignes de jonction. Car j'ai sous les yeux. un dessin inédit où l’une de ses portions s’était fait jour à travers les frontaux, et pendait sur le visage, dans un sac ayant à peu près la forme et la grosseur d’une forte poire, et M. Serres en a vu d’autres parties descendues dans le palais et engagées dans le pharynx, entrainées là avec leurs enveloppes, et s’étantouvert un passage
sur la ligne médiane, à travers les os de la hase du crâne.
| ( 95 ) Werner Curtius, thèse qui nous a été conservée dans le Thesaurus dissertationum de Sandifort. C’est le seul genre pour l'établissement duquel j'ai cité des faits que je n’ai pas vérifiés par moimême ; mais il faut convenir que cette thèse renferme tant et de si solides observations, que je n’ai pas craint de lui accorder toute ma confiance. J'aurais pu étendre cette classification d’après la littérature médicale ; mais jeme serais trop souvent exposé à me tromper. J'explique ainsi les motifs de ma réserve.
9+ RHINENCÉPHALE. (Téte ad trompe ou à narines extraordinaires.)
Véritable cyclope, ayant encore deux yeux eu égard à l’existence de deux cristallins, un seul quant à leur service par un seul nerf optique; une seule chambre oculaire causée par un défaut de cloisons intermédiaires, par le détachement sur la ligne médiane des os propres de lorgane olfactif. Ceux- C1, qui ont par conséquent délaissé les maxillaires, existent au-dessus de l'appareil ophthalmique, groupés et saillans sur le milieu du front. De cette racine, où ils sont implantés, les tégumens nasaux sont prolongés en trompe : le système nerveux olfactif manque entièrement. L’organe du goût et les maxillaires dans l’état normal.
On a publié ce genre d’acéphalie sous les noms
( 94 ) de cyclopes, de fœtus monopses, ou de fœtus à trompe. J'en connais deux exemples, mais qui constituent deux genres; l’un au Jardin du Roi, et l’autre à l’École vétérinaire d’Alfort.
Les animaux présentent fréquemment le même système de monstruosité. Nous possédons au Muséum des fœtus de chien, de veau, de mouton, de cheval et de cochon, tous également cyclopes et à trompe. Les mêmes acéphalies doivent en effet reparaître exactement semblables chez les animaux, si la cause qui les produit tient réellement à un défaut de distension, de prolongation ou de ramification de l’un ou de plusieurs des principaux vaisseaux nourriciers. Ceci pourra faire naître la pensée qu'un traité qui embrasserait la comparaison des mêmes genres d’acéphalie est à entreprendre; mais j’observe qu'on ne pourra véritablement s’en occuper que lorsque de principales espèces auront d’abord été déterminées et incontestablement établies.
J'a1 sous les yeux. une préparation d’un rhinencéphale de l'espèce cochon (1), où le cerveau ne
(x) Une autre de mouton, où le cerveau forme la cinquième partie de la capacité de sa boite.
Le père Feuillée vit à Buénos-Ayres, en 1708, un de ces monstres né d’une brebis; il en a maniéré les formes, comme le prouve l’incorrect dessin de ce rhinencéphale qu’il a donné dans *
son Journal d'observations, tom. I, p. 242.
remplit qu’un tiers de la capacité du crâne; le reste de la cavité ne renfermait rien autre, ni eau ni sérosités, absolument rien. On sent ce que j'ai dû apporter d'attention dans cette observation, puisque c’est le seul exemple que je connaisse d’une boite cérébrale dans sa distension ordinaire, qui n’est point moulée sur son cerveau.
Le sujet du rhinencéphale humain appartenant à l'École vétérinaire d’Alfort, et que l'administration de cette École a bien voulu me permettre d'ouvrir et d'examiner, m'a fourni une observation à quelques égards analogue; car, si j'ai trouvé que son cerveau était d'un volume à remplir toute la boîte osseuse, l'hémisphère cérébral (et je parle ici en nombre singulier, parce qu'il n’y en avait qu'un seul occupant tout le dessous de la voûte du crâne), l'hémisphère cérébral cependant, de même que l'hémisphère cérébral unique du rhinencéphale cochon, était du moins vide en dedans. Ce fait tient de trop près à la fameuse question du déplisséement du cerveau pour que je me borne à le publier, comme dans cette circonstance, à titre de premier avis. J'y reviendrai dans un Mémoire particulier, où je comparerai entre eux les rhinencéphales homme, cochon, veau, cheval, chien, etc.
Nos acéphales à trompe rappellent plusieurs cas permanens de même ordre, l’éléphant, le tapir, le phoque à trompe, quelques chauve-souris, etc.;
( 96 } exemples remarquables sans doute, et où il'a bien fallu que le mème mode d'organisation ait été rendu possible et persévérant au-delà de la vie fœtale par l'addition d’un système nerveux olfactif qui manque aux rhinencéphales.
Ce mode d'organisation, dans ses actes réguliers, touche de près une question dont je me suis OCCupÉ au commencement de l’année 1820; car il porte à faire concevoir les anomalies du crâne des crustacés, et subséquemment de celui des insectes, et plus particulièrement à comprendre la compo: sition des antennes et l’analogie de ces parties avec les organes de l’odorat des hauts animaux vertébrés. Et en effet détachez l’un de l’autre les deux tuyaux de la trompe, soit de l'éléphant et du tapir, soit des rhinencéphales, vous aurez exactement la disposition que présentent Les antennes des familles
entomologiqües.